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Record de concentration de CO2 : un lent suicide collectif ou une nouvelle destinée

« Même si c’est encore trop, chaque dixième de degré en moins, ce sont des millions de vies sauvées. Passer de 4 °C à 2,8 °C, c’est, concrètement, supprimer en moyenne cinquante-sept jours de canicule par an à l’échelle mondiale »

Dix ans après l’Accord de Paris, les négociations à la COP30 pataugent. Alors que les 1,5°C vont être dépassés, les catastrophes climatiques s’enchaînent et les pays se renvoient la balle. Sous le poids des ces nouvelles accablantes, nombreux sont celles et ceux qui fuient les informations. Pourtant, regarder la vérité en face est peut-être la seule solution à une société occidentale en crise de sens. L’humanité a une destinée à accomplir.

Avertissement : vulgariser des études sur le dérèglement climatique, et ce depuis 2018, donne à l’autrice de ces lignes une compréhension fine des alertes émises par les plus grands instituts scientifiques du monde. Le présent texte n’a pas vocation à dramatiser, mais faire un état des lieux pour que chacun ait une conscience claire de la situation. A lire jusqu’au bout.

Un monde à +1,5°C

Avec le dérèglement climatique, les événements météorologiques extrêmes sont devenus plus intenses et plus fréquents sur la planète. L’année 2025 en a particulièrement fait les frais : incendies géants, records de chaleurs, sécheresses, inondations meurtrières… Avec des écarts immenses sur les territoires, parfois au sein d’un même pays.

Pendant que certains suffoquent, avec 50°C aux Émirats arabes unis, en Irak et au Koweït et pour la première fois en Turquie ; d’autres subissent des pluies torrentielles ou des vents violents : l’ouragan Melissa, le typhon Kalmaegi, la tempête Claudia, l’ouragan Erin, etc.

Pour cause, les températures plus élevées augmentent l’évaporation, ce qui stocke davantage d’eau dans l’atmosphère. Cela augmente le risque de fortes précipitations et d’inondations.

Ces événements extrêmes ont causé des milliers de décès, le déplacement de centaines de milliers de personnes et plusieurs centaines de milliards de dollars de dommages. Le dérèglement climatique est une menace directe pour l’agriculture, l’eau, et l’énergie, c’est à dire tous nos besoins de base.

Ce n’est pas pour rien que le secrétaire général de l’ONU a rappelé que l’incapacité des Etats à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C constitue un « échec moral et une négligence mortelle », lors de la séance d’ouverture de la COP30.

Les scientifiques le disent et le répètent : chaque dixième de degré de hausse de températures est susceptible de rendre plus nombreux et plus violents les événements extrêmes. Or, les dix dernières années (2015 à 2025) sont les plus chaudes jamais enregistrées, et les trois dernières – de 2023 à 2025 – sont celles aux températures record.

Les COP et le multilatéralisme

Et pourtant, cela aurait pu être pire. Le 12 décembre 2015, l’accord de Paris sur le climat était adopté. Le premier traité international de réduction des émissions de gaz à effet de serre a défini les objectifs (neutralité carbone, limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, etc.), et les moyens d’y parvenir.

Dix ans plus tard, l’Accord de Paris a entraîné des résultats concrets. A présent, nous n’allons plus vers un réchauffement de +4 °C à la fin du siècle, comme en 2015, mais de +2,8 °C.

« Même si c’est encore trop, chaque dixième de degré en moins, ce sont des millions de vies sauvées. Passer de 4 °C à 2,8 °C, c’est, concrètement, supprimer en moyenne cinquante-sept jours de canicule par an à l’échelle mondiale », rappelle Laurent Fabius, ancien président de la COP15, pour le journal LeMonde.

Hélas, 2024 est la première et seule année à avoir dépassé la limite de 1,5 °C de réchauffement. Et le contexte géopolitique, malgré la multiplication des événements extrêmes, s’est détérioré. Finie l’unité mondiale derrière l’action climatique. Aujourd’hui, le climatoscepticisme a le vent en poupe, porté par Donald Trump et l’extrême droite, et les sciences sont attaquées de toutes parts.

Alors que le multilatéralisme en faveur du climat est menacé par ce déni, la COP30 a la lourde tâche d’endiguer ce fléau et s’assurer que les objectifs précédemment fixés, l’abandon progressif des énergies fossiles et les financements climat, soient appliqués.

Pour l’heure, les nouveaux engagements climatiques demeurent insuffisants : ils entraîneront une baisse des émissions mondiales de 10% d’ici à 2035 par rapport à 2019, ce qui abaisserait le réchauffement de +2,3°C à +2,5°C. Pour respecter le seuil de 1,5 °C, il faudrait une diminution de 60 % des émissions. Le défi est colossal.

« Les politiciens discutant du réchauffement climatique » – oeuvre de l’artiste sculpteur espagnol Isaac Cordal

Vivre en conscience

En même temps que la température globale se réchauffe, les concentrations en gaz à effet de serre dans l’atmosphère augmentent bien trop vite. De 2023 à 2024, la concentration moyenne mondiale de CO2 a augmenté de 3,5 parties par million de molécules, « la plus forte hausse depuis le début des mesures modernes, en 1957 » précise l’OMM.

Résultat, nous avons atteint 423,9 ppm en 2024. C’est 53 % de plus qu’à l’époque préindustrielle, qui était de 280 ppm, et une valeur inédite depuis plus de deux millions d’années. Cette hausse record entre 2023 et 2024 s’explique principalement par la multiplication des feux de forêt et la moindre absorption du CO2 par les terres et les océans.

« Ce saut très fort, un des plus forts jamais enregistrés, pourrait entre autres avoir été favorisé par El Niño qui était intense en 2024. Pendant El Niño, l’océan est plus chaud, et capture moins de chaleur ce qui augmente la température globale de la planète », nous précisait ainsi le directeur de recherche et climatologue, expert sur El Niño, Christophe Cassou.

Quant à la concentration moyenne mondiale de méthane, elle était de 1 942 parties par milliard (ppb) en 2024, soit une augmentation de 166 % par rapport aux niveaux préindustriels (antérieurs à 1750). Celle de protoxyde d’azote a atteint 338,0 ppb en 2024, soit une augmentation de 25 % par rapport aux valeurs préindustrielles.

Cette intoxication lente au monoxyde de carbone, et ce à l’échelle planétaire, a des effets concrets. Les puits de carbone s’effondrent, certaines forêts deviennent même émettrices. Une fois 450 ppm atteint, c’est le saut dans l’inconnu. La dernière fois que la planète a connu une telle concentration de CO2, c’était il y a 3,6 millions d’années. La température moyenne du globe était supérieure de 2 degrés, le niveau de la mer était plus élevé de 24 m et des forêts recouvraient l’Arctique.

On le sait, « l’humanité a trop déstabilisé le climat, au point de l’avoir rapproché de « points de bascule » au potentiel cataclysmique », ont averti 160 scientifiques de 23 pays, dans le rapport « The Global Tipping Points Report 2025 » publié le 13 octobre.

Cataclysmique, le mot est posé. Au même titre que les ravages de la bombe nucléaire, c’est un défi existentiel que le dérèglement climatique offre à nous. Il fait peur à ceux qui en ont conscience, il pousse des milliers d’activistes en travers de projets destructeurs, il fait passer les lanceurs d’alerte pour des Cassandre, il sort les scientifiques de leurs laboratoires pour protéger les écosystèmes.

Oui, c’est vertigineux. Mais plus nous serons nombreux à regarder la réalité en face, plus nous aurons des chances d’inverser la tendance. C’est bouleversant de rattraper les erreurs des générations passées. Mais alors que le modèle de la famille nucléaire se fissure, que les réseaux sociaux nous plongent dans des bulles numériques isolées les uns des autres, le climat et l’extinction de la biodiversité nous rappellent à quel point « être » humain, aujourd’hui plus qu’hier, c’est prendre soin des écosystèmes, pour faire advenir le monde que nous souhaitons, ensemble.

Comme le dit le philosophe français Jean-Pierre Dupuy, « la fatalité est la somme de nos démissions ».

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Laurie Debove

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