Après un long parcours du combattant de plusieurs années et les pressions de la FNSEA, la feuille de route de gestion de l’eau du Bassin de la Vilaine a finalement été adoptée, avec une mesure phare pour la protection de l’eau potable : l’interdiction des herbicides sur certaines parcelles de maïs situées à proximité d’aires de captages.
Le 16 octobre, la version révisée du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Vilaine, un document stratégique visant à préserver durablement la ressource en eau, a finalement été adoptée par la Commission locale de l’eau (CLE) après quatre années de concertation houleuses, avec 45 voix pour et 18 voix contre.
Son objectif : protéger l’eau potable et préserver les milieux aquatiques du bassin versant de la Vilaine, qui couvre un territoire de 1,3 million d’habitants et de 11 000 km².
La mesure phare de ce projet – celle qui a suscité le plus d’opposition – est l’interdiction des herbicides sur les parcelles de maïs sensibles à l’érosion, présentant un risque de transfert des molécules vers des aires de captages d’eau prioritaires, ce qui représente environ 1,5 % de la surface agricole du bassin.
« C’est une fierté que notre territoire devienne un pionnier en la matière, en introduisant pour la première fois dans un SAGE une interdiction des pesticides de synthèse, aussi limitée soit-elle. Ce schéma inspirera, à n’en pas douter, d’autres bassins versants en France », espère Nathalie Appéré, présidente de Rennes métropole.

Bassin de la Vilaine – Crédit : Eaux & Vilaine
Protection des zones humides
Initialement, certains membres de la CLE espéraient une sortie totale des pesticides de synthèse au niveau de l’ensemble des aires de captage.
« J’ai fait partie de celles et ceux qui portaient plus d’ambitions. Non par radicalité, mais pour répondre à un enjeu de santé publique majeur. Bénéficier d’une eau de bonne qualité, c’est s’inscrire dans une logique de responsabilité », réagit sur LinkedIn Ludovic Brossard, déjà membre de la CLE, qui vient d’être nommé président, succédant ainsi à Michel Demolder.
Il salue néanmoins le compromis trouvé, qui permet de sortir de l’immobilisme face à la vulnérabilité de la ressource en eau.
Dans un entretien accordé à Reporterre, le nouveau président précise que des paiements pour services environnementaux seront mis en place pour aider financièrement les agriculteurs à se passer des herbicides de synthèse.
Au-delà de cette restriction d’usage des pesticides, la nouvelle stratégie prévoit notamment de renforcer la protection des zones humides, de préserver les cours d’eau, de protéger les haies et de mieux lutter contre les risques d’inondation.
De nombreux obstacles avant le compromis
Avant de parvenir à un compromis, cette feuille de route a fait l’objet de nombreuses discussions depuis 2022 entre les membres de la CLE, qui regroupe services de l’État, collectivités, représentants du monde agricole, acteurs économiques, associations et citoyens.
Mais le processus s’est heurté à de nombreux obstacles, de la part de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), mais aussi du gouvernement.
En mars 2025, le projet du Sage avait été majoritairement adopté par les membres de la CLE, avant d’être soumis à la consultation des collectivités et du public, racontait en mars Michel Demolder, alors président de la CLE, à La Relève et La Peste.
En décembre 2025, une réunion de la CLE n’a pas pu se tenir en raison de blocages de la FNSEA, du syndicat Jeunes agriculteurs et de la Coordination rurale.
La menace de la loi d’urgence agricole
Mais le coup de massue porté au projet est venu du Premier ministre Sébastien Lecornu le 13 janvier 2026, avec un moratoire national sur toutes les décisions concernant la politique de l’eau, empêchant ainsi toute adoption définitive du SAGE de la Vilaine.
Si le projet a finalement pu être adopté, la FNSEA pourrait ne pas en rester là, alors qu’elle envisage de déposer un recours juridique.
« L’approbation du SAGE Vilaine révisé ouvre une nouvelle phase, celle de la mise en œuvre concrète des orientations retenues et de leur traduction dans les politiques publiques, les pratiques professionnelles et les projets d’aménagement », souligne l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) Eaux & Vilaine, qui a un rôle d’animation, de coordination et d’accompagnement, en lien avec la CLE.
À noter que le SAGE devra faire l’objet d’un arrêté préfectoral et être mis en cohérence avec les dispositions de la loi dite d’urgence agricole adoptée cet été.
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