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Bretagne : la multiplication des « déconditionneurs » pollue les champs aux microplastiques

Un rapport de l’ADEME, publié en octobre 2024, alertait : le compost issu des déconditionneurs contient 4 à 6 fois plus de microplastiques qu’un compost simple.

Dans sa dernière enquête, le média indépendant d’investigation Splann dévoile les risques posés par un nouveau processus de recyclage : les déconditionneurs. Visant à trier les biodéchets issus de l’agroindustrie, cette technologie imparfaite sème des microplastiques dans les champs.

Les déconditionneurs retirent de leurs emballages des dizaines de tonnes de déchets par an : briques de lait non vendues, pizzas mal étiquetées, yaourts périmés… Ils en retirent une « soupe » de produits alimentaires désemballés, aussi appelée « pulpe ». Une ressource utilisée pour nourrir les méthaniseurs qui ont besoin de matières organiques pour produire du biogaz.

À l’échelle nationale, 41 installations sont en fonctionnement. En Bretagne, où les méthaniseurs sont particulièrement nombreux, six sites existent déjà et six autres devraient bientôt voir le jour.

Or, des microplastiques, ces particules d’une taille inférieure à 5 mm, restent dans cette « pulpe ». Un rapport de l’ADEME, publié en octobre 2024, alertait sur leur importante présence : le compost issu des déconditionneurs en contient 4 à 6 fois plus qu’un compost simple.

Et davantage encore dans les digestats, ces résidus de la méthanisation utilisés en engrais dans les champs. Ces engrais, quand ils sont nourris de « pulpes » de déchets, contiennent, en moyenne, 29 à 37 fois plus de microplastiques qu’un digestat agricole simple.

« Le problème, c’est que plus les résidus de plastique sont petits, plus ils sont toxiques », alerte Jean-Pierre Le Lan, référent déchets au sein de France nature environnement – Bretagne.

Schéma de fonctionnement d’un déconditionneur – Crédit : France Environnement

« Ce sont surtout les plus petits plastiques qui sont absorbés par la faune et les plantes, abonde le microbiologiste Patrick Dabert. En moyenne, la bouche d’un ver de terre est de 3 mm. Et ces microplastiques sont connus pour être un cheval de Troie. Une fois dans l’environnement, ils fixent d’autres polluants et des métaux lourds. »

À contre-courant de l’usage qui en est fait, le chercheur spécialisé dans la dégradation des plastiques, notamment dans les méthaniseurs, préconise de ne pas y apporter les déchets désemballés des déconditionneurs.

Pourtant ,les plastiques d’une taille inférieure à 2 mm ne sont pas pris en compte par la réglementation des installations classées à risques pour l’environnement (ICPE) qui définit les teneurs maximales d’impuretés autorisées dans les fertilisants épandus sur les sols.

Résultat : une étude menée en 2023 par l’Inrae montre que les trois quarts des sols français sont contaminés par des microplastiques, dont 70 % mesurent moins de 2 mm. Et qu’une des sources de pollution aux microplastiques est justement l’apport de matières organiques fertilisantes.

Or, en se retrouvant dans les sols agricoles, ces microplastiques finissent dans nos assiettes et dans notre eau. Pourtant, certains projets restent massivement financés par des subventions publiques de collectivités.

Face à cet enjeu de santé publique, l’Ademe a suspendu depuis 2024 les aides aux déconditionneurs « en raison des problèmes de contamination de la matière organique ».

Les médias indépendants se serrent les coudes. Dans le cadre d’un tout nouveau partenariat, La Relève et La Peste publie en exclusivité des extraits de l’enquête de Splann, à retrouver dans son intégralité sur leur site internet.

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