Un récif corallien au large de l’Amazone. Une découverte incroyable… et déjà menacée

Peu de lumière, des particules en suspension, une eau très agitée… autant de facteurs qui font de ce récif un écosystème hors du commun.
31 mai 2018 - La Relève et La Peste
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Une découverte récente

Un récif corallien au large de l’Amazone… C’est la découverte incroyable révélée par des chercheurs brésiliens dans la revue Science Advances en avril 2016.

Au milieu des années 1970, un navire de recherche scientifique américain avait remarqué dans cette zone une étonnante abondance d’éponges, ainsi que des poissons typiques des écosystèmes coralliens. L’information n’avait pas ébranlé le gouvernement du Brésil, alors en pleine dictature militaire.

Il faudra attendre l’initiative de l’organisation Greenpeace pour que les premières plongées y soient effectuées. En ce début d’année 2018, l’expédition de l’Esperanza vient de s’achever. Le navire amiral de la flotte de Greenpeace avait embarqué pour six semaines de recherches. D’abord au Nord du Brésil, puis une semaine dans les eaux françaises, au large de la Guyane.  À son bord, des passagers venu des quatre coins du globe : Ukraine, Corée du Sud, Australie, Canada, France, Inde, Argentine…

Crédit Photo : Ishan

Marine Lamoureux, journaliste à La Croix, raconte l’expédition :

« Ils ont embarqué avec eux des scientifiques qui eux, pouvaient avoir une analyse des découvertes qui étaient faites au jour le jour, pas dans la perspective de la campagne Greenpeace, mais bien du point de vue de la science. »

Un écosystème exceptionnel

Les résultats ont surpassé les pronostics. Le récif s’étend sur 56 000 km², bien plus que ce qui avait été établi jusqu’alors. Il est d’une richesse surprenante. « Une diversité d’espèces, d’éponges, de gorgones, inattendue dans ces zones, autrement dit un écosystème original, qui n’existe nulle part ailleurs » décrit Serge Planes, le Directeur du Criobe (Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement).

« Cette découverte est exceptionnelle parce qu’on ne pensait pas qu’il pouvait y avoir des coraux à cet endroit-là. » témoigne Rémi Barroux, journaliste au Monde.

Pourquoi ? « Les eaux du Rio Amazonas sont très riches en sédiments qui empêchent la lumière de passer et les coraux ont besoin de cette lumière pour la photosynthèse, c’est donc totalement contradictoire », s’étonne Fabiano Thompson, l’un des scientifiques qui a révélé l’existence du massif.

Crédit Photo : Erin Simmons

Peu de lumière, des particules en suspension, une eau très agitée… autant de facteurs qui font de ce récif un écosystème hors du commun.

La menace pétrolière

Mais un géant vient gâcher la fête : l’entreprise Total, avec son projet de forage et d’exploitation pétrolière dans cette zone. Malgré les nombreuses actions de Greenpeace et les preuves apportées par l’expédition, « Total n’entend pas du tout renoncer » explique Marine Lamoureux.

« Ils communiquent sur le fait qu’ils ont mené des études d’impact. Que leurs projets, que ce soit dans la zone des concessions du Brésil, ou que ce soit du côté guyanais ne posent pas de difficulté du point de vue de l’environnement. ».

Pourtant, l’entreprise pétrolière a fait des projets polluants et carbonés sa spécialité, allant jusqu’à investir dans des régions aussi sensibles que l’Arctique.

Maintenant, c’est ce récif de l’Amazone qui est attaqué. Seulement 5 % du massif a été exploré. Au moins 73 espèces de poissons y ont été observées, dont des espèces menacées. Des éponges et des poissons inconnus des scientifiques ont été découverts.

Les risques d’une marée noire et d’une destruction du corail

Le forage pétrolier implique de rejeter des boues à la mer et d’injecter des produits chimiques. Or, le corail est extrêmement fragile. Le moindre changement dans la composition de l’eau de mer — son pH, sa température — peut avoir d’énormes conséquences. Cet écosystème, l’un des plus diversifiés et complexes qui existent, exerce un rôle d’oasis et de nurserie pour une multitude d’espèces marines. Il est indispensable à leur survie.

Crédit Photo : Sasha 

À cela s’ajoute le risque d’une marée noire. En cas d’accident, « le pétrole ne restera pas sur zone et il peut se mêler très facilement au corail. Et s’il atteint la côte, il n’y aura aucun moyen de nettoyer la mangrove » avertit Edina Ifticene, représentante de Greenpeace. La biodiversité locale serait évidemment touchée. Avec elle, les communautés vivant sur les côtes, qui tirent leurs ressources de l’océan.

Lambert Wilson s’engage à son tour contre la menace pétrolière « La Guyane c’est la France. Les populations locales, c’est exactement comme nous le jour où on est victimes d’une marée noire en France. »

« Il faut agir pour que ce genre d’exaction s’arrête » martèle l’acteur.

Un projet à stopper

Même si les concessions achetées par Total en 2013 sont au Brésil, le risque de marée noire, menace directement les eaux françaises, en raison des courants dans la zone. Pour l’instant, l’IBAMA (l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables) bloque le projet d’exploitation. Mais Total ne prévoit pas en aucune façon de l’abandonner.

Outre ces concessions, le groupe possède la zone « Guyane Maritime ». Il y dispose d’un permis de recherches qui a été prolongé jusqu’en juin 2019, malgré la loi de 2017 contre  la recherche et l’exploitation des hydrocarbures en France. Une demande d’autorisation de forage pour début 2019 a été déposée à la préfecture de Guyane.

Ainsi, une partie de ce récif corallien exceptionnel et inexploré se trouve en France. Un militant de Greenpeace résume l’enjeu en une phrase : « C’est donc à la France de faire comprendre à une entreprise française que ce qu’elle va faire est une catastrophe environnementale et leur demander de renoncer au projet. ».

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