Nos choix alimentaires peuvent influencer en quelques semaines des processus moléculaires impliqués dans la santé. C’est ce qu’ont montré des chercheurs de l'Université de Californie à San Diego aux États-Unis et de l'Université de Fribourg en Allemagne dans un essai clinique comparant une alimentation végétale à une alimentation riche en viande.
« Le régime végétalien semble induire des modifications épigénétiques associées à une réduction du risque de cancer et à un ralentissement du vieillissement biologique », résume Max Storz du Centre médical de l’Université de Fribourg et co-auteur senior d’un essai clinique sur l’alimentation végétale, auprès de La Relève et La Peste.
Les modifications épigénétiques sont des modifications de l’ADN induites par l’environnement (sans en modifier la séquence) et pouvant modifier le niveau d’activité des gènes. Cette couche d’interrupteurs décide quels gènes travaillent, sans modifier l’ADN lui-même. Il s’agit notamment de méthylation de l’ADN : des groupements chimiques « méthyle » (CH3) sont apposés sur l’ADN, ce qui conduit généralement à une inactivation des gènes touchés.
Le régime vegan associé à moins d’inflammation
Dans cet essai, dont les résultats ont été publiés début août dans la revue MedComm, les chercheurs ont analysé le génome de 48 adultes en bonne santé à partir d’échantillons sanguins.
Les participants ont d’abord suivi le même régime pendant une semaine puis ont été répartis de manière aléatoire entre deux groupes pour suivre un régime végétalien ou un régime riche en viande pour une durée d’un mois, avec un apport calorique équivalent. Au total, plus de 800 000 sites de méthylation ont été étudiés à travers l’ensemble du génome, avant et après l’intervention.
En un mois seulement, le régime vegan a entraîné des modifications au niveau de l’ADN associées à la fonction immunitaire, au métabolisme et aux voies biologiques impliquées dans le développement du cancer et la croissance cellulaire. Ce résultat surprend par sa rapidité, car on croyait ces réglages fixés de longue date.
Plus en détail, les individus ayant suivi le régime végétalien présentaient un état moins inflammatoire, mais aussi des modifications indiquant une activité réduite des voies du métabolisme lipidique, ainsi qu’une activité accrue des voies liées à la signalisation de l’insuline, à la réparation de l’ADN et aux réponses au stress cellulaire. Ces résultats suggèrent également que le régime vegan ralentirait le vieillissement biologique.
De plus, pour Max Storz, « la découverte majeure de notre étude est que les gènes impliqués dans les voies de signalisation mTOR se sont révélés hyperméthylés (et donc inactivés) chez les personnes suivant un régime végétalien », détaille Max Storz. « Or, cette voie joue un rôle crucial dans le développement du cancer. » S’ils sont inactifs grâce au régime vegan, il pourrait y avoir moins de risques de développer un cancer, mais cette piste doit être explorée avec une plus longue étude sur de plus nombreux sujets.
De nouvelles études nécessaires
De son côté, Jerome Mertens de l’université de Californie de San Diego et co-auteur senior de l’étude, estime, dans un communiqué, que ce qui est notable, « c’est que l’épigénome a réagi de manière mesurable en seulement quatre semaines, démontrant que notre biologie est bien plus dynamique — et sensible aux choix du quotidien — que nous le supposons souvent. »
Pour déterminer si ces modifications au niveau moléculaire se traduisent effectivement par des bénéfices à long terme sur la santé, d’autres études de plus grande ampleur sont nécessaires.
« Bien que ces résultats ne démontrent pas qu’un régime végétalien prévient le cancer ou inverse le vieillissement, ils offrent un nouvel éclairage sur la manière dont les choix alimentaires peuvent rapidement influencer les processus biologiques sous-tendant l’inflammation et les maladies liées à l’âge », lit-on dans le communiqué.
Max Storz recommande de « consommer davantage d’aliments d’origine végétale et de réduire la consommation de produits laitiers ainsi que des autres aliments d’origine animal ».
Il rappelle : « l’alimentation est un facteur crucial pour la santé et constitue la clé de la prévention primaire ».
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