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Ces plantes permettent d’enlever le cadmium des sols

Parmi les espèces les plus connues figurent le tabouret des bois (Noccaea caerulescens) pour le zinc et le cadmium, ou encore la fougère rubanée (Pteris vittata) pour l’arsenic.

Alors que les sols français sont massivement contaminés par la pollution au cadmium, des chercheurs se penchent sur la phytoremédiation. Parmi les plantes phares : la laitue absorbe le cadmium mieux que la plupart des légumes, au point de devenir une plante hyperaccumulatrice.

Une éponge

Le fait de départ est solide. Une étude publiée dans Ecotoxicology and Environmental Safety a confirmé que la laitue absorbe efficacement le cadmium présent dans le sol.

Près de 35 % du métal capté par les racines migre ensuite vers les parties aériennes, donc vers les feuilles que nous mangeons. Les chercheurs ont identifié le gène responsable de ce transport : une phytochélatine synthase, qui aide la plante à stocker le métal sans en mourir.

La laitue est dite hyperaccumulatrice. En phytoremédiation, ce mot désigne les plantes qui dépassent 100 milligrammes de cadmium par kilogramme de matière sèche, tout en restant en bonne santé.

Une étude publiée dans la revue scientifique Molecules a testé la laitue en conditions extrêmes. Les chercheurs l’ont fait pousser dans l’eau, sans terre (technique appelée hydroponie), en ajoutant des doses de cadmium de plus en plus fortes. Résultat : à dose élevée, les feuilles ont atteint 287 milligrammes de cadmium par kilogramme. À la dose la plus forte testée, ce chiffre grimpe à 318 milligrammes.

Un laboratoire n’est pas un champ

Attention cependant, sur un champ pollué mais bien réel, la laitue n’absorbera pas des quantités comparables à celles obtenues en éprouvette, et cela pour deux raisons. D’abord, un sol contient beaucoup moins de cadmium qu’une solution de laboratoire conçue pour en apporter en excès.

Ensuite, tout le cadmium d’un sol n’est pas disponible pour la plante. Une partie reste fixée aux particules d’argile ou à la matière organique, hors de portée des racines. Seule une fraction, dite biodisponible, peut réellement être absorbée.

En hydroponie, à l’inverse, tout le cadmium versé dans l’eau est immédiatement accessible. La laitue du jardin cumule donc deux handicaps que celle du laboratoire n’a pas : moins de cadmium, et moins de cadmium accessible.

D’autres plantes dépolluantes

Les véritables outils de la phytoremédiation portent d’autres noms. Parmi les espèces les plus connues figurent le tabouret des bois (Noccaea caerulescens) pour le zinc et le cadmium, ou encore la fougère rubanée (Pteris vittata) pour l’arsenic. Noccaea caerulescens ou Sedum plumbizincicola, deux petites plantes sauvages sans intérêt alimentaire, accumulent plusieurs milliers de milligrammes de métaux par kilogramme, y compris dans des sols réels.

Sur un site pollué de Viviez, dans l’Aveyron, des chercheurs ont ainsi utilisé Noccaea caerulescens pour extraire du cadmium à une échelle que la laitue n’atteindra jamais au champ.

En Hauts-de-France, des scientifiques ont fait des essais concluants avec le saule des vanniers et l’arabette de Haller (petite plante aux fleurs blanches et aux fines feuilles) pour enlever le Zinc et le cadmium du sol.

D’autres plantes sont connues pour enlever le cadmium, mais moins efficaces que la laitue : Brassica juncea (moutarde brune), Lactuca orientalis (un arbrisseau), Tragopogon collinus (une fleur), Scorzonera hispanica (légume-racine particulièrement sujet à l’accumulation de cadmium).

Dans la nature, les plantes poussent d’ailleurs spontanément en cohérence avec les éléments du sol, on parle alors de plantes bio-indicatrices. Considérée comme une espèce invasive, la Renouée du Japon est par exemple une plante qui indique la présence de métaux lourds dans le sol. Elle entretient une relation endomycorhizienne avec un champignon qui, lui, mange ces métaux lourds (de la même façon que Candida albicans se nourrit de manganèse).

De nombreuses plantes peuvent ainsi « nettoyer » les sols, ainsi que le liste « l’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices » de Gérard Ducerf.

Le vrai danger, déjà là

Point de vigilance : une plante destinée à nettoyer un sol doit être récoltée puis traitée comme un déchet dangereux. Personne ne songerait à consommer les feuilles de Noccaea caerulescens chargées de cadmium. La laitue, elle, est cultivée pour finir dans nos salades.

Une autre étude récente, publiée dans PLOS One, a mesuré le danger. Les feuilles de laitue atteignent 4,45 milligrammes par kilogramme de matière sèche, soit 0,22 milligramme par kilogramme de matière fraîche. C’est bien plus que la limite de sécurité fixée par la FAO et l’OMS pour les légumes, établie à 0,2 mg par kilogramme frais.

A tel point que parmi les légumes courants, la laitue occupe la première place du classement. Une étude comparative situe sa concentration en cadmium devant celles du radis, du céleri et du poivron vert. En clair, la plante qui pourrait théoriquement dépolluer un sol en laboratoire est surtout, au jardin, la plus encline à concentrer ce que le sol contient déjà.

Cette réalité de terrain rejoint une actualité française brûlante. Le 25 mars 2026, l’Anses a publié un rapport qui confirme la surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation. En cause : les engrais phosphatés.

Face à ce constat, une proposition de loi porte l’espoir d’un changement structurel. Déposée par le député Benoît Biteau, agriculteur en Charente-Maritime, elle vise à réduire la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés.

Le texte de loi propose un abaissement progressif, à 40 milligrammes en 2027, puis 20 milligrammes en 2030. « Si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables », avertit l’Anses dans son rapport de mars 2026. On en connaît déjà les effets sur la santé.

Isabelle Vauconsant

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