Pour soulager des stations d’épuration saturées, les habitants des villes de l’agglomération de Colmar sont incités à installer des récupérateurs d’eau dans leur jardin grâce à des subventions. La gestion de l’eau représente un enjeu crucial sur ce territoire.
C’est en 2025 que Colmar Agglomération lance l’opération « récupérateurs d’eau de pluie », qui permet d’aider financièrement les habitants à acquérir un réservoir pour récolter l’eau qui tombe de leurs toits.
Ces cuves sont financées à hauteur de 80 % par l’agglomération, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et la région Grand Est dans le cadre du « Contrat de territoire eau et climat 2022-2025 », partenariat permettant à la collectivité de répondre aux enjeux du changement climatique et de la ressource en eau.
Seule condition, les bénéficiaires doivent déraccorder leur gouttière du réseau d’assainissement, l’objectif étant de le désengorger.
« De nombreuses stations d’épuration françaises sont saturées, notamment parce que les eaux de pluie s’y mêlent souvent aux eaux usées », lit-on dans un article d’Alternatives économiques, qui donne l’exemple d’un habitant qui a payé 40 euros de sa poche pour une cuve de 300 litres, grâce à laquelle il peut irriguer son jardin et son potager.
Si la cuve ne répond pas à l’ensemble de ses besoins en eau, elle permet toutefois de soulager le réseau d’assainissement des eaux.
Plus de 17 000 cuves déjà financées
Le réseau d’assainissement de Colmar Agglomération, qui regroupe 20 communes et près de 114 000 personnes, est à 84 % unitaire, c’est-à-dire qu’il est chargé de collecter et transporter à la fois les eaux usées et les eaux pluviales vers la station d’épuration.
« En cas de fortes précipitations, le réseau peut arriver à saturation et doit alors évacuer le surplus d’eau collectée vers le milieu naturel pour éviter les débordements via des ouvrages de « trop plein » », est-il expliqué dans un document de l’Agglomération. « Du fait de la présence d’eaux usées non traitées, ces déversements peuvent polluer les cours d’eau et leur environnement, il faut donc les limiter au maximum. »
Sur son compte LinkedIn, François Bigorre, référent Gestion quantitative de la ressource en eau à l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, indiquait début septembre que plus de 17 000 cuves de récupération des eaux pluviales ont été financées.
« La récupération de l’eau de pluie constitue une solution concrète pour réduire les prélèvements sur les ressources en eau potable, sécuriser certains usages et renforcer la résilience des territoires face au manque d’eau », souligne-t-il.
Il précise que « l’objectif n’est pas de maximiser la taille des cuves, mais de financer des équipements proportionnés aux besoins et réellement performants », ajoutant qu’« une cuve surdimensionnée représente un surcoût qui n’apporte souvent que peu de bénéfices supplémentaires ».
A combiner avec une meilleure infiltration des sols
Le fait d’équiper les foyers en récupérateurs d’eau ne permettra pas de recueillir un volume suffisant d’eau pour endiguer le problème des stations d’épuration, mais cette mesure s’inscrit dans une démarche plus large, aux côtés d’autres projets.
Ce cumul de projets finira par rendre « le volume conséquent », assure Damien Bedel, chef du service eau et assainissement de Colmar Agglomération, interrogé par Alternatives économiques.
D’après le média économique indépendant, « la collectivité veut désimperméabiliser 67 hectares d’ici 2032 sur des espaces publics et privés (habitat social, industrie, caserne) », à l’aide de végétation et de revêtements poreux qui « supplanteront l’asphalte, de quoi dévier du réseau 435 000 m3/an, qui seront alors épongés par le sol ». L’agglomération pourrait aussi se contenter d’un seul nouveau bassin d’orage au lieu de deux.
L’idée de limiter les volumes d’eau de pluie qui arrivent dans le réseau d’assainissement n’est pas nouvelle. C’est déjà ce qu’a mis en place la commune de Vincey dans les Vosges : grâce notamment à des récupérateurs d’eau de pluie et à des zones d’infiltration, la commune a pu éviter la construction d’un bassin d’orage et les coûts associés.
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