A travers un amendement dans la loi d’urgence agricole, les sénateurs ont réintégré en catimini l’usage dérogatoire de l’acétamipride et du flupyradifurone, les néonicotinoïdes décriés de la loi Duplomb 2. Générations Futures dénonce une tentative de passage en force “qui ignore les risques inacceptables que ces produits font courir à la santé et la biodiversité” !
Adopté à l’Assemblée nationale ces derniers jours, le projet de loi d’urgence agricole a été approuvé mercredi 17 juin par la commission des Affaires économiques du Sénat, en réponse à la colère agricole de l’hiver 2025. Le texte vise à calmer les syndicats de l’agroindustrie sur trois points : la gestion de l’eau, les revenus des exploitants et les conditions d’élevage.
Alors que l’Assemblée nationale avait déjà provoqué la colère des écologistes en sacrifiant la protection de l’eau, voici que le Sénat rouvre la porte aux néonicotinoïdes. La commission sénatoriale a voté l’amendement n°COM-112 autorisant, à titre dérogatoire, la réintroduction de 2 insecticides interdits en France mais autorisés dans le reste de l’UE : l’acétamipride et le flupyradifurone. Pourtant, certains agriculteurs ont trouvé des solutions pour s’en passer, comme les poules sous les noisetiers.
Derrière ce coup bas : le sénateur LR Laurent Duplomb, à l’origine du projet de loi éponyme qui voulait réintroduire ces substances, et dont le texte original avait été partiellement censuré par le Conseil constitutionnel l’été dernier. Il est à présent co-rapporteur du projet de loi d’urgence agricole au Sénat.
“Il semblerait qu’une pétition réunissant plus de 2 millions de signatures n’ait pas suffi à envoyer aux sénateurs le signal d’un rejet profond des néonicotinoïdes. Générations Futures se tient prêt à de nouveau mobiliser l’ensemble de la société civile contre ce texte”, a déclaré l’ONG.
Au Sénat, la droite et le centre vont faire bloc pour faire adopter le texte. Pour éviter le retour de ces pesticides dévastateurs pour la santé humaine et la biodiversité, c’est à l’Assemblée nationale que tout se jouera.
La gauche s’y opposera en force, même dans le camp gouvernemental les inquiétudes sont vives. La porte-parole du groupe MoDem Perrine Goulet a alerté que réintroduire l’acétamipride risque de créer un conflit pouvant faire capoter l’intégralité du texte. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard, pourtant proche du monde agricole, a clairement signifié ne pas être favorable à ces amendements, estimant qu’ils font courir le risque de compromettre l’adoption définitive de la loi.
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut, elle, s’est dite fortement opposée au texte, s’inquiétant plus largement de ses conséquences sur l’environnement, notamment sur la ressource en eau.
Le projet de loi d’urgence agricole sera discuté au Sénat la semaine du 29 juin avant une commission mixte paritaire (CMP) attendue le 16 juillet et une nouvelle lecture au Parlement, dont celle au Sénat est prévue le 21 juillet.
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