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Un immense récif corallien d’une santé exceptionnelle a été redécouvert à Tahiti

« Ça veut dire qu'il reste des récifs coralliens dont la santé n'a pas encore été touchée par l'activité humaine. »
21 janvier 2022 - Maïté Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Au large de la presqu’île de Tahiti, l’Unesco et le laboratoire français le Criobe ont mené une mission d’exploration dans le cadre du programme One Ocean, le grand témoignage sur l’Océan, qui leur a permis de découvrir un vaste champ de coraux. A 30 mètres sous l’eau, il est d’une taille et dans un état de conservation exceptionnels. Face à la crise à laquelle sont exposés les coraux partout dans le monde, il s’agit là d’un espoir pour la biodiversité marine.

Les scientifiques du laboratoire CNRS-CRIOBE situé en Polynésie française soupçonnaient l’existence de cet incroyable écosystème au fond de l’océan grâce à plusieurs plongées et repérages effectuées par l’un de ses ingénieurs, Gilles Siu.

Le photographe plongeur qui a officiellement découvert le récif, Alexis Rosenfeld, l’a décrit comme « Un champ de roses géantes bleutées. ». S’étendant sur une surface de 30 et 50 mètres de profondeur, le récif est bien plus grand que les chercheurs ne se l’imaginaient.

La chercheuse au CNRS-CRIOBE et co-directrice de la mission, Laetitia Hédouin, raconte : « Ce qui a été vraiment choquant, c’est la beauté de ce récif : la taille des colonies qui étaient extrêmement grandes – certaines faisaient plus de deux mètres de diamètre – mais aussi l’immensité du champ. On a estimé qu’il faisait plus de trois kilomètres de long. »

Crédit : UNESCO, Alexis Rosenfeld, 1 Ocean

Le récif est par ailleurs en excellente santé. Aucune trace de mortalité ou de blanchiment n’a été détectée.

Ce dernier signifie une exposition des coraux à un stress et ainsi l’apparition du squelette calcaire, qui peut être suivi de leur mort. Ils deviennent très vulnérables. Selon les estimations scientifiques, ces blanchiments pourraient avant tout être causés par les changements de températures, la surexposition solaire, ainsi que l’effet de serre, qui empire l’acidité des océans, et l’augmentation de la pollution et des déchets de mer.

Le blanchiment corallien affecte de nombreux récifs par le monde, ayant été repéré dans tous les océans du globe.

Cependant, ces colonies tout juste découvertes, qui pourraient avoir plus de dix ou vingt ans, ont été préservées. Laetitia Hédouin estime qu’il s’agit là d’un signe d’espoir pour le futur des récifs coralliens :

« Ça veut dire qu’il reste des récifs coralliens dont la santé n’a pas encore été touchée par l’activité humaine. »

L’une des hypothèses derrière l’incroyable conservation du récif est sa situation géographique, dans les profondeurs. D’après Laetitia Hédouin, la température à 30 mètres de profondeur est plus fraîche et la portée des rayons solaires moindre. Elle commente :

« A partir du moment où l’on va diminuer l’intensité lumineuse, on diminue l’impact du blanchissement. »

Figurant parmi les plus vieux animaux coloniaux vivants du monde, les édifices coralliens sont à la fois un abri, une zone de reproduction et une source de nourriture pour de nombreuses espèces.

Leur santé impacte celle des individus qui y vivent. Les scientifiques estiment qu’ils abritent 25 % de la biodiversité marine. Ils absorbent également l’énergie des vagues et préservent les bords côtiers de l’érosion.

Cependant, les récifs coralliens sont menacés et disparaissent. 14 % des récifs coralliens sont morts entre 2009 et 2018, et la Grande Barrière de Corail a perdu plus de la moitié de ses coraux entre 1987 et 2014. Les causes premières de cette hécatombe sont la surpêche et le blanchiment, lié notamment au réchauffement et à la montée trop rapide des océans.

Lire aussi : La barrière corallienne des Caraïbes pourrait disparaître en 15 ans et la forêt Amazonienne en 50 ans, alerte une nouvelle étude

De nos jours, les récifs coralliens situés en bord de littoraux sont bien surveillés, mais leurs cousins des profondeurs sont encore un mystère pour les scientifiques. Ils sont peu étudiés car difficiles d’accès.

Crédit : UNESCO – Alexis Rosenfeld – 1 Ocean

Lire aussi : Un récif corallien au large de l’Amazone. Une découverte incroyable… et déjà menacée

Pour découvrir le récif au large de Tahiti, les scientifiques sont descendus avec des « recycleurs », qui réutilisent l’air respiré. Ils permettent de rester trois ou quatre heures sous l’eau, contre trente minutes avec les bouteilles d’oxygène classiques.

D’après Alexis Rosenfeld, seul 20 % des océans a actuellement été cartographié : d’autres découvertes, notamment sur place, sont envisageables. Il espère que ce récif pourra permettre de démontrer l’importance de leur protection, particulièrement face aux projets d’extractions minières des grands fonds, aussi connu sous le nom de deepsea mining.

Pour aller plus loin : « Deep-sea mining » : Les industriels veulent forer les fonds marins

21 janvier 2022 - Maïté Debove
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