Vivre en milieu urbain triple le risque de développer une maladie mentale. C’est ce que révèlent les résultats d’une étude menée et publiée le 9 octobre par deux chercheurs de la Fondation FondaMental au sein de l’Institut Mondor de recherche biomédicale (IMRB – Inserm), qui soulignent le lien préoccupant entre réchauffement climatique, pollution atmosphérique et aggravation des troubles psychiatriques.
Vivre en ville, un risque pour la santé mentale
Une chose est certaine, le modèle urbain actuel, façonné par une combinaison de facteurs néfastes, n’est pas pensé pour prendre soin de notre santé mentale. Exposition à la pollution, manque d’espaces verts pour se régénérer, stimulation sensorielle permanente, logements souvent exigus…
À cela s’ajoutent le stress psychologique et une forme de solitude paradoxale, où l’on peut être entouré sans lien social réel. Un cumul d’éléments aux tendances pathogènes lorsqu’ils deviennent un quotidien sur le long terme.
70 % de la population mondiale devrait vivre dans des villes d’ici 2050. Pourtant, habiter dans un environnement urbain dense augmenterait nettement le risque de développer des troubles psychiatriques. En Europe, la prévalence de la schizophrénie est deux fois plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural. Les études épidémiologiques menées sur plus de quinze ans montrent également que le risque de troubles du spectre autistique est multiplié par trois dans les grandes villes.
C’est d’ailleurs dans cette direction que s’inscrivent les travaux récents de Stéphane Jamain, Baptiste Pignon et leur équipe, qui ont pu observer une hausse d’environ 10 % des passages aux urgences psychiatriques lors des vagues de chaleur, ainsi qu’une augmentation des cas de dépression, de schizophrénie et des comportements suicidaires.
Les épisodes caniculaires, tout comme les pics de pollution, affectent particulièrement les personnes souffrant déjà de troubles mentaux.
« Durant les pics de chaleur, la perturbation du sommeil est un facteur clé, ainsi que l’anxiété, le stress social et, potentiellement, des perturbations de la thermorégulation », commence Stéphane Jamain, auteur de l’étude, pour La Relève et La Peste.
En appuyant leurs recherches sur le croisement des données liées à la pollution et celles des cartes d’exposition avec les taux d’incidence des maladies psychiatriques, les chercheurs identifient les risques accrus et les fenêtres critiques d’exposition.
« L’étude menée à Créteil a montré que les années avec le plus de pics de pollution sur une période de 10 ans coïncidait avec le plus grand nombre d’admissions aux urgences psychiatriques », continue le chercheur.
L’étude démontre également que les particules fines issues des transports et de l’industrie peuvent pénétrer le cerveau via la circulation sanguine. Autrement dit, la pollution urbaine ne s’arrête pas à nos poumons, elle s’immisce jusque dans notre système nerveux.
Stéphane Jamain explique « qu’elles déclenchent une neuroinflammation, qui pourrait perturber la communication neuronale et altérer le fonctionnement cérébral ».
Face à ces constats, de plus en plus de chercheurs appellent à inscrire la santé mentale au cœur des politiques urbaines et climatiques. Ils plaident pour une approche globale, qui tienne compte de l’impact de l’environnement sur le cerveau, et pour un renforcement urgent de la recherche interdisciplinaire sur les interactions entre santé mentale, pollution et conditions de vie en ville.
Repenser l’urbanisation et sensibiliser
Le contact avec la nature est un facteur protecteur, dont une multitude d’études décrit les bienfaits pour faire face à l’anxiété et à la dépression. L’auteur de l’étude confirme que « vivre à proximité d’espaces verts dans les environnements périurbains a plutôt tendance à préserver la santé mentale des personnes et favorise le ressourcement ».
Publiée en juillet dernier, une nouvelle étude menée par les universités de Leyde et de Stanford, révèle les bienfaits de la nature sur le bien-être urbain. Les espaces verts améliorent la santé mentale, en particulier dans les villes très animées.
Cette analyse, rassemblant 5 900 participants à travers 78 études de terrain, montre que passer même 15 minutes en nature en milieu urbain réduisent le stress et améliorent la vitalité. Les auteurs de l’étude Leiden expliquent que des « parcs de poche », des arbres en rue, ou des vues sur la végétation suffisent à améliorer le bien‑être.
Pour ce qui est des mesures de prévention concernant la santé mentale face au réchauffement climatique et à la pollution atmosphérique, « elles sont identiques à celles déjà mises en œuvre pour la santé respiratoire ou les maladies cardiovasculaires, également impactées par ces phénomène ».
Oeuvrer pour un environnement plus sain passe aussi par la sensibilisation. « Il est crucial de sensibiliser à l’impact universel de ces phénomènes, qui touchent l’ensemble de la population, et pas seulement les personnes déjà vulnérables sur le plan physique » termine Stéphane.
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