En France, des millions d'oiseaux sont élevés dans des cages pour être relâchés pour la chasse chaque année. Francois Roger de Loraille, herboriste, a sauvé un faisan qui avait trouvé refuge dans son jardin. Nous publions avec son accord son témoignage.
« Voici Cyrano. Un faisan d’élevage qui devait finir relâché dans la nature… pour être abattu presque aussitôt. Oui, oui : élevé pendant quelques mois, relâché au début du mois d’octobre, puis chassé. Ah bon. Il faudra qu’on m’explique ce qu’il y a d’honorable là-dedans.
Dans mon patelin, il y a un élevage de faisans. Ils y passent quelques mois avant d’être relâchés dans la nature pour la saison de chasse. Et au mois d’août, l’un d’eux s’est échappé. Il a débarqué chez moi et a décidé que mon oasis de verdure ferait plutôt bien l’affaire.
Au début, je l’ai simplement laissé vivre sa vie. Puis je me suis rendu compte qu’il avait quelque chose sur le bec : un dispositif anti-picage en plastique, utilisé en élevage pour empêcher les oiseaux de se blesser entre congénères.
Et là, forcément, j’ai commencé à essayer de l’attraper. Autant vous dire que capturer un faisan qui n’a absolument aucune intention de collaborer n’est pas une mince affaire. Ça m’a pris quelques semaines, mais cette semaine, enfin : mission accomplie.
Une couverture, des gants, un peu de patience… et j’ai pu lui retirer ce morceau de plastique.
Et quand on voit ce truc une fois retiré, avec son système de fixation qui passe au niveau des narines pour rester accroché, je me pose toujours la même question : jusqu’où ira notre besoin de dominer tout ce qui vit ?
Je peux comprendre la pêche, je peux comprendre la chasse, je peux comprendre la cueillette, quand derrière il y a cette idée fondamentale : se nourrir. Je peux même comprendre et respecter certaines pratiques très anciennes, nées à une époque où tuer un animal permettait réellement à une famille de manger et de survivre. Et encore, aujourd’hui, nous avons évidemment beaucoup plus d’alternatives.
Mais élever un animal pendant quelques mois, le maintenir dans des conditions où l’on doit lui installer un dispositif pour l’empêcher de s’attaquer à ses congénères, puis le relâcher pour pouvoir lui tirer dessus quelques jours ou quelques semaines plus tard… non. Je ne comprendrai probablement jamais.
Je pensais naïvement qu’il devait rester quelque chose d’honorable dans la chasse. Une forme de respect de l’animal que l’on tue. Une conscience de ce que signifie prendre une vie pour se nourrir. Là ? Bah… faudra qu’on m’explique.
Peut-être que je me trompe. Peut-être que certains auront d’excellents arguments à m’apporter. Mais en attendant, Cyrano est libre. Je lui ai laissé plusieurs endroits sur mon terrain où il peut trouver de la nourriture. Il peut rester, il peut repartir, il peut faire exactement ce qu’il veut. Et c’est finalement ça qui compte.
J’espère simplement qu’après avoir réussi à s’échapper de son élevage, il ne terminera pas sa courte carrière sous les plombs d’un chasseur. Moi, en tout cas, j’ai fait ma BA. Le reste lui appartient maintenant.
Bienvenue dans la liberté, Cyrano.
Voilà. C’était la belle histoire de la semaine.
Herboristiquement vôtre,
Francois Roger de Loraille. »