En milieu urbain, le hérisson voit son territoire fragmenté par les clôtures et les routes. Le programme Piqu’en Ville recrée des passages entre jardins pour redonner au hérisson sa liberté de mouvement.
Saviez-vous qu’un hérisson peut parcourir jusqu’à 4 kilomètres en une seule nuit ? Une distance impressionnante, dictée par ses besoins. Chasser – coléoptères, larves, vers de terre, araignées, escargots ou limaces –, s’hydrater, aménager son nid ou encore trouver un partenaire en période de reproduction.
Mais cette odyssée nocturne se complique dangereusement. L’urbanisation galopante et la disparition progressive de ses habitats naturels fragmentent son territoire. Clôtures, murs, routes… Autant d’obstacles qui jalonnent son parcours et multiplient les risques. Chaque année en France, entre 700 000 et 1 million de hérissons y trouvent la mort.
Face à cette impasse, des solutions de terrain émergent. Parmi elles, le programme Piqu’en Ville, porté par le Groupe Mammalogique Normand (GMN). Lancée en 2021, l’initiative vise à restaurer des continuités écologiques en milieu urbain.
« Le hérisson doit pouvoir circuler en permanence. C’est une nécessité absolue », précise Nicolas Klata à La Relève et la Peste.
Le principe ? Aménager, avec l’accord des riverains, des ouvertures d’environ 15 cm dans les clôtures et murs afin de relier les jardins. Une mesure simple, qui recrée à l’échelle d’un quartier de véritables corridors écologiques.
Une initiative qui a pris racine… Outre-Manche, il y a environ neuf ans.
« À Londres, un bijoutier retraité a lancé une initiative consistant à créer des passages entre les jardins des habitants. Il allait frapper aux portes pour proposer de percer de petites ouvertures dans les murs mitoyens. Lorsque les riverains acceptaient, il les réalisait. Le projet a pris une telle ampleur qu’il a ensuite été repris à l’échelle nationale par une association britannique », raconte Nicolas Klaa.
« Le hérisson est un formidable ambassadeur »
Le projet s’accompagne d’un important travail de sensibilisation à une gestion plus écologique des jardins. Sécuriser les piscines et bassins aux parois abruptes (véritables pièges mortels), préserver les haies denses (essentielles comme abris et sites de nidification), maintenir des zones plus sauvages, des tas de bois ou des refuges propices à la biodiversité.
Chaque ouverture est balisée pour durer dans le temps, et les participants sont intégrés à une carte interactive qui rend visible, quartier après quartier, la progression du réseau.
Et le succès est au rendez-vous. En quelques années, le programme a essaimé dans plusieurs dizaines de communes, reliant près de 900 jardins entre eux. « Nous avons été submergés par les demandes. Le hérisson est un formidable animal ambassadeur », confie Nicolas Klata.
Les craintes ont rapidement été dissipées. Ni murs fragilisés, ni invasion incontrôlée. Et les résultats sont probants. « 80 % des passages suivis sont utilisés par les hérissons », analyse le chargé de mission, sur la base d’analyses vidéo. Surtout, ces corridors ne profitent pas qu’à ces petits insectivores.
Fouines, martres, mulots, musaraignes, lapins de garenne, campagnols, rats surmulots, mais aussi blaireaux et renards dans les passages les plus larges… Toute une faune discrète s’en empare.
Pourtant, l’état de l’espèce reste préoccupant. Et, surtout, mal documenté. Depuis 2024, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le hérisson « quasi menacé » en Europe de l’Ouest. En France, paradoxalement, les données manquent cruellement.
« On ne peut pas dire si l’espèce se porte bien ou non en France, on n’en a aucune idée. Il n’existe aucune étude scientifique fournissant un point de départ sur le nombre d’individus », déplore Nicolas Klata.
Si certaines associations se montrent intéressées, l’initiative ne s’est pas encore véritablement diffusée. Le chargé de mission espère la voir essaimer à l’échelle nationale.
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