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Face à l’autoritarisme, « la VIème République est au cœur du programme de LFI »

Cette assemblée constituante répondrait avant tout à un grand besoin de renouveler la démocratie. En effet, les instances consultatives de la population n'engagent en rien l’État, tandis que la récente Convention Citoyenne pour le Climat a été vidée de sa substance et les cahiers de doléances des Gilets Jaunes enfermés.

L’eurodéputée LFI Manon Aubry et le coordinateur national du mouvement Manuel Bompard étaient réunis à Peyrehorade, dans les Landes. Alors que le gouvernement macroniste a promulgué des lois de plus en plus autoritaires, ils ont rappelé l’importance de soutenir la démocratie à travers leur projet phare : la VIème République.

A Peyrehorade (Landes), la salle d’Aspremont est remplie de 1500 participants, dont une grande majorité pour qui c’est le tout premier meeting politique. Une participation énorme, issue du Pays basque et des Landes, pour cette ville de 3 700 habitants. En ce 27 octobre, seulement 4 jours après l’attentat raciste de Trappes qui a fait 30 victimes dont un mort (le jeune espoir du MMA Pengo Bossio Wangi) et 7 blessés, l’ambiance est d’abord solennelle.

« Le racisme tue toujours deux fois, disait la sociologue Rachida Brahim. Une fois par la violence physique et une seconde fois par le déni », rappelle Manon Aubry en rendant hommage à Pengo Bossio Wangi.

Le tueur raciste Kevin T. avait confectionné 30 autocollants portant la mention « Vive la France, RN [Rassemblement national], fier d’être français ». En France, les discours d’extrême droite se sont tellement banalisés qu’ils tuent.

Des atteintes aux libertés françaises

Le quinquennat en cours de Macron s’est distingué par plusieurs contournements du débat parlementaire pour imposer des projets de loi contestés, mais aussi à la restriction des libertés individuelles des citoyens, notamment celle de manifester.

En tant qu’eurodéputée, Manon Aubry s’inquiète de voir la France emprunter des dérives similaires à celles qu’elle a pu observer en Hongrie et en Pologne, lorsque ces pays ont basculé dans des régimes autoritaires, récemment révolus.

« Macron a cassé notre liberté et notre démocratie. Il n’est plus possible d’aller manifester en France sans avoir peur d’être mutilé. Le droit à manifester, protégé dans notre Constitution française, est aujourd’hui terriblement remis en cause. Quand vous ne pouvez pas manifester aux lieux et aux horaires que vous souhaitez, que le pouvoir en place choisit qui a le droit de déposer des manifestations ou non, ce sont typiquement des reculs sur l’État de droit qu’on a pu observer en Hongrie et en Pologne, quand l’extrême droite était au pouvoir », explique Manon Aubry pour La Relève et La Peste.

En Hongrie, l’indépendance de la justice avait été brisée lorsque le système judiciaire avait été mis sous les ordres de l’ancien Premier ministre d’extrême droite Viktor Orbán.

« Une tendance similaire se retrouve quand le ministre de la Justice Gérald Darmanin donne des instructions aux procureurs et aux magistrats, censés être indépendants, pour exiger des peines disproportionnées », prévient Manon Aubry pour La Relève et La Peste. « Évidemment, on n’en est pas au même état de décomposition de notre État de droit, mais je sonne l’alerte avant que cela ne soit trop tard. »

Manon Aubry lors du meeting de Peyrehorade, Landes

Dans une circulaire aux procureurs datée du 22 octobre, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, exigeait une réponse judiciaire « d’une extrême fermeté » face aux mouvements sociaux. Les peines proposées : la privation de droits civiques, la suppression de comptes sur les réseaux sociaux ou encore l’interdiction de manifester.

Alors que le gouvernement rechigne à faire le lien entre les discours de l’extrême droite et l’attentat raciste de Trappes, le parti La France Insoumise fait l’objet d’une cabale politique. Mediapart a ainsi révélé comment le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a tenté de faire porter la responsabilité à LFI sur les mobilisations sociales en cours en instrumentalisant les pillages du 17 octobre, pour lesquels la police n’est pas intervenue au grand désarroi des commerçants désormais endettés.

« Nous allons déposer une saisine à la Cour de justice de la République puisque si un ministre a produit des faux documents ou a demandé à ce que les renseignements territoriaux en produisent, cela peut être un abus d’autorité. C’est un délit », explique Manuel Bompard pour La Relève et La Peste.

Manuel Bompard face à l’auditoire

Répondre à l’urgence sociale

Depuis mi-octobre, les mobilisations sociales montent en puissance face à l’explosion des inégalités et le coût de la vie : un demi-million de personnes dans les rues trois samedis de suite. Tirées par la fronde des lycéens contre la dégradation des conditions d’étude, le gouvernement reste sourd aux revendications. Encore récemment, il a refusé de taxer les superprofits des pétroliers ou les ultra-riches à travers le projet de loi finances 2027. Une alliance de votes entre la droite et le RN qui se retrouve au Parlement Européen.

« J’ai déposé très régulièrement des amendements en faveur d’une taxe Zucman à l’échelon européen (qui pourrait rapporter 67 milliards d’euros dans l’UE, ndlr). À chaque fois, même opposition du camp qui va des macronistes jusqu’à l’extrême-droite », dénonce Manon Aubry.

« Par leurs votes, on voit que l’extrême-droite et les macronistes sont les deux faces d’une même pièce : la défense des intérêts des plus riches et de l’oligarchie. Si le Rassemblement national arrivait au pouvoir en 2027, ce ne serait qu’une forme de continuité du macronisme, au moins sur le terrain économique. »

Depuis 2022, les députés LFI estiment que « 85% des textes macronistes ont été soutenus par le RN à l’Assemblée nationale ». Pour en finir avec l’accaparement de 42% du PIB par les 500 familles les plus riches de France, LFI veut changer le système d’imposition en créant 14 tranches d’imposition (contre 5 actuellement). L’objectif annoncé est de rendre l’impôt sur le revenu plus progressif.

La promesse : « Toutes les personnes qui gagnent moins de 4000 euros par mois, soit 92% de la population, paieront moins d’impôts », précise Manon Aubry.

Les participants au rassemblement LFI de Peyrehorade en liesse

Vers une VIème République

Face aux (trop) nombreux pouvoir accordés à la figure du Président de la République par la Vème République (rédigée par le gouvernement de Gaulle et approuvée par référendum en 1958), LFI souhaite instaurer une VIème République, qui protègerait mieux la séparation des pouvoirs.

« La VIème République est au cœur du programme de La France Insoumise », confirme Manuel Bompard à La Relève et La Peste. « Ce ne sera pas une VIème République d’experts constitutionnels. Nous, on croit à la méthode de la constituante, c’est-à-dire qu’on élit une assemblée en parallèle du travail de l’Assemblée nationale qui a pour fonction de construire et rédiger une Constitution de la VIème République. »

Cette assemblée constituante serait lancée par un référendum fondé sur l’article 11 de la Constitution, une méthode utilisée par De Gaulle en 1962 pour instaurer l’élection présidentielle au suffrage universel direct, contre l’avis du Parlement. L’approbation populaire du 28 octobre 1962 permit l’entrée en vigueur de cette réforme, mais le Conseil Constitutionnel a récemment considéré que seul l’article 89 est approprié pour modifier la Constitution. Il faudrait donc passer ce premier risque de veto.

« Si on arrive au pouvoir, notre programme va se heurter à un certain nombre d’intérêts de grands lobbys et puissances financières, qui vont utiliser de nombreux moyens pour nous empêcher de le mettre en œuvre. Nous aurons alors besoin du soutien de la population française », confirme Manuel Bompard pour La Relève et La Peste.

Si l’assemblé constituante l’emporte, elle serait formée de citoyens désignés de deux façons : une partie serait élue lors d’un scrutin organisé pour l’occasion, l’autre tirée au sort. Après deux ans de travaux, la nouvelle Constitution serait soumise au peuple français par référendum.

Cette assemblée constituante répondrait avant tout à un grand besoin de renouveler la démocratie. En effet, les instances consultatives de la population n’engagent en rien l’État, tandis que la récente Convention Citoyenne pour le Climat a été vidée de sa substance et les cahiers de doléances des Gilets Jaunes enfermés.

En résumé, il faudrait d’abord que le Conseil Constitutionnel accepte que le gouvernement utilise l’article 11, puis que le peuple approuve par référendum une Assemblée Constituante, et deux ans plus tard vote en faveur de la Nouvelle Constitution pour que celle-ci voie le jour au plus tôt fin 2029.

Une chose est sûre, c’est encore une fois des obstacles institutionnels qui ôteraient la possibilité au peuple français d’avoir la main sur sa destinée. Reste à voir ce qu’ils choisiront lors des élections présidentielles de 2027.

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Laurie Debove

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