Chaque année, les systèmes d'élevage mondiaux consomment 228 km³ d'eau bleue. C’est 228 fois plus que les projections les plus alarmistes sur l’IA d’ici 2028, selon une étude de Dominique Wisser parue en 2024. Un rappel que la consommation de viande n’est pas neutre : elle puise aussi dans les nappes phréatiques et les cours d'eau de la planète.
La consommation en eau de l’intelligence artificielle est devenue un souci d’inquiétude majeur, au fur et à mesure que les data centers assèchent les teritoires. Les centres de données, dont les serveurs nécessitent un refroidissement constant, devraient utiliser environ 1 km³ d’eau par an d’ici 2028, selon une étude de Morgan Stanley publiée en 2024.
Pourtant, un angle mort persiste dans la consommation de l’eau. Les systèmes d’élevage consomment chaque année 228 km³ d’eau bleue, soit environ 228 fois plus, selon une étude publiée en 2024 par Dominique Wisser et ses collègues.
Cette eau sert à plus de 90 % à irriguer les cultures fourragères, ces vastes étendues de maïs, de soja et d’orge destinées à nourrir les animaux avant qu’ils ne finissent dans les assiettes.
Le rapport de grandeur reste éclairant même en tenant compte des différences entre les deux chiffres : l’un mesure une réalité actuelle, l’autre projette une consommation à venir.
Jean-Marc Gancille, auteur et militant pour la nature et le droit animal, résume la situation sans détour : « 228 fois plus. Pour fournir des protéines dont on pourrait facilement se passer. Sans parler des questions éthiques et écologiques que soulève l’asservissement des animaux. » Un écart qui interroge non pas par la démesure de production, mais bien de consommation.
Ni écologique, ni diététique
Le paradoxe est d’autant plus frappant que la science nutritionnelle elle-même invite à revoir les consommations carnées. L’Anses recommande de limiter la viande rouge à moins de 500 grammes par semaine, et de varier les sources de protéines. Ce seuil n’est pas un conseil de consommation, c’est un plafond sanitaire.
Le Centre International de Recherche sur le Cancer classe la viande rouge comme probablement cancérogène, et les viandes transformées comme cancérogènes avérés, notamment en lien avec le cancer colorectal.
Chaque steak a donc un double coût : sanitaire pour celui qui le mange, hydrique pour la planète qui produit ce qu’il mange.
Les vrais gouffres hydrauliques
L’eau bleue, celle des rivières, des lacs et des nappes phréatiques, est une ressource finie et inégalement répartie. Et l’élevage est loin d’être le seul secteur à peser lourd sur ces ressources. L’agriculture dans son ensemble représente environ 70 % des prélèvements d’eau douce à l’échelle planétaire. La culture du tabac mobilise des volumes considérables dans des régions où l’eau se fait rare.
L’industrie minière et les forages pétroliers consomment et contaminent des nappes phréatiques entières. La fabrication des batteries lithium-ion repose sur l’extraction du lithium dans des salars d’Amérique du Sud, des zones désertiques où chaque litre prélevé fragilise des écosystèmes uniques. Sans parler de l’impact des barrages sur les fleuves du monde entier.
En 2022, l’humanité a ainsi dépassé la limite du cycle de l’eau douce. Lan Wang-Erlandsson déclarait alors : « L’eau est la circulation sanguine de la biosphère. Mais nous sommes en train de modifier profondément le cycle de l’eau. Cela affectera la santé de la planète entière et la rendra beaucoup moins résistante aux chocs. »
Le déploiement de l’IA à vitesse effrénée occulte le fait qu’elle s’inscrit dans un contexte où la tension sur la ressource en eau est déjà trop forte. A un moment, il va falloir choisir.
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