Le ministre Mathieu Lefèvre a annoncé le transfert de tous les cétacés de Marineland vers des parcs espagnols, géré par le même groupe, Parques Reunidos. Derrière les discours officiels, l’État français cède ainsi au lobby de la captivité, qui a menacé de le poursuivre en justice, dénonce Sea Shepherd France.
Une urgence relative
Cinq ans sans rien faire, et voici que la situation concernant les orques serait devenue urgente ? C’est le constat amer dressé par les associations de défense des animaux après l’annonce du ministre Mathieu Lefèvre. La raison officielle : « la dégradation critique des installations de Marineland », qui mettrait en danger les cétacés encore présents sur le site.
Or, comme nous l’expliquions dans un précédent article, seul le bassin des orques est concerné, celui contenant les 12 dauphins n’a aucun souci majeur. L’envoi des dauphins ailleurs n’est donc pas urgent. Concernant les orques, des travaux de rénovation ont par ailleurs été menés récemment. Aujourd’hui, les bassins sont beaucoup plus stables, ainsi qu’en témoignent les soigneurs sur place.
De plus, le gouvernement français n’avait pas réagi à la suite du décès de deux orques, Inouk et Moana, à seulement quelques mois d’intervalle en 2024. C’est là qu’avait lieu l’urgence. A ce moment-là, la loi française de 2021 interdisant leur captivité pour des spectacles avait déjà été promulguée.
Alors que la loi prévoit depuis 5 ans la création d’un sanctuaire, ou a minima d’une prospection efficace sur le littoral européen, rien n’a été mis en place par le gouvernement. Les rapporteurs publics de la loi l’ont alerté en ce sens dès 2023. Pire, Loro Parque, le parc de Tenerife où doivent être envoyées l’orque Wikie et son fils Keijo, est connu pour être un véritable mouroir.
« Quatre orques (Skyla, Ula, Kohana et Keto, ndlr) sont décédées à Loro Parque en 4 ans ! Ils prétextent l’urgence des orques pour faire partir les dauphins en même temps. Leurs bassins n’ont aucun problème et les dauphins peuvent très bien y rester le temps qu’un sanctuaire voie le jour. La vérité est qu’il n’existe aucune urgence autre que celle du groupe Parques Reunidos, propriétaire du Marineland qui veut récupérer les terrains pour d’autres projets commerciaux », dénonce Lamya Essemlali, la directrice de Sea Shepherd France.
Le poids du lobby de la captivité
L’effet d’annonce du gouvernement français est éminemment politique. Elle vise à mettre la pression sur le gouvernement espagnol, qui refuse pour l’instant d’accueillir les orques.
En effet, le transfert des orques avait été rejeté par l’autorité scientifique espagnole de la CITES, représentée par le CSIC (Conseil national de la recherche espagnol) l’an dernier. Pour les scientifiques, les infrastructures espagnoles sont inadaptées : il n’y a pas assez d’espace, et déjà trop d’orques qui se battent entre elles.
Parques Reunidos le sait. Après avoir menacé le gouvernement français de l’attaquer en justice, selon les ONGs, le groupe essaie de faire plier le gouvernement espagnol. « Si nous n’obtenons pas des garanties du gouvernement espagnol, les animaux ne pourront pas venir ici », a ainsi plaidé Wolfgang Kiessling, fondateur et président de Loro Parque, au sujet des orques Wikie y Keijo, prétextant que tout est prêt au Loro Parque.
Face à ces communications trompeuses, l’ONG espagnole FAADA, qui surveille les bassins ibériques, rappelle que « rien n’indique que Loro Parque ait remédié aux carences relevées par l’autorité scientifique espagnole. Il profondément trompeur de présenter Loro Parque comme une solution respectueuse du bien-être animal pour Wikie et Keijo. En cas de transfert, les orques continueraient d’être utilisées dans des spectacles et potentiellement dans des programmes de reproduction à des fins commerciales. »
Le cas de l’orque Morgan est particulièrement frappant. Après avoir été secourue et soignée aux Pays-Bas, elle a été transférée à Loro Parque à la condition expresse qu’elle ne soit pas utilisée pour des spectacles ou la reproduction. Ces deux conditions ont été bafouées.
L’avocate de Sea Shepherd France, Marion Crecent, dénonce l’obstruction du gouvernement français qui n’a pas publié les autorisations de transfert, empêchant ainsi les associations de les attaquer en justice, au mépris de la législation.
Un constat partagé par l’association de défense des animaux C’est Assez !. Elle rappelle que la CITES et les autorités compétentes ne peuvent légalement autoriser ces transferts dès lors qu’il existe un risque d’utilisation à des fins principalement commerciales. Elle exige la transparence et un moratoire immédiat sur les transferts.
C’est pourquoi l’ONG Sea Shepherd France a envoyé une lettre ouverte au Ministre français de la Transition écologique Mathieu Lefèvre. « Les Français n’ont pas voté pour exporter l’exploitation commerciale des cétacés nés en France, ils ont voté pour y mettre fin », tonne-t-elle.
Une pétition a été publiée sur le site de La Relève et La Peste pour exiger qu’une solution respectueuse de la loi et du bien-être animal soit adoptée. Elle compte déjà plus de 80 000 signatures.
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