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En pleine canicule historique, le gouvernement bafoue la protection de l’eau

Véritable atteinte démocratique, les préfets pourront permettre aux agriculteurs de continuer à pomper l'eau pendant deux ans, même lorsqu’une mégabassine aura été rendue illégale par la justice !

La France connaît, depuis jeudi 21 mai, un épisode de chaleur inédit et historique, d’une durée jamais connue à cette période. Au même moment, à rebours de l’urgence climatique, le gouvernement opère des attaques sans précédent sur l’eau, à travers le projet de loi d’urgence agricole.

Une vague de chaleur sans précédent

Cette canicule n’est « censée arriver qu’une fois tous les 1 000 ans ». La France n’avait jamais atteint de tels niveaux de températures en mai, alors que l’été météorologique ne débute que le 1er juin. L’Hexagone suffoque. Sept personnes en sont déjà mortes, dont 5 noyades, des enfants font des malaises dans des écoles, des passagers bloqués dans un train à 60°C…

« C’est un phénomène exceptionnel en France, par sa précocité, son intensité, sa couverture régionale et sa durée », alerte le climatologue Christophe Cassou sur Franceinfo. « C’est ce que la communauté scientifique appelle un « cygne coir », qui bat des records de plusieurs degrés (3°C à 4°C) dans des endroits où on ne s’attendait pas à avoir de telles températures ».

Les maximales atteignent des niveaux très élevés pour la saison, de 10 à 15 degrés au-dessus des moyennes d’une fin mai, précise MétéoFrance. Cet épisode exceptionnel est similaire au dôme de chaleur de Lytton, qui avait frappé le Canada avec près de 50°C en juin 2021. Cinq ans plus tard, les températures en France atteignent 38 à 40°C, en mai ! « En été, on aurait largement dépassé les 45°C », avertit l’agroclimatologue Serge Zaka.

Pour la végétation et les animaux, les conséquences sont terribles :

  • stress thermique pour les animaux d’élevage du sud-ouest
  • perte de production laitière jusqu’à 20 % par jour
  • dessèchement très rapide de toute la végétation
  • effondrement de l’indice hydrique des sols (à 0% de disponibilité en eau sur 3 à 9 cm, et de 0% à 30% de 9 à 27 cm de profondeur)
  • orge et blé : perte du rendement de 1 à 4% par jour
  • ralentissement de la croissance des légumes tempérés
  • fécondation des fleurs très fortement altérée
  • mortalité accrue chez les oiseaux nichant sous les toitures

Et que fait le gouvernement ? « Des mesures de crise, centrées sur la canicule actuelle, sans planification sur le long terme », dénoncent de concert Jean-Marc Jancovici et Christophe Cassou.

« Un exercice de prospective qui serait utile, c’est d’imaginer la France avec une réduction des précipitations de 20 à 25% en moyenne, sur 10 an, et ça c’est possible, ce n’est pas une question de SI, c’est une question de QUAND (en 2040 ou 2050) », prévient le directeur de recherche au CNRS Christophe Cassou.

La ressource en eau attaquée par l’agroindustrie

En pleine canicule historique, la protection de l’eau est attaquée de toutes parts par le projet de loi d’urgence agricole, voté en ce moment même à l’Assemblée Nationale. Son volet « eau » a occupé toute la première semaine de débats à l’Hémicycle, et les résultats vont à rebours de l’urgence climatique.

Adopté par une large majorité, l’article 5 facilite la construction des mégabassines, pourtant accusées par les hydrologues de porter gravement atteinte au cycle de l’eau et aux nappes phréatiques. Tout ça pour faire satisfaire les 6 % d’agriculteurs irrigants, dont 36 % de la production part à l’export ! « Vous exportez notre eau. », a accusé la députée insoumise Manon Meunier lors des débats.

Véritable atteinte démocratique, les préfets pourront permettre aux agriculteurs de continuer à pomper l’eau pendant deux ans, même lorsqu’une mégabassine aura été rendue illégale par la justice ! Les réunions publiques sur ces ouvrages polémiques sont supprimées, les citoyens tenus dans l’opacité, et des amendements réduisent les possibilités de recours en justice contre ces ouvrages.

Les représentants de l’agriculture biologique sont exclus des instances de l’eau, en particulier les Sage (schémas d’aménagement et de gestion des eaux). Les notions « d’efficience » et de « sobriété » dans la gestion de l’eau ont elles aussi été supprimées du texte.

« Aujourd’hui, les faits scientifiques sont très clairs sur les bénéfices des différentes solutions, et les mesures politiques prises vont complètement à l’opposé de la science. Ce sont des mesures régressives », dénonce le co-auteur du GIEC Christophe Cassou.

Alors qu’il avait été supprimé en commission du développement durable, l’article 7 qui s’en prend aux zones humides a été réintroduit. Il permet de les dégrader plus facilement, tout en assouplissant les règles de compensation, sans aucun respect pour le cycle de l’eau. Cela alors que la moitié des zones humides a été détruite en France entre 1960 et 1990, et qu’elles sont indispensables pour la biodiversité et le cycle de l’eau.

Enfin, l’article 8 du texte change les règles de protection des captages d’eau potable, déjà peu efficaces. En résumé, il y aura moins de captages d’eau potable qui seront protégés.

Pourtant, en 45 ans, 14 640 captages d’eau potable ont été fermés en France, dont 41,6 % du fait de teneurs excessives en nitrates et/ou pesticides. Désormais, la France ne compte que 32 800 captages d’eau potable. La contamination par les pesticides explique la fermeture de 6 à 11 % des captages tous les ans (quelques dizaines de captages fermés chaque année).

Malgré leur tentative pour enrayer cette catastrophe pour l’eau, tous les amendements de suppression de la gauche ont été annihilés par une alliance de la droite, de la macronie au Rassemblement national (RN).

« L’eau va diminuer et on le sait, ce sont les lois de la physique qui parlent. Dans un climat qui change, la ressource en eau diminue car on ne va pas avoir plus de précipitations. Et quand on parle de rareté de la ressource, on parle aussi de sobriété, de partage, d’équité, de justice. A l’opposé de ce que fait le gouvernement. On est dans un moment régressif, et cette impréparation est un choix politique puisque l’on sait ce que l’on doit faire », conclut Christophe Cassou.

Laurie Debove

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