Quinze rochers déposés au fond de la Méditerranée. C'est pour cette action symbolique, visant à lutter contre le chalutage de fond, menée en mai 2025 dans le golfe du Lion, que Greenpeace France a comparu le jeudi 2 juillet 2026 devant le tribunal administratif de Montpellier.
Quinze rochers contre le chalutage de fond
Quelques semaines avant la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC), organisée à Nice en juin 2025, Greenpeace avait immergé quinze blocs rocheux dans une aire marine protégée, afin d’empêcher le passage des chaluts de fond, une technique de pêche reconnue pour ses impacts dévastateurs sur les habitats et les espèces marines.
« Nous avions le sentiment que les moyens classiques ne suffisaient plus à faire bouger les lignes » commence François, chargé de campagne océan chez Greenpeace France, pour La Relève et La Peste.
« Aujourd’hui, on parle d’aires marines protégées alors que le chalutage de fond y est toujours autorisé. Les rochers avaient aussi pour but d’obliger le gouvernement à regarder le problème en face ».
À la suite de cette opération, le préfet des Pyrénées-Orientales a engagé quinze procédures administratives, une par rocher, visant Greenpeace France et le capitaine de l’Arctic Sunrise. L’État demande jusqu’à 90 000 euros d’amendes et exige le retrait des blocs sous astreinte financière.
Du chalutage dans des zones dites protégées
« La France s’est engagée à protéger 30 % de ses océans d’ici 2030 », explique François. Pourtant, les zones réellement protégées où le chalutage est exclu restent extrêmement limitées.
« La France affiche près de 40% d’aires marines protégées. Mais si l’on regarde les zones où le chalutage est réellement interdit, on tombe à environ 0,01 % des eaux françaises » affirme le chargé de campagne océan.
Selon une analyse de l’association BLOOM, les chalutiers ont cumulé plus de 300 000 heures de pêche dans les aires marines dites protégées françaises en 2024, soit environ 40 % du temps de chalutage pratiqué en France.
Cette situation alimente, selon Greenpeace et plusieurs organisations environnementales, un décalage entre les objectifs de protection affichés et les pratiques effectivement autorisées.

Transportés à bord de l’Arctic Sunrise, les rochers ont été disposés de façon à quadriller un périmètre pour y empêcher le chalutage de fond.
Procès des rochers anti-chalut
Lors de l’audience du 2 juillet, le rapporteur public a recommandé le rejet des poursuites engagées par le préfet, estimant que celui-ci n’était pas compétent pour agir dans une aire marine protégée, cette compétence relevant selon lui de l’Office français de la biodiversité (OFB). Dans ses conclusions, il a ainsi remis en question la légalité de la procédure engagée contre Greenpeace et le capitaine du navire, un point qui pourrait peser dans la décision finale.
« C’est un signal encourageant, mais le juge reste libre de sa décision. Nous restons optimistes tout en étant prudents », conclut François. La décision est attendue dans les quinze prochains jours.
Au-delà du sort des quinze blocs rocheux, l’affaire relance le débat sur l’efficacité réelle des aires marines protégées françaises, à l’heure où les engagements internationaux appellent à renforcer la protection des océans.
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