Plus de 35 000 hectares parcourus par les flammes en Gironde et dans les Landes, près de 197 000 personnes évacuées : les incendies partis de Saumos et de Biscarrosse ont déjà dépassé l’ampleur des feux girondins de 2022. Au regard des bilans disponibles, il s’agit du plus vaste épisode connu par le massif des Landes de Gascogne depuis la catastrophe de 1949. Derrière les images de « forêt » en feu apparaît pourtant une réalité moins romantique : une immense plantation industrielle, presque entièrement vouée au pin maritime. La chaleur, la sécheresse et le vent ont rendu ces incendies incontrôlables. Mais leur violence révèle aussi la vulnérabilité d’un paysage homogène, composé de peuplements du même âge et traversé par une végétation combustible continue. Dans un climat qui se réchauffe, continuer à replanter les mêmes pins après chaque catastrophe revient à reconstruire la prochaine poudrière.
Un incendie déjà historique
Au bilan officiel disponible samedi 25 juillet, les deux feux avaient parcouru plus de 32 000 hectares en Gironde et 3 000 hectares dans les Landes. La canicule et la sécheresse ont préparé le terrain : selon Météo-France, juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais mesuré dans le pays, avec un déficit de précipitations proche de 50 %. Une végétation desséchée, un vent soutenu et une étincelle suffisent alors à faire basculer tout un territoire.
Une forêt construite pour produire
Le massif landais est bien une forêt au sens administratif et abrite encore des milieux naturels précieux. Mais présenter l’ensemble comme une forêt naturelle est trompeur. Une prospective de l’INRAE décrit un territoire forestier de 974 000 hectares dominé par des plantations de production. Le pin maritime couvre environ 803 000 hectares, généralement conduits en « futaies régulières monospécifiques » : une seule essence, des arbres souvent du même âge, récoltés après quarante à cinquante ans.
Le pin maritime est pourtant une essence locale, adaptée aux sols sableux et pauvres. Le problème n’est donc pas l’arbre isolé, mais son industrialisation à l’échelle d’un paysage. Coupes rases, régénération artificielle, mécanisation et recherche de productivité ont fabriqué une forêt uniforme. Quand le feu démarre, cette continuité horizontale et verticale lui ouvre une autoroute.
Des millions d’allumettes végétales
Une fois desséchés, les pins ressemblent à des allumettes plantées par millions. Leurs aiguilles mortes, leurs brindilles et les ajoncs du sous-bois forment un tapis d’amadou. Des travaux expérimentaux sur le pin maritime montrent que les lits d’aiguilles soutiennent la propagation des feux de surface. La litière contient également des composés résineux et des terpènes qui influencent son inflammabilité. Poussés par le vent, des brandons peuvent ensuite franchir les routes et les pare-feux.
Il serait cependant trop facile d’accuser uniquement les pins. L’humidité de la végétation et la vitesse du vent restent des moteurs essentiels. Mais une plantation homogène offre au feu une masse combustible abondante et continue. Une étude publiée dans Nature Communications en 2025 montre que, dans neuf pays tempérés sur dix étudiés, les plantations présentaient une probabilité de brûler supérieure de 57 à 155 % à celle des forêts naturelles exploitées.
Reconstruire une forêt, pas une usine à bois
Après le désastre, la tentation sera grande de nettoyer, couper puis replanter encore du pin maritime en rangées. Ce serait reproduire les mêmes vulnérabilités. Les travaux de l’INRAE sur l’avenir du massif préconisent au contraire des lisières et des bosquets de feuillus, moins sensibles au feu et capables de réduire la chaleur du front de flammes. Il faut aussi préserver les zones humides, les ripisylves, diversifier les âges des arbres et rompre la continuité du combustible.
Des chênes, des haies feuillues, des clairières, du sylvopastoralisme et une mosaïque de peuplements ne rendront jamais le territoire incombustible. Mais ils peuvent ralentir le feu et offrir davantage de prises aux pompiers. Protéger les Landes ne consiste plus seulement à éteindre les flammes : il faut sortir de la monoculture et rendre au massif sa diversité, avant que chaque été ne transforme cette forêt-usine en brasier.