Les hydrogéologues avaient lancé l’alerte. Les vagues de chaleur successives viennent de confirmer leurs craintes. Face aux canicules, les méga-bassines ne peuvent pas retenir l’eau. La méga-bassine de Ste-Soline est complètement asséchée par l’évaporation.
En France, le gouvernement veut multiplier par deux le nombre de méga-bassines sur le territoire d’ici 2035, avec la loi d’urgence agricole récemment adoptée. Mais sur le terrain, le rappel à la réalité est brutal.
Après avoir été déclarée illégale par la cour d’appel de Bordeaux, la méga-bassine de Sainte-Soline ne peut plus être remplie, ni utilisée. Malgré des précipitations records cet hiver, qui avaient apporté 50 000 m3 d’eau, elle est désormais totalement à sec avec l’évaporation.
Entre le 20 juin et le 20 juillet, 1 300 m3 d’eau en moyenne s’est évaporé de la bassine chaque jour. Soit la consommation journalière d’une ville de près de 10 000 habitant-es ou la consommation annuelle d’une petite exploitation maraîchère.
« Alors qu’environ 130 mégabassines sont aujourd’hui en activité, l’ordre de grandeur donne le vertige ! Des dizaines, voire plus d’une centaine de milliers de m3 d’eau peuvent ainsi être perdus chaque jour par évaporation ! », a réagi le collectif Bassines Non Merci, l’un des fers de lance dans la lutte contre les méga-bassines.

Suivi du volume de remplissage de la mégabassine de Sainte-Soline. Crédit : Système d’information sur l’eau du Marais poitevin
Tout comme le modèle des méga bassines espagnoles est un échec total, le reste des bassines françaises ne se porte guère mieux ainsi que le recense un décryptage de Bon Pote. Seulement 2 000 mètres cubes d’eau dans la réserve de Mauzé-sur-le-Mignon (l’une des plus anciennes) au 14 août, sur une capacité de plus de 200 000 m3. Celle de Priaires est vide depuis le 7 août, bientôt ce sera au tour de celle d’Epannes. La plupart des bassines ne contiennent plus que quelques dizaines de milliers de mètres cubes.
Pour les scientifiques, cette situation est la preuve que ces projets n’offrent « absolument pas la solution au problème de l’agriculture actuelle », ainsi que résume Christian Amblard, chercheur au CNRS et spécialiste en hydrobiologie, pour SudOuest.
Pire, le développement des méga-bassines risque d’intensifier les conflits autour de l’eau dans des territoires de plus en plus arides. Seulement 6 à 7 % de la superficie agricole française est irriguée, mais 41 % des surfaces irriguées sont consacrées au maïs. Or, cette culture atteint son pic de besoins en eau en juillet et août, précisément lorsque la ressource est la plus rare.
L’hydrogéologue Julie Trottier prévient : « On a construit un système agricole qui nous mène à la pénurie. »
Les chercheurs proposent une autre voie : arrêter le drainage des zones humides ; favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols ; replanter des arbres et des haies ; préserver des sols vivants ; diversifier les cultures ; développer l’agroécologie ; et accompagner financièrement les agriculteurs dans cette transition.