En France, des millions d’animaux naissent pour finir sous les tirs des chasseurs. Nos Viventia réclame la fermeture de ces élevages jugés « infernaux ».
Avant les fusils, l’usine
Des reproducteurs enfermés en cage, leurs œufs placés en incubateur, puis des milliers de poussins élevés sous hangar avant d’être transférés en volière. Dernière étape, les oiseaux sont mis en caisses, chargés dans des camions et livrés aux chasseurs.
« C’est choquant du début à la fin », explique à La Relève et La Peste Pierre Rigaux, fondateur de Nos Viventia.
Son association a notamment enquêté dans quatre fermes intensives de Loire-Atlantique et du Lot-et-Garonne. Chez les faisans et les perdrix, raconte-t-il, les reproducteurs sont maintenus « dans des cages minuscules ». Les jeunes oiseaux, eux, reçoivent des dispositifs en plastique fixés sur le bec pour éviter qu’ils ne se blessent dans la promiscuité, comme Cyrano, le faisan d’élevage sauvé par l’herboriste Francois Roger de Loraille.
« Les conditions d’élevage sont infernales, la souffrance est généralisée à toute la filière », poursuit Pierre Rigaux.
Avec une contrainte propre à cette industrie. Entasser pour produire davantage, tout en conservant des oiseaux assez vigoureux pour avoir l’air sauvages.
« Un éleveur de poulets se fiche de produire des oiseaux incapables de se tenir debout. Un éleveur de faisans doit vendre des oiseaux en bon état apparent ».

Jeunes faisans femelles dans un élevage pour la chasse – Crédit : Nos Viventia
Des animaux élevés pour paraître sauvages
Plusieurs millions d’animaux seraient ainsi produits chaque année en France, selon Nos Viventia. Faisans, perdrix et canards, mais aussi lapins, lièvres, cerfs et sangliers sont élevés spécifiquement pour la chasse. Les dernières données nationales sont anciennes.
En 2013-2014, l’ONCFS, devenu l’OFB, estimait à trois millions le nombre de faisans abattus, « l’essentiel » provenant d’élevages. Pour la perdrix rouge, 1,3 million d’oiseaux avaient été tués, en grande partie issus de lâchers.
Pour Pierre Rigaux, le problème ne s’arrête pas aux cages. Le faisan de Colchide vient d’Asie, tandis que la perdrix rouge est naturellement cantonnée surtout au bassin méditerranéen.
« Ces deux espèces ont été importées dans des régions où elles ne seraient pas présentes autrement », souligne-t-il.

Jeunes faisans dans un élevage pour la chasse – Crédit : Nos Viventia
Des risques pour la faune sauvage
Ces lâchers peuvent aussi peser sur les écosystèmes. En 2018, une synthèse du Journal of Applied Ecology pointait des risques de maladies, de concurrence avec la faune sauvage et de déséquilibres liés aux fortes densités. Sur les reptiles – principales proies des faisans –, les preuves demeurent fragiles.
Pour les colverts, le constat est plus étayé. Une vaste étude génétique publiée en 2023 dans Communications Biology conclut que les lâchers de canards issus d’élevage continuent d’altérer l’intégrité génétique des populations sauvages. Particulièrement en Europe centrale.
Aux yeux de Pierre Rigaux, ces lâchers traduisent surtout une conception « archaïque » de la nature. « Il faudrait “gérer” la biodiversité pour que la vie s’épanouisse de façon équilibrée, sans trop de prédateurs et avec suffisamment de “gibier” », résume-t-il.
« En réalité, cette gestion est complètement utilitaire dans l’objectif de pouvoir pratiquer une activité récréative, la chasse », assène-t-il.
Le sujet divise jusque dans les rangs cynégétiques. « Certains estiment que le tir des faisans d’élevage n’est pas de la vraie chasse », rapporte-t-il. Mais, selon lui, « le lobby de la chasse fait bloc pour défendre ces élevages ».
Nos Viventia demande désormais aux ministres chargés de l’Écologie et de l’Agriculture leur fermeture et l’interdiction d’en créer de nouveaux.