Mercredi 29 avril 2026, le Parlement européen a adopté à une très large majorité (540 voix pour, 60 contre, 45 abstentions) sa position sur le texte « Omnibus VI », un paquet de « simplifications » réglementaires. Sous couvert de soulager les industriels, les eurodéputés ont validé l’allongement des délais accordés aux fabricants pour écouler des produits cosmétiques contenant des substances CMR (cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction).
Actuellement, après la classification d’une substance comme CMR, les produits doivent être retirés du marché dans un délai maximal de 18 mois pour protéger les consommateurs. Le texte adopté porte ce délai à environ deux ans et demi : 6 mois pour la mise sur le marché et 15 mois supplémentaires pour la vente. Des dérogations sont possibles et la durée de l’exposition pourrait s’étendre bien davantage.
Concrètement, les crèmes, shampoings, parfums ou maquillages classées comme dangereuses par l’Agence Européenne des Produits Chimiques resteront sur les rayons des magasins pendant plus de deux ans, comme si de rien était.
Les substances CMR sont reconnues pour augmenter les risques de cancers, d’altérations de l’ADN et de troubles de la reproduction ou du développement fœtal. Les femmes et les enfants, qui utilisent en moyenne 16 à 18 produits cosmétiques par jour, sont particulièrement exposés.
Pour Générations Futures, ces délais sont « totalement inacceptables ». L’ONG rappelle que le classement d’une substance comme CMR prend déjà plusieurs années : avec ce recul, plus de dix ans pourraient s’écouler entre le signalement d’un danger et son retrait effectif des étagères.
« On peut s’attendre à un usage abusif des demandes de dérogation dans le seul but de gagner du temps », alertait Yoann Coulmont, chargé de plaidoyer chez Générations Futures, dès les discussions en commission.
« On est dans un moment d’explosion des cancers et autres maladies liées à l’exposition aux produits chimiques. Il y a une vraie attente de la part des citoyens et des citoyennes d’être mieux protégés… et on s’apprête à les exposer encore plus» déplore Marie Toussaint, députée écologiste.
Sa consœur belge Saskia Bricmont (Verts/ALE) désespère : « les gens pensent que l’Europe les protège, mais non ». Les Verts ont rejeté ce compromis qui privilégie la compétitivité des entreprises au détriment de la santé publique.
La militante écologiste Camille Etienne parle de « disposition qui va pulvériser un principe essentiel de la protection de notre santé » et appelle à la mobilisation citoyenne contre « l’ampleur du scandale qui se prépare une nouvelle fois dans notre dos ».
Le signal est limpide : alors que les cancers et les troubles de la fertilité progressent, particulièrement chez les plus jeunes, l’Europe choisit de prolonger l’exposition à des substances dangereuses plutôt que d’accélérer la transition vers des alternatives sûres.
Les profits des lobbies – ici de l’industrie cosmétique et de la contamination chimique – sont encore une fois privilégiés au détriment des citoyens français.
Le texte doit encore passer par des négociations en trilogues avec le Conseil et la Commission. Une dernière chance pour corriger ce dangereux recul.
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