En période d'élection présidentielle, les promesses de campagne pullulent mais se concrétisent rarement une fois au pouvoir. Pour empêcher les promesses en l’air qui faussent le débat démocratique, Marine Tondelier propose une mesure interdisant aux responsables politiques de mentir.
Peut-on croire Sébastien Lecornu quand il affirme que la France est préparée face aux incendies ? Cet été, près de 100 000 hectares ont brûlé. Le Premier ministre assurait pourtant que « nous n’avons strictement rien à cacher » et que l’État « planifie tous les scénarios ». Sur le terrain pourtant, les pompiers manquaient gravement de moyens, les canadairs promis ne sont toujours pas arrivés. Marine Tondelier dénonce « une responsabilité lourde de l’État dans l’impréparation ».
Peut-on croire Vincent Louault ? Le sénateur Horizons a propagé de fausses informations sur l’acétamipride. Le responsable politique a affirmé à tort que la molécule était déjà partout dans nos maisons. Sur France 2, Louault a lui-même reconnu avoir « fait une fake news » lors des débats sur la réintroduction de ce pesticide.
C’est ce cas qui a poussé Marine Tondelier à agir. Dans une note de blog publiée le 4 septembre, elle réclame une loi sanctionnant les « mensonges factuels et délibérés » des responsables politiques. Elle imagine des peines graduées, allant de la simple rectification publique jusqu’à la révocation, en passant par l’inéligibilité.
« Il faut infiniment plus de temps pour démonter une fake news que pour la créer et la diffuser », explique-t-elle.
Elle prend soin de préciser que seule l’intention compterait : pas question, selon elle, de sanctionner une erreur ou une imprécision, seulement un mensonge conscient et volontaire.
Un précédent gallois
La proposition s’inspire directement d’une loi votée par le Parlement gallois. Le gouvernement gallois prévoit de déposer, avant les élections législatives de 2026, un projet de loi historique. Il ferait de la tromperie intentionnelle des élus un délit, avec une application prévue dès les élections galloises de 2030.
La démarche est saluée comme un tournant démocratique. Mais son application concrète reste à démontrer. Comment prouver juridiquement l’intention de mentir ? Elle se distingue mal, en pratique, d’une simple erreur ou d’un revirement politique assumé.
Le bilan Macron, symptôme du problème
Le président lui-même illustre ce fossé entre paroles et actes. Selon le comptage du site de fact-checking « Lui président », relayé par Yahoo Actualités, seuls 171 de ses quelque 400 engagements de campagne avaient été tenus à la fin de son premier mandat. 71 autres n’ont été que partiellement respectés.
La retraite minimale promise à 1200 euros pour tous n’a finalement concerné que moins de 10% des nouveaux retraités. La hausse de salaire des enseignants, annoncée à 10%, a été largement absorbée par l’inflation pour la majorité d’entre eux.
Et enfin, la rénovation des passoires thermiques, promise à hauteur de 700 000 logements par an, n’a permis que 65 939 rénovations globales réelles. Pire, un texte de loi proposé en plein été caniculaire veut remettre les passoires thermiques dans le marché locatif.
Chaque promesse, une fois confrontée aux chiffres, révèle un écart. C’est cette accumulation qui nourrit la défiance dont se saisit aujourd’hui Marine Tondelier.
Reste une question de fond. Sanctionner le mensonge politique suppose de le définir juridiquement. Sans cela, la loi risque de devenir un outil de plus. Elle pourrait servir la majorité en place contre ses opposants, plutôt que l’intérêt des citoyens. C’est précisément l’équilibre que le Pays de Galles devra démontrer avant que la France ne s’en inspire.
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