Ce 21 août, le gouvernement a publié au Journal officiel un arrêté ministériel renouvelant pour trois ans le classement comme Espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD) pour neuf espèces animales. Les associations vont saisir la justice pour empêcher le carnage.
La science ignorée
Le renard, la martre, la belette, la fouine, le geai des chênes, la pie bavarde, la corneille noire, le corbeau freux et l’étourneau sansonnet pourront être abattus sans quotas et toute l’année, même hors des périodes de chasse.
Les oppositions à cette disposition étaient pourtant nombreuses et argumentées. Le 9 mars 2025, le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) avait publié dans la revue Biological Conservation une étude qui remettait en cause l’efficacité de cette politique pour réduire les dommages attribués à ces espèces.
De même, un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD), recommandait en 2024 « de ne pas reconduire l’arrêté triennal lorsqu’il arrivera à échéance » et préconisait « d’abandonner le principe d’une destruction systématique ».
Les associations de protection de la nature, unanimement opposées à cette politique causant la mort d’au moins 1,7 million d’individus par an, ont activement milité contre l’arrêté et tenté de faire pression via la mobilisation citoyenne.
« Cette décision intervient malgré les 75 000 contributions du public déposées lors de la consultation publique organisée du 9 au 30 juillet 2026 », constate la LPO. « Ces avis étaient pourtant défavorables à 89 % ».
« C’est anti-démocratique. On sait très bien que les consultations publiques sont du vent », regrette Richard Holding, chargé de communication éditoriale de l’ASPAS pour La Relève et La Peste. « Nous appelons malgré tout à la mobilisation, pour occuper le terrain et faire monter la pression. Mais jusqu’à présent, aucun gouvernement en France n’a assez de courage politique pour s’affranchir du lobby de la chasse ».
La bataille se poursuit en justice
Face à l’obstination gouvernementale à permettre la destruction systématique de millions d’animaux, de nombreux militants pour la protection du vivant témoignent de leur découragement et de leur colère.
« Dans un contexte de cataclysme climatique, la priorité devrait être la préservation de la nature, pas sa destruction ! », s’indigne l’ASPAS dans un communiqué. « En maintenant, pour 3 années supplémentaires, une réglementation aussi moyenâgeuse qui n’existe nulle part ailleurs en Europe, la France assume sa place de dernière de la classe quand il s’agit de préserver la petite faune sauvage. »
L’ASPAS va saisir la justice, tout comme la LPO qui prépare un nouveau recours devant le Conseil d’État contre cet arrêté. Le 13 mai 2025, le Conseil d’État avait annulé le classement de la martre dans les 26 départements concernés, en raison de l’absence de données de suivi de l’espèce. « On a bon espoir d’avoir à nouveau gain de cause sur cette espèce », affirme Richard Holding, qui trouve aussi une source d’optimisme dans la mobilisation citoyenne.
« Côté politique, c’est la catastrophe, constate-t-il. Ce qui nous fait tenir, c’est la pression citoyenne croissante contre les classements ESOD ».