Avec l’arrêt de trois réacteurs de centrales nucléaires, dans un contexte de canicule, la ruée vers le tout-électrique pose des questions au développement effréné de l’électricité nucléaire en France.
Trois réacteurs nucléaires sont à l’arrêt et sept autres fonctionnent à puissance réduite, en raison de la chaleur qui règne sur la France dimanche 12 juillet. Parmi ceux arrêtés : les réacteurs n°2 à Golfech (Tarn-et-Garonne), au bord de la Garonne, n°3 au Bugey (Ain), au bord du Rhône, et n°2 à Chooz (Ardennes).
Afin de refroidir leurs installations, les centrales nucléaires prélèvent de l’eau provenant de la mer ou de cours d’eau. Cette eau est ensuite rejetée plus chaude qu’elle n’a été prélevée sous forme liquide ou gazeuse. Or, lors d’une période prolongée de sécheresse ou de canicule, le niveau des cours d’eau est généralement plus bas et leur température plus élevée.
La centrale nucléaire de Golfech a été stoppée dès le 23 juin à cause de l’augmentation de la température de la Garonne à 28°C en amont de la centrale. L’eau réintroduite en aval, après refroidissement des réacteurs, ne doit pas dépasser 28 °C, sachant que les effluents rejetés font augmenter la température de l’eau du fleuve de 0,2 °C en moyenne.
Ce respect de la température du fleuve, entre le 1er juin et le 30 septembre, a pour but de préserver la vie aquatique et celle qui en découle. Romain Phillippeau, responsable communication de la centrale de Golfech rassure sur l’attention qu’EDF porte au réchauffement climatique et à l’adaptation des centrales : « Baisser ou arrêter la production, c’est déjà s’adapter. » Il cite aussi la recherche au sein d’EDF, notamment à travers le projet ADAPT initié en 2021.
Électrifions la France !
La veille de l’arrêt de Golfech, le gouvernement a lancé sa campagne « Électrifions la France ». Le but : promouvoir, malgré les pannes de surchauffe récentes, les avantages de l’électrique pour le quotidien, les déplacements, le chauffage et la climatisation, les centres de données, l’industrie.
Cette électricité continue à être majoritairement nucléaire, comme l’a décidé Emmanuel Macron lors du discours de Belfort en février 2022. C’est là qu’il a lancé le programme EPR2 qui consiste à construire 6 nouveaux réacteurs intégrés par paires aux centrales du Bugey (Ain), de Penly (Manche) et Gravelines (Nord). En janvier prochain, le président devrait annoncer la mise en œuvre de 8 réacteurs EPR supplémentaires, dont 2 potentiels à Golfech.
Pour Julien Syren, codirecteur de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), « Il y a un angle mort sur la réflexion nucléaire et le réchauffement climatique. »
Si chaque centrale nucléaire a ses propres règles encadrant le prélèvement et le rejet d’eau (en fonction des fleuves), il existe des dérogations. D’abord lors de la canicule de 2003, puis, à partir de 2006, un décret prévoyait un régime classique assorti d’un régime souple. Après la canicule de 2022, de nouvelles dérogations sont lancées : « la loi court après le réchauffement », commente Julien Syren.
Plus chaud, plus sec, plus cher
Pourtant, l’intensification des contraintes climatiques coûte cher. La Cour des comptes a relevé depuis 2018 des arrêts de plus en plus nombreux pour causes climatiques. En s’appuyant sur le Rapport Futurs énergétiques 2050, d’octobre 2021 et d’autres études récentes d’EDF, la Cour met en exergue « un taux d’indisponibilité [des centrales nucléaires et hydroélectriques] multiplié par trois ou quatre d’ici à 2050. », alors même que le changement climatique va aussi entraîner une demande croissante en électricité.
« Pourtant au niveau des instances politiques, c’est la sourde oreille », déplore la Criirad.
L’instance qui décide de tout, le Conseil de politique nucléaire, ne comporte que des ministres. Personne d’EDF, aucun organisme de recherche ou représentant les collectivités, encore moins les habitants.
Force est de constater qu’en matière de nucléaire prévaut cet adage : « ce que veut le roi, veut la loi. »
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