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Vendée : au cœur d’une réserve naturelle, la pêche des civelles, en voie d’extinction, suscite l’indignation

Dans cette réserve de moins de 50 km 2, située au cœur du Marais poitevin, jusqu'à 10 % du quota national de civelles est prélevé chaque année. Soit plus de 15 millions d'individus.

Plus de 15 millions de civelles sont prélevées chaque année dans la baie de l'Aiguillon. Ce, malgré l'effondrement de 90 % des populations d'anguilles européennes.

Classée en danger critique d’extinction depuis 2008 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’anguille européenne continue pourtant d’être exploitée en France. Plus surprenant encore : la capture de civelles, ses alevins translucides, demeure autorisée au sein même de la Réserve naturelle nationale de la baie de l’Aiguillon, en Vendée et Charente-Maritime.

Le 28 mai, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Réserves naturelles de France, le Comité français de l’UICN et la Fédération nationale de la pêche en France (FNPF) ont appelé le gouvernement à mettre un terme à ce qu’ils qualifient de « situation aberrante ». Dans cette réserve de moins de 50 km 2, située au cœur du Marais poitevin, jusqu’à 10 % du quota national de civelles est prélevé chaque année. Soit plus de 15 millions d’individus.

Pêcher malgré l’urgence 

L’anguille européenne a vu ses populations s’effondrer de 90 % en près d’un demi-siècle. Depuis 2022, le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) recommande l’arrêt total de la pêche de l’espèce, à tous les stades de son développement. Si l’Irlande, Malte et la Slovénie ont déjà interdit cette pratique, la France continue de l’autoriser. Notamment au nom du repeuplement de certains cours d’eau européens.

Pour Jean-Paul Doron, premier vice-président national de la FNPF chargé du dossier anguille, cette situation est incompréhensible : « Pêcher la civelle, au stade de l’alevin, c’est un peu couper le blé en herbe, qui plus est dans une réserve », explique-t-il pour La Relève et La Peste. Celui qui suit ce dossier depuis 2007 estime que « le compte n’y est pas » seize ans après l’adoption du plan national de gestion de l’anguille en 2010.

Selon lui, « on préfère maintenir une activité économique de court terme sans se préoccuper de la survie de l’espèce », alors même que la baie de l’Aiguillon constitue une zone essentielle de colonisation des bassins versants par les jeunes anguilles.

Un repeuplement contesté 

Le responsable souligne également les limites du repeuplement, auquel sont destinées 60 % des civelles capturées dans la réserve.

« La pêche civelière provoque une mortalité par la pêche en elle-même, avant même que ces sujets soient éventuellement destinés au repeuplement ou à la commercialisation », dénonce-t-il auprès de La Relève et la Peste. Quant à l’efficacité de ces opérations, elle reste à ses yeux « quasi nulle ».

Au-delà de la pêche, Jean-Paul Doron rappelle que le déclin de l’anguille résulte d’une combinaison de facteurs : obstacles à la continuité écologique, dégradation des habitats, pollution des eaux ou encore mortalité dans les turbines hydroélectriques.

« Quand on capture des civelles, de facto ce sont des géniteurs qu’on ne va pas recruter », insiste-t-il.

Or, avec un cycle de vie pouvant atteindre une dizaine d’années en rivière avant le retour vers la mer des Sargasses pour la reproduction, chaque alevin compte.

Pour les associations et les fédérations mobilisées, autoriser l’exploitation commerciale d’une espèce au bord de l’extinction au sein d’un espace censé lui offrir le plus haut niveau de protection constitue une contradiction majeure.

Maud Lelievre, Présidente du Comité français de l’UICN explique : « Autoriser l’exploitation commerciale d’une espèce en danger critique au cœur d’une réserve naturelle nationale, c’est vider de son sens le plus haut niveau de protection que la loi française a prévu. Il est temps que les actes soient à la hauteur de nos engagements. »

Les conclusions du groupe de travail piloté depuis l’automne par le préfet de Charente-Maritime sont attendues prochainement par le ministère de la Transition écologique. Elles pourraient déterminer l’avenir de cette pêche aussi lucrative (comptez au moins 400 euros le kilo de civelles) que controversée.

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Joanna Blain

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