En plein milieu d’un été marqué par les conséquences du changement climatique, l’État a donné son feu vert au projet d’extension de l’aéroport Charles de Gaulle. Une décision qui va à l’encontre du bon sens alors que le secteur aérien devrait baisser ses émissions de gaz à effet de serre.
Cet été, l’État et le groupe Aéroports de Paris (ADP) se sont accordés sur un projet visant à « moderniser les plateformes aéroportuaires parisiennes ». Ce projet d’extension prévoit en fait d’augmenter le nombre de passagers dans les années à venir.
Alors même que dans son rapport annuel paru en juillet, le Haut conseil pour le climat recommande d’« adopter un moratoire sur l’augmentation des capacités des aéroports français, y compris l’aéroport Charles de Gaulle, afin de maîtriser la hausse du trafic aérien ».
Les ONG Réseau Action Climat, Transport & Environnement et Rester sur terre ont appelé à abandonner le projet. Elles dénoncent un « projet anachronique ».
Encore plus de pollutions et de nuisances sonores
« Alors que nous sommes encore sous le choc d’un été caniculaire causé par les émissions de gaz à effet de serre et que les riverains de Roissy subissent de plein fouet les impacts du trafic aérien sur leur santé, le groupe ADP se félicite de son mégaprojet d’extension de l’aéroport Charles de Gaulle, qui viendrait ajouter l’équivalent des émissions de l’aéroport de Marseille dans l’atmosphère », fustige Sacha Ruello-Jossic, coordinatrice de la mobilisation contre l’extension de Roissy au sein du collectif Rester sur terre.
« Ce projet est climaticide et menace la qualité de vie et la santé des franciliens, déjà exposés aux nuisances sonores et à la pollution. »
Un plan d’investissement de 8,3 milliards d’euros est prévu pour la période 2027-2034, dont 6 dédiés uniquement à l’aéroport Charles de Gaulle. Ce projet de réaménagement du groupe ADP doit courir jusqu’à 2050, avec in fine 19 % de mouvements (décollages et atterrissages) supplémentaires à cette échéance par rapport à 2019, ce qui correspond à 344 mouvements de plus par jour.
« En 2019, 76 millions de passagers sont passés par l’aéroport Charles de Gaulle. En 2050, ce chiffre pourrait atteindre 105 millions, soit une augmentation de 38 % », précise Jérôme du Boucher, responsable aviation France de Transport & Environnement.
Le projet Terminal 4 abandonné grâce à la pression citoyenne
En 2021, le groupe ADP avait été contraint d’abandonner son projet « Terminal 4 », qui visait à construire un nouveau terminal. Sous la pression de la mobilisation citoyenne, la ministre de la Transition écologique d’alors, Barbara Pompili, avait fini par reconnaître son caractère obsolète.
« Le gouvernement a demandé au groupe ADP d’abandonner son projet et de lui en présenter un nouveau, plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement », avait-elle alors annoncé au Monde.
Deux ans plus tard, en 2023, le Conseil de Paris avait adopté à l’unanimité un vœu du groupe écologiste prônant la réduction du trafic aérien. Il semble que la Ville n’ait pas eu voix au chapitre cette année.
Avec ce nouveau projet, « l’objectif est d’augmenter les capacités dans les terminaux existants, pour accueillir plus de passagers, sans construire un nouveau terminal à part entière, mais en créant des postes avions au niveau des zones proches des terminaux existants. On joue sur les mots, car concrètement, ce qui est prévu, c’est la création de nouvelles salles d’embarquement », explique Jérôme du Boucher.
Le nouvel aménagement vise à favoriser les vols long-courrier, les plus émetteurs de gaz à effet de serre.
« Ce projet d’extension est incompatible avec les objectifs de l’État », souligne le responsable aviation.
Selon la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNCC 3), adoptée en juillet avec deux ans de retard, le transport aérien ne devrait pas émettre plus de 1,3 Mt de CO2 en 2050.
Or, selon une analyse de Transport & Environnement, les émissions de l’aéroport pourraient atteindre plus de 6 Mt par an en 2050, soit 28 % d’émissions supplémentaires par rapport à un scénario sans projet d’extension.
Élus, associations et citoyens contre le projet
Par ailleurs, un récent rapport du Réseau Action Climat montre que ce projet est aussi une aberration en termes de stratégie touristique.
« Les aéroports français font partir beaucoup plus de touristes à l’étranger qu’ils n’en font venir. On ne comprend donc pas bien l’intérêt d’ajouter des millions de tonnes CO2 dans l’atmosphère pour un solde touristique probablement négatif ! », s’interroge Alexis Chailloux, responsable transports de l’ONG.
Ce projet, à rebours de l’urgence climatique, suscite l’indignation des associations locales, des riverains et des élus locaux. Une pétition s’y opposant a déjà recueilli plus de 32 000 signatures et un rassemblement s’est tenu le 14 septembre devant le siège du groupe ADP, à l’initiative du collectif Rester sur terre.
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