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Pays Basque : première victoire des paysans pour protéger 15ha de terres agricoles

Pour les collectifs paysans, ce combat est particulièrement symbolique de ce qui se joue au sein du territoire basque, mais aussi dans toute la France. Alors que l’urbanisation galopante détruit l’équivalent d’un département de terres agricoles chaque année, la population a tout de même de plus en plus de mal à se loger en raison de l’explosion des résidences secondaires et de la spéculation.
15 septembre 2021 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Première victoire cruciale pour les paysans basques ! Depuis 79 jours, ils occupent 15ha de terres agricoles pour lutter contre leur vente spéculative : 3,2 millions d’euros pour les terres, une maison et un corps de ferme abandonnés. Face à la détermination de la mobilisation, la multimillionnaire Diane de Lespée a finalement décidé de ne plus acheter le bien. L’occupation continue pour obtenir du propriétaire l’octroi définitif des terres agricoles au monde paysan, un combat symbolique des enjeux nationaux sur l’accaparement du foncier agricole et le mal-logement.

Pour le syndicat agricole Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB) – un syndicat paysan basque rattaché à la Confédération paysanne – et l’association basque Lurzaindia, le cœur est à la fête.79 jours après le début de leur occupation le 23 juin dernier, ils ont appris le retrait « entier et définitif » de Mme de l’Espée, l’acheteuse, concernant la vente du domaine agricole de 15ha à Arbonne.

« C’est un véritable soulagement et une victoire pour nos deux associations, l’agriculture et toute la société civile du pays basque qui ont été soudées durant cette épreuve. Tout le monde nous a soutenu en nous disant qu’ils en ont marre de l’évolution de l’aménagement du territoire, de l’urbanisation incontrôlée, de l’infrastructure touristique et de résidences secondaires vides qui artificialisent les sols. Cela donne une terre qui n’est plus accessible ni nourricière, on veut qu’elle le reste pour tout le monde ! » a réagi Dominique Amestoy, membre de Lurzaindia, auprès de La Relève et La Peste

Aux portes de Biarritz, le dénommé Yves Borotra vend sa propriété comprenant une maison d’habitation en cours de rénovation, l’ancienne maison des fermiers, inhabitée aujourd’hui, et des parcelles agricoles d’un peu plus de 15 hectares pour 3,15 millions d’euros.

Or, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer ; l’établissement de gestion des terres agricoles) a estimé ce bien à 800 000 euros « au maximum » pour l’ensemble, soit quatre fois moins que le prix proposé.

Lire aussi : Pays Basque : des paysans occupent un domaine de 15ha pour lutter contre l’accaparement des terres agricoles

Pour ELB et l’association basque Lurzaindia, chargée de protéger le foncier agricole, cette vente est « un cas d’école » de l’accaparement des terres perpétré par la spéculation foncière, d’où la décision d’occuper le terrain pour préserver les terres. Maintenant que la vente a été abandonnée par Diane De Lespée, une phase de négociations va enfin s’ouvrir.

Une première réunion entre la Safer, Lurzaindia, la CAPB et l’EPFL est prévue le 29 septembre prochain. En attendant le démarrage de ces-dits négociations, les paysan·ne·s, en accord avec Bost (Berroetako Okupazio Sustengu Taldea), continuent l’occupation.

Dominique Amestoy, membre de Lurzaindia, sur le terrain – Crédit : Laurie Debove

Le propriétaire M.Borotra a, quant à lui, refusé la demande de préemption partielle et demandé à la Safer d’acheter l’ensemble du domaine agricole (15ha et 3 maisons) au prix spéculatif de 3,15 millions d’euros. Il a cependant indiqué être « ouvert à la discussion ».


« La communauté d’agglomération nous a soutenu dès le début, on espère maintenant qu’ils vont prendre le problème à bras-le-corps. Avant toute chose, la SAFER doit décider d’acheter à ce prix là ou pas. On va redémarrer le dossier et voir ce qu’on peut proposer, quel est le juste prix abordable pour le monde paysan, les gens qui ont besoin d’habitats, et le type de projets utiles au territoire. On a lancé une invitation à la population du Pays Basque pour qu’elles nous proposent des idées et l’impliquer. » explique Dominique Amestoy, membre de Lurzaindia, auprès de La Relève et La Peste

L’occupation continue à Arbonne – Crédit : Laurie Debove

Pour les collectifs paysans, ce combat est particulièrement symbolique de ce qui se joue au sein du territoire basque, mais aussi dans toute la France. Alors que l’urbanisation galopante détruit l’équivalent d’un département de terres agricoles chaque année, la population a tout de même de plus en plus de mal à se loger en raison de l’explosion des résidences secondaires et de la spéculation.

Lire aussi : Lorsque les riches arrivent en ville, les locaux perdent leur droit d’y vivre

« La recherche de terres est vraiment le nerf de la guerre pour les porteurs de projet agricole. Si on laisse faire la spéculation foncière sans la réguler, ça va devenir invivable pour les paysans mais aussi la population ! Si on se met à répercuter le prix du foncier sur les denrées alimentaires produites, plus personne ne pourra se nourrir ! » analyse Elise Villain, animatrice du syndicat agricole ELB, pour La Relève et La Peste

L’occupation doit prendre fin le 24 octobre autour d’un grand moment festif et convivial avec la tenue de Lurrama sur les terres agricoles du chemin Berroeta. Jusque-là, l’opération « Egun bat, Herri bat » est maintenue et la présence de tous·tes est plus importante que jamais à Arbonne pour les syndicats paysans.

« On surveille toutes les ventes, mais celle-ci a toute notre attention car on ne veut pas que le promoteur trouve une échappatoire. S’ils commencent à tricher, on a montré qu’on sait occuper le terrain, on n’a pas peur de continuer. On sait se mobiliser, on sait se battre et on sait tenir sur la durée. On espère qu’on a aussi lancé un débat qui va plus loin que le pays Basque, car ces problèmes ne sont pas seulement propres au Pays basque mais s’étendent à toute la France. On espère avoir réveillé d’autres consciences et d’autres envies de lutte. » conclut avec un sourire malicieux Dominique Amestoy, membre de Lurzaindia

15 septembre 2021 - Laurie Debove
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