En Écosse, l’eau potable de l’île Fair, pourtant reculée, présente les taux de PFAS les plus élevés du pays. Ces polluants éternels pourraient avoir été apportés par l’écume et les embruns. D’autres régions côtières isolées sont concernées par ce phénomène.
Comment l’île écossaise Fair, pourtant reculée et préservée de toute activité industrielle, s’est-elle retrouvée polluée par les PFAS ? C’est ce qu’a cherché à comprendre le journaliste Daniel Shailer du média britannique The Guardian.
L’île est régulièrement en proie aux tempêtes et recouverte par l’écume. Alors que nos modes de vie contaminent massivement nos océans, l’écume et les embruns, chargés en PFAS, contribuent ainsi à polluer l’île.
« En 2024, les données des services publics ont révélé que ce lieu sauvage, réputé pour ses activités de tricot et ses oiseaux rares, présentait des niveaux de PFAS plus élevés que toute autre source d’eau potable publique en Écosse, malgré l’absence de sources industrielles évidentes sur l’île », indique le journaliste.
D’après les scientifiques qu’il a contactés, la composition en PFAS retrouvée dans l’eau potable de l’île peut correspondre au mélange de PFAS apporté par les embruns et l’écume.
Un phénomène connu
Le transport des PFAS par les embruns dans des zones côtières isolées est aujourd’hui un phénomène connu des scientifiques. Selon Bo Sha, chimiste environnemental à l’université de Stockholm, qui étudie la manière dont les embruns marins transportent les PFAS sur de longues distances, que The Guardian a interrogé, « on considère l’océan comme le puits ultime : le seul moyen vraiment efficace d’éliminer les polluants persistants. Mais avec les PFAS, c’est comme une pompe qui ne cesse de repousser les produits chimiques à la surface. »
Les PFAS sont en effet des agents tensioactifs, capables de se positionner à l’interface entre deux milieux, ici l’eau et l’air, qui ne peuvent se mélanger. « Une fois en suspension dans l’air sous forme de bulles ou d’embruns, les produits chimiques peuvent parcourir des centaines de kilomètres en quelques jours », explique Bo Sha.
L’île de Fair étant souvent sujette aux tempêtes, des quantités importantes de PFAS peuvent être apportées sur l’île via l’écume et les embruns, la petite taille de l’île contribuant à une forte concentration des polluants.
Un manque de surveillance
Si les taux retrouvés de PFAS dans l’eau potable ne dépassent pas les seuils autorisés pour la consommation, cette contamination dans un lieu relativement préservé témoigne de notre impact sur les océans et les zones reculées, mais aussi « de l’inadaptation du système de surveillance actuel britannique pour en mesurer l’accumulation », souligne le journaliste.
Selon lui, l’agence écossaise de protection de l’environnement (SEPA) « n’a publié aucune donnée sur les PFAS depuis 2018 et n’a toujours pas diffusé les résultats d’un programme d’analyses prévu pour 2025, malgré sa promesse de les rendre disponibles avant la fin de l’année ».
Le gouvernement britannique devait élaborer un plan visant notamment à quantifier le problème des PFAS apportés par les embruns. Jugeant insuffisante cette initiative, le réseau environnemental Kimo qui regroupe des collectivités locales de Scandinavie, des Pays-Bas, de Belgique et du Royaume-Uni, propose son propre plan d’actions.
Il « préconise d’identifier les zones côtières exposées aux embruns et de déplacer les élevages, les exploitations agricoles et les puits vers l’intérieur des terres », détaille Daniel Shailer.
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