Nos livres financent notre indépendance Nos livres financent la gratuité de notre média et notre indépendance

Déforestation, agrobusiness, incendies, mines, pétrole, assassinats… Au Brésil, l’avenir de la forêt amazonienne, plus que jamais menacée, et de ses peuples autochtones se joue dans le scrutin du 30 octobre prochain, au cours duquel les électeurs devront choisir entre deux candidats que tout oppose.

Ancien ouvrier, travailliste, plus écologiste que son rival, Luiz Inácio Lula da Silva, déjà deux fois élu président, peut en effet apparaître comme l’antithèse du chef d’État sortant, Jair Bolsonaro, cet ancien militaire, nationaliste, ultralibéral et climatosceptique que les observateurs qualifient volontiers de « Trump tropical ».

Circonstance particulière à ce scrutin, les deux candidats ont fait leurs preuves à la tête du pays. Pour eux, il n’y a donc pas de bénéfice du doute, et leurs bilans respectifs sont éloquents.

Entre janvier 2003 et janvier 2011, le double mandat de Lula da Silva a été marqué par un recul sans précédent de la déforestation de l’Amazonie : après avoir atteint son plus haut niveau en 2004, année où le couvert forestier brésilien a perdu près de 28 000 km2, celle-ci n’a cessé de baisser jusqu’en 2012, son plus bas historique, établi à 4 600 km2 défrichés.

D’après l’Institut national de recherches spatiales brésilien (INPE), dont les satellites surveillent en permanence l’Amazonie – dont 60 % de la surface se trouve au Brésil –, le mandat de Jair Bolsonaro a quant à lui été ponctué d’une recrudescence dramatique des surfaces déboisées, passées de 7 500 km2 à 13 000 km2 entre 2018 et 2021.

Lire aussi : « Un projet de voie ferrée longue de 900 km menace la survie de la forêt amazonienne et celle des peuples autochtones »

Gouvernement pyromane

Une telle augmentation résulte d’une vaste politique de dérégulation et d’un soutien inconditionnel du président sortant envers les projets de développement (autoroutes et voies ferrées traversant la forêt, mines d’or, puits de pétrole), mais surtout vis-à-vis de l’agrobusiness, responsable à 84 % de la déforestation de l’Amazonie.

Pour libérer des terres qui seront ensuite transformées, la plupart du temps, en champs de soja ou en pâturages bovins, éleveurs et agriculteurs brésiliens incendient les territoires boisés, dévorant peu à peu la forêt.

Selon un dossier de Greenpeace consacré à l’élection brésilienne, cet « arc de déforestation », qui s’étend de l’Atlantique à la Bolivie,avance du sud vers le nord, quoique la majeure partie des feux se concentrent dans une région particulière du nord-ouest du pays : l’Amacro, ainsi baptisée car trois États brésiliens s’y joignent, l’Amazonas, l’Acre et le Rondônia.

Cette année, sans doute parce que les agro-industriels augmentent la cadence à l’approche des élections, l’Amazonie avait déjà subi 86 919 feux au 29 septembre, contre 75 090 pour toute l’année 2021. Or, rappelle Greenpeace, « à l’exception des années de sécheresse extrême, comme en 2005, environ 99 % des incendies en Amazonie ne sont pas naturels », mais d’origine humaine.

Légaux ou illégaux, ces feux sont tolérés, voire encouragés par l’exécutif actuel, qui a beaucoup misé sur la production et l’exportation de bœuf et de soja destiné à l’alimentation animale, toutes deux en pleine croissance ces dernières années.

Dans le Cerrado, un biome tropical recouvrant 23 % du Brésil en son centre, les cultures de soja ont par exemple avalé 10 % de la savane, soit environ 23 millions d’hectares, la superficie du Royaume-Uni, ou presque. Les pâturages, eux, en ont grignoté 20 %.

Ces viandes et ces légumineuses inondent en outre le marché européen, dont 26 % des importations de bœuf et 14 % des importations de soja proviennent du Cerrado.

Lire aussi : « En 2019, le groupe Casino a contribué à la déforestation de 56 000 hectares de forêt amazonienne »

Une situation inédite dans l’histoire

Les communautés autochtones d’Amazonie craignent également une réélection du président sortant. Sous le mandat de Jair Bolsonaro, indique Greenpeace, les invasions illégales de terres indigènes ont plus que doublé, et 430 personnes autochtones ont été assassinées, souvent des défenseurs de l’environnement.

Refusant de perpétuer la politique de ses prédécesseurs, le président Bolsonaro n’a par ailleurs reconnu, en trois ans et demi, aucun nouveau territoire indigène, là où Lula da Silva en avait démarqué 79 au cours de ses deux mandats. Le bilan du chef d’État sortant est donc catastrophique pour les droits humains comme pour l’environnement.

Lire aussi : « La Cour Suprême du Brésil relance la bataille judiciaire en faveur des peuples autochtones »

Dans son programme, le candidat travailliste promet de mettre en place une tolérance zéro contre l’orpaillage illégal, la déforestation et les incendies, et de poursuivre sa politique de reconnaissance des populations autochtones. Plusieurs institutions, dont l’université d’Oxford, estiment que l’élection de Lula à la présidence « permettrait d’éviter la disparition de 75 960 km2 de forêt amazonienne d’ici 2030, soit une superficie équivalente à celle du Panama ».

Lire aussi : « En dix ans, l’Amazonie brésilienne a émis plus de carbone qu’elle n’en a absorbé »

Quoi qu’il arrive, le prochain président du Brésil devra faire face à une situation inédite dans l’histoire : avec 26 % de sa surface défrichée, la forêt amazonienne aurait récemment franchi un point de non-retour signant sa dégradation inéluctable en savane sèche.

Sous l’effet combiné du déboisement et du réchauffement climatique, la plus grande forêt du monde ne parvient plus à se régénérer.

Lire aussi : L’Amazonie risque de plus en plus vite de se transformer en savane

Crédit photo couv : EVARISTO SA / AFP

Elles sont simples et chiffrées, ne pénalisent personne et peuvent être mises en place dès maintenant : ce mardi 27 septembre, l’association négaWatt, qui promeut la sobriété énergétique, dévoile ses 50 propositions pour économiser au moins 10 % de notre consommation de gaz, d’électricité et de pétrole d’ici 2024.

Se voulant « force de proposition dans le débat », cette publication intervient une semaine avant la présentation, par le gouvernement, d’un « grand plan de sobriété » censé permettre au pays de passer l’hiver sans pénuries ni coupures.

Excluant l’industrie et l’agriculture, dont « les leviers de sobriété sont néanmoins multiples », négaWatt s’est concentrée, dans son étude, sur les secteurs du bâtiment, du tertiaire et des transports, qui représentent respectivement 30 %, 16 % et 29 % de nos usages énergiques.

Lire aussi : « Sobriété : cibler les individus au lieu de fournir des réponses systémiques alimentera des pénuries »

Selon l’association, ce serait en tout 13 % de la consommation française cumulée de gaz, d’électricité et de pétrole qui pourrait être économisée, avec une nette prévalence pour le gaz (– 20 %) et l’électricité (– 17 %), « soit, pour cette dernière, est-il précisé, l’ équivalent de la production de 12 réacteurs nucléaires ».

Les particuliers ont un rôle à jouer…

Dans le secteur résidentiel, l’économie la plus simple et la plus efficace consisterait à ne pas chauffer son logement au-dessus de 19 °C – la moyenne nationale s’élevant à 21 °C. À elle seule, cette mesure permettrait d’économiser 23 500 GWh, soit « 8 à 16 % des consommations de chauffage » en France, note l’association.

NégaWatt recommande avant tout d’éviter les mille et un gaspillages dont nous sommes coupables presque sans le savoir. Les veilles des appareils électriques, par exemple, « représentent 15 % de la consommation d’électricité moyenne d’un logement », indiquent les auteurs de l’étude. Leur extinction systématique (11 400 GWh) profiterait donc directement aux particuliers, tout comme celle des box internet et télé en dehors des heures d’utilisation (3 100 GWh).

Lire aussi : « Canicule, eau et électricité : seule la sobriété pourra nous sauver »

Porter des vêtements chauds en hiver, abaisser la température de 2 °C la nuit ou en cas d’absence, renforcer l’étanchéité à l’air des logements, mieux utiliser ses appareils de cuisson et de lavage sont d’autres préconisations de négaWatt, qui rappelle que ces mesures ne sauraient se déployer dans les foyers sans une politique d’information et d’accompagnement de la part de l’État.

… mais aussi les entreprises et les collectivités

Au sein du vaste secteur tertiaire, la consommation d’énergie pourrait être réduite de 30 % sans aucun effort : « 39 % pour le gaz, 36 % pour le fioul, 23 % pour l’électricité », estime l’association, selon laquelle « les gains effectifs dépendront de la capacité d’entraînement et d’adhésion de la population ».

Chauffage, ventilation, éclairage, climatisation : si les entreprises et les collectivités respectaient la consigne des 19 °C maximums, 22 000 GWh pourraient par exemple être économisés chaque année. De même, l’arrêt de la ventilation en période d’inoccupation, dans l’ensemble des bâtiments tertiaires, réduirait de 18 000 GWh leur consommation.

Lire aussi : « Hausse des prix de l’énergie et baisse des aides à la rénovation thermique : “une aberration” »

Une foule d’autres petites mesures de contrôle et de maîtrise de l’énergie, qui relèvent du bon sens – modération de la clim, dispositifs « hydro-économes », extinctions nocturnes, rénovation, etc. – auraient de grandes conséquences si elles étaient cumulées. Mais pour ce faire, prévient négaWatt, le gouvernement devra employer tous les leviers dont il dispose, en « inscrivant la sobriété dans l’espace et le débat publics ».

Et les transports ?

Dans ce secteur hautement énergivore, où « le gisement est colossal », l’association ne propose que trois mesures : réduction de la vitesse maximale autorisée sur autoroute (110 km/h) et voie rapide (100 km/h) ; ouverture de lignes de covoiturage ; réaffectation des salariés sur des sites plus proches de leur domicile.

Elle fait cependant remarquer que leur seule mise en œuvre entraînerait « un gain de 3,5 % sur les consommations d’énergie » des transports, soit 16 000 GWh.

Basées sur des retours d’expérience, toutes ces économies potentielles ne sont pas des plafonds.

« L’objectif -10 % à deux ans […], pleinement atteignable, pourrait [même] être revu à la hausse, conclut négaWatt. La France peut entièrement prendre sa part dans l’objectif européen de réduire de 15 % la consommation de gaz, en allant même au-delà. L’atteinte de ces objectifs dépendra des conditions de leur mise en œuvre : communication, mobilisation, formation et accompagnement. »

C’est le retour de la chasse. Et avec elle des balles perdues, des tirs ricochés, des polémiques  et des lâchers de millions d’animaux élevés dans le seul but d’être abattus…

Depuis la mi-septembre et jusqu’au 28 février au soir, dans la plupart des départements, chasseurs et chasseuses peuvent reprendre le contrôle de leurs terrains de jeu favoris – champs, plaines, forêts – pour effectuer ces « prélèvements » annuels censés nous protéger d’espèces autrement nuisibles ou invasives. Mais d’où viennent les animaux que tirent les chasseurs ? Sont-ils vraiment sauvages ?

Si l’on en croit les chiffres de la saison de chasse 2013-2014, communiqués par l’Office français de la biodiversité (OFB), 22 millions d’animaux seraient tués chaque année à la chasse, parmi lesquels 80 % d’oiseaux et 20 % de mammifères.

Dans le détail, les faisans communs et leur plumage coloré représenteraient 3 millions de victimes, les perdrix rouges et grises 2 millions, les pigeons ramiers 5 millions, les canards et autres anatidés plus de 2 millions.

N’oublions pas les mammifères : un million et demi de lapins, 675 000 ongulés (sangliers, cerfs, chevreuil) et un demi-million de carnivores sont également fauchés, tous les ans, par le petit million de chasseurs licenciés, dont le nombre ne cesse de reculer.

Un couple de perdrix reproductrices en cage – Crédit : Sébastien Arsac

Des populations artificielles

Toutes les victimes ne se valent pas. Si les pigeons ramiers restent bel et bien sauvages, l’écrasante majorité des faisans et des perdrix tirés au fusil – et, dans une certaine mesure, les canards colverts ainsi que les sangliers – sont en fait des animaux élevés en captivité, vendus aux chasseurs pour être relâchés le jour même d’une partie de chasse.

En 2018, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) a tenté de chiffrer cette pratique. Son enquête révélait alors que 14 millions de faisans et 5 millions de perdrix étaient élevés chaque année, en France, pour le plaisir des fédérations de chasse.

À ces populations « artificielles » s’ajoutent, selon le Syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC), un million de canards, 100 000 lapins, 40 000 lièvres, 15 000 cerfs, 22 000 daims et quelque 40 000 sangliers, dont 20 % finissent dans la nature pour être régulés par les chasseurs, le reste étant abattu dans des enclos privés.

Lire aussi : Le Sénat veut interdire les enclos de chasse

Des conditions d’élevage déplorables

Élevé dans 1 500 structures à travers la France, le petit gibier subit, d’après l’ASPAS, des conditions de captivité similaires à celles des pires élevages industriels. En ce qui concerne faisans et perdrix, il faut distinguer les centres de reproduction et les élevages à proprement parler. Dans les premiers, les oiseaux reproducteurs sont entassés par couple (pour les perdrix) ou par dizaine (pour les faisans) dans des cages exiguës (des « parquets de ponte »), d’où les œufs sont récupérés pour être placés en incubateur.

Une fois qu’ils ont éclos, explique l’APSPAS dans son enquête, « les poussins sont placés à plusieurs milliers d’individus dans un hangar, alors que ces espèces vivent à l’état naturel en petits groupes familiaux ».

La promiscuité entraîne des agressions, des blessures, du stress, que les éleveurs compensent en apposant aux oiseaux des couvre-becs qui les mutilent.

Après une à trois semaines, perdreaux et faisandeaux sont transférés en extérieur, dans des espèces de volières simulant des conditions de vie sauvage – en réalité, note Reporterre, « de longs champs où des filets sont installés à plusieurs mètres de hauteur pour empêcher les oiseaux de s’enfuir ».

Dans ces non-lieux modernes, les mouvements de panique sont fréquents, et haute la mortalité.

« Les conditions d’élevage et le stress de ces oiseaux sont tels, constate l’ASPAS, qu’une quantité invraisemblable de faisans et de perdrix paniqués, cherchant à fuir en s’envolant, se fracassent contre les murs des hangars, ou encore se pendent aux filets des volières. »

À la fin du parcours, les animaux à peine matures sont livrés dans des caisses aux sociétés de chasse – la France en compte environ 70 000, soit deux par commune –, qui les transportent le lendemain sur le site du lâcher, quelques heures avant l’arrivée des « régulateurs ».

Faisan reproducteur mort étouffé en tentant de fuir – Crédit : Sébastien Arsac

Que deviennent les oiseaux ?

Il est difficile de donner une estimation précise du nombre d’oiseaux que les chasseurs parviennent à abattre. Sur les 5 millions de faisans et de perdrix de captivité, il est cependant possible de considérer, avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qu’au moins une moitié est plombée dans les 48 heures qui suivent le lâcher.

Lire aussi : Le Parlement Européen interdit la chasse au plomb dans les zones humides

Les trois quarts des autres, inadaptés à la vie sauvage, meurent durant les jours ou les semaines qui suivent leur mise en liberté, de faim parce qu’ils n’ont pas appris à s’alimenter, de prédation car ils ne savent pas se protéger, ou de maladies.

Entre-temps, ces « repeuplements » subits commettent des dégâts, soit que les animaux d’élevage transmettent leurs pathologies et leurs parasites aux populations sauvages, soit que celles-ci, perturbées par une augmentation brutale de la densité, adoptent des comportements agressifs qui diminuent du même coup leur vigilance aux prédateurs.

Dans une étude parue cet été, deux scientifiques belges ayant étudié six zones de chasse en Wallonie ont également constaté que l’introduction massive de faisans, sur un territoire donné, efface de celui-ci, en quelques jours et de « façon radicale », les populations de reptiles qui s’y trouvent – et qui parfois font l’objet d’une protection.

Autrement dit, les lâchers d’oiseaux entraînent des conséquences sur la faune et la flore locales largement méconnues et qui, à une époque de disparition massive des espèces, devraient justifier une extrême prudence de la part des pouvoirs publics.

C’est une conséquence directe des canicules de l’été : les gorgones, un corail rouge emblématique de la mer Méditerranée, connaissent « un épisode massif de mortalité » depuis plusieurs semaines, alerte le Parc national des Calanques.

Le réchauffement mis en cause

Les premières alertes ont été lancées les 18 et 19 août, juste après les orages dévastateurs qui ont frappé le sud-est de la France. Tout le long du littoral méditerranéen, les plongeurs observent alors des gorgones nécrosées par colonies entières : les barbes et les éventails pourpres ou jaunes qui, quelques jours plus tôt, tapissaient encore les roches des fonds marins se sont subitement transformés en squelettes.

« Ce qu’on voit, c’est un peu comme si on passait après un incendie, sauf que les troncs d’arbres ne sont pas calcinés, ils sont juste enlevés de leur partie vivante. Normalement, c’est fortement coloré, et là, tout ce qu’on voit, ce sont des axes de troncs », indique Thierry Pérez, directeur de recherche au CNRS, à la chaîne de télévision LCI.

Malgré la concomitance des événements, les scientifiques estiment que la véritable cause de cette mortalité, inquiétante par son ampleur et son intensité, ne se situe pas dans les orages, mais dans le réchauffement climatique.

« Nous savons que les épisodes de canicules marines affectent les gorgones. Et nous savons qu’il a fait très chaud en Méditerranée cet été, avec des températures avoisinant les 26-28 °C sur de longues périodes, jusqu’à 20 mètres, voire 30 mètres de fond, déclare ainsi Patrick Bonhomme, chargé de mission Pêche et Gestion de la biodiversité marine au Parc national des Calanques.

Contraste entre un individu nécrosé et un individu en bonne santé.
Crédit : Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques

Lire aussi : « Les océans ont atteint un réchauffement plus alarmant que jamais en 2021 »

Selon lui, l’étendue géographique de la surmortalité, relevée dans la plupart des aires protégées de la Méditerranée – des Calanques au parc national de Port-Cros et au parc marin de la Côte Bleue –, ne permet pas d’attribuer cette catastrophe à une pollution isolée.

« Tous les indices pointent [au contraire] vers le réchauffement climatique, avec l’augmentation prolongée de la température de l’eau au-delà du seuil de tolérance des espèces, qui provoque la nécrose de leurs tissus », insiste le chargé de mission, qui ne s’imaginait pas, avant cet été, qu’un tel phénomène pourrait toucher si tôt un écosystème non tropical.

Dans certaines colonies (Riou et Morgiou), la quasi-totalité des individus est nécrosée.
Crédit : Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques et Fabienne Henry, Narval Plongée

Des « forêts animales » menacées

Caractéristiques du coralligène, « habitat naturel clé de Méditerranée », les gorgones Paramuricea clavata sont considérées comme des « forêts animales », dans la mesure où « [elles] abritent 15 à 20 % des espèces connues » de cet écosystème maritime, explique le Parc national des Calanques.

Quoique d’une grande longévité (plus de 50 ans), ces organismes croissent lentement (à peu près un centimètre par an) et sont parmi les plus vulnérables aux variations extrêmes de températures. Les épisodes de mortalité, déjà observés en 1999, 2003, 2006 et 2009, sont donc destinés à se renouveler, préviennent les biologistes, qui craignent que les gorgones disparaissent dans un futur proche.

Zoom sur un individu nécrosé. Crédit : Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques

Lire aussi : « Un immense récif corallien d’une santé exceptionnelle a été redécouvert à Tahiti »

Si les canicules se multiplient, cette espèce ayant besoin d’un demi-siècle pour atteindre une pleine maturité n’aura en effet plus le temps de se renouveler. Or, on ignore quelles seront les conséquences de cette disparition sur la faune.

D’autres espèces méditerranéennes fragiles, telles que le corail rouge, les éponges, les oursins et les posidonies, ces herbes à fleurs sous-marines, sont également surveillées.

Lire aussi : La posidonie, poumon de la Méditerranée, aide à réduire la pollution plastique

Depuis le 1er septembre, le dispositif « Oui Pub », une interdiction par défaut des prospectus distribués dans les boîtes aux lettres, est expérimenté dans une quinzaine de territoires. Signe-t-il la fin d’un système accusé de gaspillage, ou le transfert de la pollution d’un support à un autre ?

894 000 tonnes : c’est le poids de tous les catalogues, prospectus et autres publicités déversés dans les boîtes aux lettres françaises pour la seule année 2019. Selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), ce chiffre représente une moyenne de 30 kilos de brochures commerciales par foyer, dont les neuf dixièmes sont imprimés par la grande distribution.

Pour remédier à cette pollution annuelle massive, la Convention citoyenne pour le climat avait préconisé, en 2020, d’« interdire le dépôt des publicités dans les boîtes à lettres » dès l’année suivante, entre autres mesures de lutte contre la surconsommation et le gaspillage.

Promulguée en juillet 2021, la loi Climat et Résilience, moins ambitieuse, n’a retenu de cette proposition qu’un mécanisme, « Oui Pub », conçu par l’exécutif comme un instrument de transition censé « évaluer l’impact » d’une possible interdiction « sur la production et le traitement des déchets papier », ainsi que « ses conséquences sur l’emploi, sur les secteurs d’activité concernés [et] les comportements des consommateurs ».

Lire aussi : « Surconsommation, manipulation et sexisme : il est capital d’abolir la publicité »

La logique du gaspillage inversée

Concrètement, « Oui Pub » est une expérimentation grandeur nature à laquelle participeront, pendant trois ans et sous la houlette de l’Ademe, 14 collectivités territoriales telles que Métropole du Grand-Nancy, Grenoble-Alpes Métropole, la Corse, l’agglomération d’Agen ou la ville de Bordeaux, qui se sont toutes portées volontaires.

Ainsi, depuis le 1er septembre, les 2,6 millions d’habitants de ces territoires ne reçoivent plus de publicité papier à moins d’avoir appliqué, sur leur boîte aux lettres, un autocollant « Oui Pub » avertissant les annonceurs qu’ils peuvent y déposer des promotions.

Remplaçant le célèbre « Stop Pub » – que l’Ademe voyait stagner, depuis plusieurs années, à moins de 20 % des boîtes aux lettres –, le nouveau dispositif en inverse aussi la logique : au lieu d’être distribuées à l’aveugle, les publicités parviennent à des consommateurs consentants, ce qui minimise les chances que ceux-ci les jettent à la poubelle sans les avoir lues.

Lire aussi : « Affichage sauvage : quand les multinationales s’accaparent l’espace public en toute impunité »

Changement de support, transfert de pollution

Début 2025, à l’issue des trois années d’expérimentation, le gouvernement remettra au Parlement un rapport d’évaluation du dispositif, sur les fondements duquel sera décidée, ou non, sa généralisation au reste de la France.

Une chose est sûre : avec « Oui Pub », la publicité ne disparaîtra pas, la pollution non plus. L’une et l’autre seront sans doute transférées de l’imprimé au numérique, tout aussi énergivore et consommateur de ressources naturelles.

Le comité d’évaluation devra donc déterminer si le numérique est réellement plus favorable que le papier à une somme d’indicateurs environnementaux (déchets, énergie, affectation des sols, usage de l’eau, etc.).

Quant aux emplois – le marché français de la distribution d’imprimés publicitaires compte 15 000 équivalents temps plein –, il y aura quelques sacrifices. Mais le secteur n’est-il pas déjà en déclin ?

Lire aussi : « Métropole de Lyon : 59 communes bannissent les panneaux publicitaires numériques »

Piscines, patinoires, stations de ski, grandes industries et petites entreprises : l’augmentation incontrôlable des prix de l’énergie menace de mettre à l’arrêt des pans entiers de l’économie. Si rien n’est fait, le secteur agroalimentaire dit craindre des « rayons vides » cet hiver.

C’est une ritournelle que tous les professionnels ont à la bouche en ce mois de septembre : la multiplication par dix à vingt, selon les cas, du prix de l’électricité empêchera de très nombreuses entreprises – qui ne bénéficient pas du bouclier énergétique – de maintenir leurs activités au cours des prochains mois.

Les stations de sports d’hiver ont été parmi les premières à tirer la sonnette d’alarme : comme l’indique France 3, environ 70 % d’entre elles doivent renégocier cet automne leur contrat triennal avec leur fournisseur d’énergie. Or le prix de gros du mégawattheure, qui s’élevait à 85 euros il y a un an, a atteint plus de 1 000 euros cette année.

Ne pouvant augmenter leurs tarifs, les professionnels de la montagne prévoient des fermetures en série.

« En l’état actuel des choses, nous ne serons pas en capacité d’ouvrir la station, car on ne pourra pas payer notre facture d’électricité, témoigne par exemple Sébastien Giraud, directeur de la régie des remontées mécaniques de la station de Villard-de-Lans, dans l’Isère, auprès de France 3.

Même son de cloche à l’Alpe d’Huez, aux Deux Alpes, au Collet d’Allevard, ainsi qu’aux stations de Saint-Lary ou de Font-Romeu, dans les Pyrénées. Si tous ces domaines skiables devaient fermer, les milliers de personnes qui en dépendent – restaurateurs, enseignants, commerçants – seraient au chômage cet hiver.

Lire aussi : Une station de ski anticipe sa fermeture en raison du changement climatique

Vert Marine dans la tourmente

Dans certains secteurs, les fermetures ne sont plus une prévision, mais une réalité. Ce lundi 5 septembre, le délégataire de service public Vert Marine, qui gère quelque 90 centres aquatiques à travers la France, a ainsi annoncé qu’une trentaine de piscines – de Nîmes à Versailles en passant par Limoges – resteraient fermées pour une durée indéterminée.

« Les hausses du coût de l’énergie […] ne nous permettent plus aujourd’hui de gérer les équipements de manière équilibrée économiquement et pérenne socialement, a fait valoir Vert Marine dans un communiqué. Si cette hausse était répercutée sur les prix d’entrée dans les établissements, ces derniers seraient multipliés par trois. C’est impensable ! »

Selon l’AFP, la facture énergétique du délégataire de service public serait passée de « 15 à 100 millions d’euros » en quelques mois, soit « la totalité du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise ». Alors que 600 salariés ont été placés en chômage partiel, Vert Marine, dont les patinoires risquent également de fermer, en appelle « aux instances locales et gouvernementales » pour « revenir à des coûts supportables ».

Lorsqu’elles en sont gestionnaires, certaines collectivités ont aussi dû se résoudre à fermer un jour par semaine leurs piscines, comme à Palavas-les-Flots, Lansargues ou la Grande-Motte, dans l’Hérault. D’autres, comme Échirolles, en Isère, ont abaissé d’un ou deux degrés la température des bassins.

À Paris, la mairie a quant à elle lancé des travaux de rénovation énergétique dans plusieurs établissements, afin de faire chuter sur le long terme sa consommation d’électricité.

Mises à l’arrêt dans l’industrie

L’industrie est un autre domaine très durement touché par la flambée des prix, elle qui représente un cinquième de la consommation énergétique globale de la France, d’après le distributeur Enedis.

De loin les plus énergivores – 85 % de l’énergie consommée par le tissu industriel français –, les cinq secteurs que sont l’industrie chimique, la métallurgie, le caoutchouc et le plastique, le bois et le papier, et l’agroalimentaire ont été les premiers à prendre des mesures d’économie et de restriction.

Début septembre, le deuxième sidérurgiste mondial, ArcelorMittal, a par exemple annoncé que deux de ses hauts-fourneaux en Europe seraient mis à l’arrêt cet hiver, expliquant que l’augmentation des tarifs énergétiques affectait « fortement » la compétitivité de la production d’acier.

Le géant Aluminium Dunkerque, la plus grande fonderie d’aluminium primaire de l’Union européenne, compte lui aussi réduire sa production de 20 %, tout comme l’usine de verrerie Duralex, qui mettra son four en veille pour une durée minimum de quatre mois à compter du 1er novembre, dans le but d’amortir ces nouveaux coûts qui ne peuvent être répercutés sur les clients, touchés eux aussi par l’inflation.

Enfin, si l’énergie s’avère insuffisante pour assurer la production des denrées, l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) a récemment prévenu qu’il y aurait des « rayons vides » cet hiver dans la plupart des supermarchés, du moins si le gouvernement n’épargne pas ce secteur, jugé stratégique, des coupures d’électricité.

Bonne nouvelle pour le bien-être animal. Mardi 23 août, l’Espagne a adopté une mesure obligeant tous les abattoirs du pays, sans exception, à installer des systèmes de vidéosurveillance pour s’assurer que les bêtes ne sont pas maltraitées avant leur mise à mort.

Approuvé par le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, le décret royal contenant cette mesure emblématique touche environ 700 établissements, qui disposent d’un ou deux ans, en fonction de leur taille, pour se mettre en conformité avec la loi.

Comme le précise le ministère de la Consommation espagnol, les caméras devront couvrir, à minima, « les installations où se trouvent les animaux vivants, y compris les zones de déchargement, les couloirs et les espaces où sont pratiquées les activités d’étourdissement et de saignée », ainsi que d’échaudage, dans le cas des porcs et des volailles.

Lire aussi : « Il est toujours impossible d’avoir un débat sérieux autour de la condition animale »

Les responsables des abattoirs auront l’obligation de conserver les images de vidéosurveillance pendant au moins 30 jours, durant lesquels elles seront tenues à la disposition des services d’inspection sur simple demande.

Le pari gagnant des animalistes

Alberto Garzón, le ministre de la Consommation, s’est félicité de voir son pays « à l’avant-garde de l’Europe » dans le domaine du bien-être animal. Jusqu’à présent, seuls l’Angleterre, l’Écosse et Israël avaient adopté un tel système.

Ces dernières années, en Espagne, les associations de protection animale ont publié de nombreuses enquêtes chocs dénonçant les pratiques illégales de certains abattoirs du pays. Utilisant les mêmes méthodes que L214, en France, ces structures militantes ont misé sur la violence des images saisies sur le vif, en caméra cachée, pour infléchir la législation. Un pari gagnant.

Lire aussi : « L214 lutte contre un méga-élevage d’Herta, coupable de sévices, voulant exploiter 25 000 cochons »

« Cela a secoué les consciences, celles des organisations animalistes, mais aussi des citoyens ordinaires de ce pays, sans oublier le coût en termes de réputation pour la majorité du secteur, pour tous ceux qui font bien leur travail », a ainsi reconnu Alberto Garzón.

Son homologue à la tête de l’Agriculture, Luis Planas, a quant à lui précisé que le décret royal avait obtenu « le soutien total du secteur » de la viande, ulcéré, semble-t-il, que les pratiques d’une « minorité » portent atteinte à tous les autres.

Et en France ?

Selon Libération, sur les 886 abattoirs que comptait notre pays, début 2022, « moins d’une soixantaine sont équipés d’un système vidéosurveillance », installé à chaque fois à l’initiative du propriétaire.

Évoqué par Emmanuel Macron pendant sa campagne, en 2017, le principe d’obligation a finalement été abandonné après son élection.

Lire aussi : « Le gouvernement fait appel pour maintenir la “surveillance idéologique” de la cellule Demeter »

En déplacement à Madrid, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau a cependant rappelé que des expérimentations étaient menées dans certains abattoirs volontaires, et que la demande d’une surveillance renforcée montait parmi les salariés du secteur.

L’idée avance, lentement.

Les yourtes de la Belletière devront-elles être démontées ? À Nort-sur-Erdre, près de Nantes, Jean-Marc Perrigot est convoqué en justice pour avoir élevé, sur sa propriété, deux yourtes destinées au logement solidaire. À l’origine de la plainte, la municipalité lui reproche de ne pas respecter le code de l’urbanisme.

Bienvenue au hameau de la Belletière, une cinquantaine de jolies maisons ramassées entre champs et forêt, en lointaine périphérie de Nantes. C’est là, dans un ancien corps de ferme, que notre protagoniste, Jean-Marc Perrigot, a jeté l’ancre il y a 28 ans.

Propriétaire d’un terrain de 5 800 m², ce chorégraphe de profession, passionné de recyclage et roi de la débrouille, a eu l’idée, il y a une dizaine d’années, d’installer une yourte kirghize, à deux pas de son habitation, pour y héberger une ou plusieurs personnes en difficulté.

« J’étais seul dans ce grand espace, et j’avais envie de le partager, témoigne Jean-Marc Perrigot à La Relève et la Peste. D’un autre côté, je voyais que la crise du logement était très compliquée dans la région, et que de plus en plus de gens ne pouvaient pas vivre dignement de leur salaire. »

Très attractive, comme tout le Grand-Ouest, la Loire-Atlantique accueille en moyenne, chaque année, 14 000 habitants supplémentaires. Cette croissance se concentre dans la sphère d’influence de Nantes, où la recherche de logement équivaut désormais à un parcours du combattant.

Lire aussi : « En Vendée, ce couple de maraîchers bio se bat pour vivre sobrement sur ses terres »

Face à ce constat, Jean-Marc Perrigot décide de tenter l’expérience. En 2015, il aménage une partie de son terrain, qu’il raccorde à l’eau potable et à l’électricité. Afin de pouvoir faire machine arrière si la cohabitation tourne mal, il décide d’acheter une yourte, qui a ce double avantage d’être facilement démontable et de ne pas artificialiser les sols. C’est ce qu’on appelle « l’habitat léger ».

Crédit photo : Jean-Marc Perrigot

L’heureuse élue, Anne, professeure de musique et cheffe de chœur, emménage en juin de la même année. Très vite, les deux habitants du « 104 La Belletière », comme on le surnomme, créent un mode de vie fondé sur le partage. Anne ne paie pas de loyer, mais elle participe à l’entretien du terrain, règle des factures, donne de son temps et son énergie.

« Alors que les yourtes et ma maison personnelle restent des espaces privés, détaille Jean-Marc Perrigot, d’autres espaces sont mis en commun, comme l’atelier, les lieux de stockage, les congélateurs et la cave. Nous nous chauffons au bois, alors nous faisons le bois ensemble : une partie est prélevée sur le terrain, une autre est récupérée chez un fabricant de charpentes. »

De deux à quatre puis à sept

Comblé au-delà de ses attentes, Jean-Marc décide de renouveler l’expérience. En juillet 2018, Cécile Valembois, fonctionnaire dans l’animation, et son compagnon, Louis, ébéniste et accordeur de pianos, s’installent dans une seconde yourte élevée un peu plus loin dans le jardin.

« Nous voulions fonder une famille et nous ne parvenions pas à trouver de location correspondant à nos critères, nous explique Cécile Valembois. Les bailleurs étaient trop exigeants, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. Nous en étions rendus à chercher jusqu’à Angers [à 90 kilomètres de Nantes, ndlr] et quand nous téléphonions, nous étions bien souvent les trente ou quarantièmes sur la liste. »

D’abord frileux, le couple finit par accepter la proposition de Jean-Marc. C’est un vrai pari, car Cécile est enceinte, et Louis travaille souvent à Paris. Mais là encore, la cohabitation se passe à merveille. Un premier enfant naît en 2018, puis un second en 2021. Le couple est surpris de trouver son compte dans cet habitat qu’il imaginait trop exigu.

Lire aussi : « Habitat léger : la plus grande “Figue” de France va être construite en Haute-Vienne »

« Au fil du temps, insiste Cécile, notre situation a complètement dépassé la crise du logement. Nous sommes passés de la nécessité au partage, à l’entraide, à la construction de quelque chose de collectif, un autre modèle de vie. Et ce passage s’est fait tout seul. »

À l’automne 2021, Anne s’en va du 104 après six ans de vie commune. Louis aide alors Jean-Marc à remettre la première yourte en état ; les travaux sont menés collectivement, ce qui ne laisse de réjouir le chorégraphe. Les deux hommes profitent de l’occasion pour adjoindre une caravane à l’arrière du logement de Cécile et Louis, afin de soulager leur foyer qui s’est agrandi.

Crédit photo : Jean-Marc Perrigot

Enfin, début 2022, un second couple, Guillaume et Claire-Hélène, fait son entrée dans la première yourte entièrement rénovée. À l’heure actuelle, sept personnes habitent donc au « 104 » sans que le moindre mètre carré de béton ait été coulé.

La mairie en embuscade

L’expérience prometteuse de Jean-Marc, en phase avec son temps, aurait pu se prolonger indéfiniment si la municipalité de Nort-sur-Erdre, dont dépend le hameau de la Belletière, ne l’avait pas attaquée en justice.

« Lorsque Anne s’est installée, en 2015, nous n’avons reçu aucun courrier, aucune visite de la part des autorités, se souvient Jean-Marc. Trois ans ont passé et ce n’est qu’en 2018, après l’installation  de la deuxième yourte, que la mairie s’est manifestée. »

Les habitants du 104 apprennent à ce moment que toute résidence démontable « créant une surface de plancher totale supérieure à quarante mètres carrés » (les yourtes en font 50) et « constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs » nécessite, selon le Code de l’urbanisme, un « permis d’aménager » délivré par les services communaux.

Lire aussi : « La commune de Commana cherche des habitants pour créer un éco-hameau en habitat léger »

Le 4 octobre 2018, Jean-Marc, Anne, Cécile et Louis sont convoqués à la mairie de Nort-sur-Erdre. Rappelé à l’ordre, le propriétaire du terrain dispose tout de même de dix-huit mois pour débarrasser les yourtes. Dans leur intransigeance, les élus se sont montrés sensibles à son projet, et à ses arguments. Mais passé ce délai, préviennent-ils, l’affaire sera portée devant les tribunaux.

« Quatre mois seulement après le 4 octobre, continue Jean-Marc, les policiers municipaux sont venus prendre des photos, puis ils ont dressé un procès-verbal dont s’est saisi le procureur, qui a lui-même mandaté la gendarmerie. »

À cause de la pandémie, le chorégraphe n’apprend l’existence de l’enquête qu’en juillet 2021, lorsque les gendarmes le convoquent. Aucun document officiel ne lui est présenté. Après des mois d’incertitude, Jean-Marc reçoit enfin une double convocation au tribunal.

« La première était programmée pour juin 2022, raconte-t-il. C’était une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, durant laquelle on n’aurait pas débattu sur le fond du dossier, mais juste sur la peine. Comme je l’ai refusée, la seconde s’active, et un véritable procès aura lieu en février 2023. »

La lutte continue

S’il perd son procès, Jean-Marc encourt une amende ainsi qu’une injonction à démonter les yourtes, sous peine d’astreinte quotidienne. Quelle que soit la décision des tribunaux, le chorégraphe prévoit déjà d’y obéir.

En attendant, la troupe du 104 s’est lancée dans la bataille de l’habitat léger. Pour faire de leur cause un emblème, Jean-Marc, Céline et les autres ont fondé en avril dernier l’association « Libres toits », qui compte 260 adhérents. Son objet est « de fédérer et défendre les intérêts et la diversité de l’habitat léger, mobile et réversible » dans le département de Loire-Atlantique.

Une pétition de soutien aux yourtes de la Belletière a également récolté, sur internet, près de 40 000 signatures. La mairie de Nort-sur-Erdre se laissera-t-elle convaincre ? Contactée plusieurs fois par notre rédaction, celle-ci n’a pas souhaité exercer son droit de réponse.

Coup de poignard pour la biodiversité. Dans la continuité de sa politique anti-écologique, le président d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez (LR), a récemment décidé de retirer tous les financements que sa région devait allouer au réseau Natura 2000, cet ensemble de sites protégés par l’Union européenne pour leur faune et leur flore remarquables.

Troisième plus grande région de France, en superficie, l’Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA) compte 266 zones classées Natura 2000, qui couvrent près de 10 000 km² (soit 13,3 % de son territoire) et accueillent quelque 2 000 espèces protégées. Depuis leur création il y a 30 ans, ces espaces bénéficient d’une gestion durable pondérant, sur le long terme, les activités humaines.

Les sites du réseau Natura 2000 étaient auparavant financés par l’État, qui redistribuait aux régions les dotations du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), également consacrées aux politiques agricoles communes.

Lire aussi : « Le Conseil d’État ordonne au gouvernement de limiter radicalement les pesticides dans les zones Natura 2000 »

Mais depuis l’adoption de la loi 3DS (pour différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification), le 21 février dernier, les conseils régionaux doivent désormais adresser eux-mêmes leurs demandes de fonds Feader à l’Union européenne, sans passer par l’État.

Profitant de ce transfert de compétence, l’exécutif d’AuRA a choisi de consacrer la totalité de son enveloppe Feader, pour les années 2023-2027 – soit 493,6 millions d’euros –, au soutien à l’agriculture, privant les zones Natura 2000 de 2 millions d’euros par an qui finançaient, sur le terrain, entre 150 et 200 temps pleins de chargés de mission.

Calcul électoraliste

Passée quasi inaperçue en mars, cette décision a refait surface au cœur de l’été, après la publication d’un article de Reporterre mettant en cause les motivations peu avouables de Laurent Wauquiez.

Selon la version donnée par l’entourage du président de région au Progrès, les crédits Feader alloués à l’Auvergne-Rhône-Alpes pour la période 2023-2027 auraient baissé de plus de 20 % par rapport aux années 2014-2020. Laurent Wauquiez aurait ainsi fait le choix de « flécher » ces dotations sur les agriculteurs, notamment les jeunes souhaitant s’installer.

Ces arguments sont cependant battus en brèche par l’opposition, qui dénonce une manœuvre visant à punir, voire désarmer les associations et les protecteurs de l’environnement, tout en flattant les fédérations de chasse et les grands syndicats agricoles, qui font partie des « opposants historiques » aux zones Natura 2000, indique Reporterre.

Lire aussi : « La politique de Laurent Wauquiez va détruire 140 ha de terres agricoles et forestières »

« Nous savons pourquoi vous faites ce choix et ce n’est pas responsable : les associations de protection de la nature, qui interviennent sur Natura 2000, sont aussi celles qui s’opposent à vos projets d’artificialisation, comme la RN88 », a ainsi déclaré Florence Cerbaï au président de région, le 18 mars dernier, lors de la séance du conseil régional entérinant, à huis clos, la fin des subventions.

L’affirmation de l’élue écologiste est corroborée par des enregistrements que s’est procurés Reporterre, dans lesquels Laurent Wauquiez assimile les chargés de mission Natura 2000 à des « militants » perturbant le « fonctionnement républicain »

Vives inquiétudes

En 2023, l’État continuera de subventionner les zones Natura 2000 d’AuRA. Le saut dans l’inconnu aura donc lieu en 2024. Quelles seront les conséquences de cette politique à contresens de l’histoire ? 

« On ne va plus pouvoir financer les mesures agro-environnementales, les contrats avec les agriculteurs, les forestiers pour qu’ils fassent une gestion respectueuse de l’environnement, répond Éric Feraille, président de France Nature Environnement AuRA, à Reporterre. Ça va affecter l’installation des haies, le labour des prairies et la préservation des zones humides. »

Lire aussi : « Un village de luxe touristique veut artificialiser 400 ha dans une zone Natura 2000 en Sologne »

Sans les chargés de mission Natura 2000, le dialogue avec les agriculteurs et les communautés de communes, les animations locales, ces zones protégées n’auront plus qu’une existence de papier.

Tout n’est pourtant pas perdu. Comme l’écrit la Tribune de Lyon, alors que la région AuRA était la première à déposer sa demande auprès de l’Union européenne, la fin des subventions n’a toujours pas été officiellement adoptée. Ce retard signifie sans doute que « des négociations sont en cours entre l’exécutif et la Commission ».

Depuis mars, Laurent Wauquiez a reçu plusieurs lettres ouvertes, notamment de la part de 24 parlementaires du groupe Renaissance, et des présidents des Conservatoires d’espaces naturels, des Parcs naturels régionaux et des Réserves et Grands sites de France, qui lui ont témoigné leur inquiétude. Fera-t-il machine arrière ?

Image à la une : Alain JOCARD / AFP

Catastrophe écologique en Pologne : le fleuve Oder, le deuxième plus long du pays, est frappé par une mortalité sans précédent, dont on ignore encore les causes et les conséquences.

C’est un désastre écologique sans précédent en Pologne. Depuis quelques jours, des dizaines de milliers de poissons flottent, ventre en l’air, le long des rives de l’Oder, dans un silence apocalyptique. 

Le mardi 16 août, les pompiers polonais ont annoncé qu’ils en avaient déjà repêché 100 tonnes dans leur partie du fleuve, mais le bilan pourrait s’avérer bien plus lourd. Des carcasses d’oiseaux, de loutres et de castors ont aussi été retrouvées.

Long de 854 kilomètres, l’Oder prend sa source en République tchèque et traverse le territoire polonais, avant de se jeter dans la mer Baltique. Sur 160 kilomètres, son avant-dernier segment constitue une frontière naturelle entre l’Allemagne et la Pologne.

Les tout premiers signalements de poissons dérivant, sans vie, dans l’Oder ont été effectués à la fin du mois de juillet par des habitants et des pêcheurs polonais. Les autorités du pays ont pourtant tardé à réagir : en fin de semaine dernière, à la découverte des monceaux de cadavres, le gouvernement venait de recevoir l’information, et l’Allemagne n’avait pas encore été alertée.

Toutes les pistes envisagées

Les causes exactes de la catastrophe restent inconnues ; cependant la piste d’une pollution massive aux substances chimiques se préciserait de jour en jour. 

« D’énormes quantités de déchets chimiques ont sans doute été déversées dans le fleuve en toute connaissance des risques et des conséquences », a ainsi déclaré le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, la semaine dernière.

Des échantillons d’eau prélevés en Pologne et en Allemagne sont en cours d’analyse par différents laboratoires de ces deux pays, de République tchèque, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Publiés le 16 août, les premiers résultats de ces analyses prouvent que le niveau d’oxygène, les taux de sel, le pH et la turbidité de l’eau du fleuve ont soudainement augmenté ces dernières semaines, alors que les quantités d’azote diminuaient tout aussi brutalement.

Le 13 août, l’Allemagne prétendait avoir retrouvé, dans ses échantillons, des concentrations importantes de mercure – l’un des métaux les plus toxiques et persistants qui soient –, mais la ministre de l’Environnement polonaise a contesté cette hypothèse, affirmant pour sa part qu’« aucun des échantillons testés jusqu’à maintenant n’a[vait] montré de substances toxiques ». Les journaux allemands mentionnent également la piste d’une algue toxique émanant de résidus de potasse.

Selon la Pologne, l’hécatombe pourrait avoir été provoquée par un déversement trop important d’eaux usagées contenant du chlore, ou encore par les canicules successives qui, en faisant baisser le niveau de l’eau, pourraient avoir empêché le fleuve de se débarrasser des substances polluantes et des sels « habituellement » émis par l’activité humaine.

La police polonaise promet une récompense d’un million de zlotys (210 000 euros) à celui ou celle qui parviendra à découvrir les responsables de la catastrophe.

Des conséquences « sur des années », voire des décennies

Depuis les années 1990, l’Oder a fait l’objet de plusieurs accords de protection entre les trois États qui en partagent la gestion. Créé en 1992, le parc national de la vallée de la Basse-Oder (165 km2), en Allemagne, est notamment connu pour abriter des paysages intacts de polders et de très nombreuses espèces aquatiques et limicoles telles que la loutre, le castor, la cigogne ou encore la barge et le combattant.

Les conséquences réelles de cette pollution sur le fleuve restent difficiles à mesurer. Chef adjoint du parc national de la Basse-Oder, Michael Tautenhahan parlait le 14 août de « décennies de travail réduites en miettes »

« Certains experts comparent la catastrophe écologique qui frappe l’Oder à un second Tchernobyl, ajoutait, le lendemain, le quotidien polonais Gazeta Wyborcza. Les autorités ont prévenu les citoyens trop tard, mais ce n’est pas tout. L’éradication de toute vie de l’Oder aura un impact qui se ressentira sur des années, voire même des décennies. »

Pour l’instant, quelque 500 kilomètres du fleuve seraient touchés par la catastrophe, qui n’aurait pas encore atteint l’estuaire ni la lagune de Szczecin, elle-même protégée par un parc naturel que partagent la Pologne et l’Allemagne.

Image à la une : PATRICK PLEUL / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

^