Sainte-Soline restera dans les mémoires comme l'un des épisodes les plus sombres du maintien de l'ordre sous Emmanuel Macron. Tirs tendus, absence de sommation, gendarmes qui semblaient tirer une satisfaction trouble de la violence exercée. Trois ans après les faits, la Défenseure des droits vient de confirmer noir sur blanc ce que les manifestants dénonçaient depuis le premier jour.
Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, plusieurs milliers de personnes se rassemblent contre un projet de méga bassine, un réservoir d’eau artificiel destiné à l’irrigation agricole menaçant les nappes phréatiques.
3000 gendarmes ont été mobilisés pour protéger le chantier. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont tiré plus de 5000 grenades lacrymogènes et explosives. Les manifestants comptent 200 blessés dans leurs rangs, dont 40 graves. Les gendarmes en déclarent 47.
Saisie du dossier, la Défenseure des droits Claire Hédon a rendu sa décision le 8 juillet 2026, après avoir analysé 84 heures de vidéos et auditionné onze gendarmes ainsi que neuf victimes et témoins. Sa conclusion est sans détour, les autorités ont adopté une “logique de confrontation” ayant conduit à un lourd bilan humain.
Si la Défenseure des Droits estime que l’usage des armes répondait à une « nécessité ». Elle relève toutefois le « caractère disproportionné du recours au lanceur Cougar dans des conditions non réglementaires ». Ces tirs depuis des quads en mouvement est une pratique interdite qui a provoqué des blessures d’une gravité rare.
Elle pointe également des « manquements déontologiques » de la part des gendarmes, notamment des « tirs tendus » et des propos « orduriers » à l’encontre des manifestants. Quelques mois plus tôt, une enquête vidéo menée par Libération et Mediapart avait déjà donné un aperçu glaçant de l’ambiance sur le terrain ce jour-là. Sur les images, un gendarme évoque “un vrai kif à l’idée de blesser des manifestants”.
La Défenseure des Droits souligne aussi des « carences » dans l’enquête administrative menée par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Elle demande enfin au ministre de l’Intérieur l’ouverture d’une procédure disciplinaire visant une vingtaine de gendarmes.
Pour le collectif Bassines Non Merci, à l’origine de la manifestation, cette analyse met fin à des années de mensonges officiels. Le collectif estime que la stratégie choisie par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, et la préfète Emmanuelle Dubée, est directement en cause. Défendre coûte que coûte un chantier aujourd’hui déclaré illégal a mené à “une escalade de la violence”, et ils réclament aujourd’hui leur démission.
Le collectif regrette toutefois que l’enquête n’aille pas plus loin sur un point précis : l’entrave présumée aux secours. Ils évoquent une zone d’exclusion inédite empêchant les secouristes d’intervenir, et des blessés poursuivis jusqu’à l’hôpital, ce qui aurait dissuadé certains de s’y rendre.
Autre inquiétude soulevée : l’usage du concept de légitime défense par des gendarmes pour justifier des tirs non réglementaires. Une inquiétude renforcée par l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre.
Les conséquences sur la répression des futures manifestations restent, pour l’instant, difficiles à mesurer.
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