Un collectif de médias a publié une enquête sur le taux de pollution des cours d'eau en France, et le résultat est glaçant. Arsenic, PFOS, pesticides et autres produits chimiques sillonnent le cours des rivières, dont certaines sont des sources d'eau potable.
En s’appuyant sur les bilans des différentes agences de l’eau, les collectifs Mediacités, Reporterre, We Report et Mémoire Vive ont établi une carte inédite des cours d’eau français contaminés. Arsenic, benzo(a)pyrène, diflufénicanil, PFOS, cadmium, chlordécone et diclofénac font partie des substances chimiques retrouvées dans les 1 691 cours d’eau contaminés recensés.
Ces substances sont celles que les agences de l’eau surveillent en priorité, du fait de leur récurrence et de leur toxicité. Chaque agence échantillonne et évalue si la concentration relevée dépasse le seuil de risque fixé.
Le résultat est sans équivoque. Près de 8 stations sur 10 ont présenté au moins un dépassement. Le triste vainqueur de ce classement reste la Launette, le cas d’école utilisé dans l’enquête de Reporterre et Mediacités. Avec 16 molécules dangereuses relevées au-dessus des seuils entre 2022 et 2024 dans l’Oise, elle est la rivière française la plus polluée du classement.

La carte interactive est à retrouver ici
Le bilan du bassin Loire-Bretagne n’est pas plus rassurant. Seulement 21 % de ses cours d’eau présentent un bon état écologique, un chiffre trois fois inférieur à l’objectif fixé par l’Union européenne pour 2027. Un tiers de ses rivières ne sont même pas en bon état chimique.
Un bilan « Très mauvais », résume sobrement la députée écologiste Julie Ozenne, co‐rapporteure d’une mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’état des cours d’eau. Une pollution éparse et souvent mal connue des populations locales.
Un problème d’autant plus sérieux qu’en France, environ un tiers des volumes d’eau prélevée pour la potabilisation vient des eaux de surface, directement exposées à cette pollution. Sur les 189 substances retenues dans l’enquête, 79 dépassent le seuil de risque au moins une fois, et peuvent donc se retrouver au contact des populations.
À l’heure où les scientifiques achèvent à peine de cartographier le contenu exact de nos rivières, un nouveau problème émerge. Ces échantillons sont analysés séparément, molécule par molécule, alors qu’ils coexistent réellement dans l’eau et peuvent interagir entre eux. C’est l’effet cocktail, redouté par les chercheurs.
« On minimise l’évaluation du risque à travers l’approche substance par substance », alerte Pierre‐François Staub, chargé de mission à l’Office français de la biodiversité.
Pour l’heure, personne ne sait précisément quels effets ces mélanges chimiques peuvent produire sur la santé et les écosystèmes.
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