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A Aubervilliers, les habitants ne lâchent rien pour sauver leur poumon vert de 3000m2 de la bétonisation

« Il faut redonner aux citoyens la gestion de leur ville, sans quoi on va droit au mur », conclut Maryse. 

À quelques encablures du canal de l’Ourcq, à Aubervilliers, le jardin « Terre Terre » est une oasis en sursis. Lieu de vie, potager, poumon vert et espace pédagogique, ce havre de paix est menacé par un projet immobilier dévorant, porté par le promoteur Icade.

Un lieu de vie, bien plus qu’un potager

Ferme urbaine participative de 3000 m2 au bord du canal Saint-Denis, « Terre Terre » ne se résume pas à quelques tomates. C’est un écosystème social.

« C’est convivial, c’est culturel, tout le monde se mélange, tout le monde échange », témoignent Alfonso et Delphine, quarantenaires et récents propriétaires du quartier, pour La Relève et La Peste. Le lieu est devenu une parenthèse vitale dans une ville qui manque cruellement de respirations.

« Ce n’est pas seulement un lieu de jardinage, c’est aussi un lieu de vie de quartier. Là, vous voyez, jeudi, vendredi et samedi, quand on ouvre, il y a plein de monde, des gamins, de la musique. Il y a une convivialité, une vie de quartier, une mixité sociale et culturelle merveilleuse ! » 

Ce jardin est aussi un trait d’union intergénérationnel. Pour les enfants, c’est une école à ciel ouvert. Pour les plus âgés, c’est une oasis de fraîcheur vitale face aux canicules.

« Quand c’est la canicule, rien n’est fait. Les gens crèvent de chaud, on ne prend pas la mesure de ce qui se passe », déplore Maryse, professeure de philosophie et figure historique des combats locaux pour La Relève et La Peste.

Loann, trentenaire débutant en jardinage, confie son attachement au lieu : « Mon rituel : je viens avec mon vélo, j’arrose mes plantes, je désherbe, je les tuteurise. J’aime jardiner car je suis curieux d’apprendre les mécanismes du vivant. Cela m’apporte une activité en-dehors des cadres urbains. Je souffre du manque de vert en vivant Porte de la Villette. »

L’illusion de l’écologie politique

Aujourd’hui, le jardin est menacé par l’édification d’une « muraille » de béton s’étirant le long du canal, composée de bâtiments atteignant jusqu’à huit étages.

Delphine souligne l’absurdité de la situation : « La presse locale parle de Terre Terre comme d’un lieu à découvrir, alors qu’en même temps, la mairie veut fermer cet endroit pour mettre du béton. C’est contradictoire. »

Cette densification massive couperait les vents dominants et créerait une barrière opaque, privant définitivement le quartier de lumière et de fraîcheur.

« Il n’y a que des projets de construction d’immeuble sur immeuble. Ils ont bouché tous les trous, il n’y a plus d’espaces verts », lance Maryse, qui souligne dix ans de lutte contre le béton. « La ville paye pour déminéraliser, et là, qu’est-ce qu’ils font ? Ils construisent du minéral, c’est du délire absolu », ajoute-t-elle.

Un tournant : le dialogue imposé

Le bail de l’association était censé prendre fin en septembre. Le lundi 22 juin, le collectif a été reçu par l’adjointe au maire, Caroline Faye. Ce rendez-vous a marqué une étape décisive.

Tous se sont réunis pour exposer leurs visions et leurs idées. À l’issue de la réunion, les membres du collectif ont l’air rassurés. La mairie leur a promis lors du rendez-vous qu’ils n’auraient pas à partir en septembre. Un répit salutaire.

« C’était tout de même un échange extrêmement positif comparé aux précédents ! » se félicite Maryse. Le rapport de force citoyen a payé.

Alfonso surenchérit : « Les élus nous ont vraiment fait comprendre qu’ils ont à cœur de préserver l’espace. De quelle manière et sous quelle forme précise, cela reste à définir. Ils semblaient vraiment en phase avec nous. Après, rien n’est encore garanti car ils nous expliquaient qu’il faudra trouver un moyen d’honorer l’investissement du promoteur immobilier, d’une manière ou d’une autre. » 

Une lueur d’espoir brille. Les élus semblent enfin être résolus à écouter les habitants et les besoins à la fois sociaux et écologiques de la ville d’Aubervilliers. Il faudra être déterminés et vigilants, mais un compromis semble envisageable. Pour les réponses définitives, il faudra attendre.

 « J’espère vraiment qu’on pourra préserver Terre Terre ! Sinon, ça mettrait un coup sur mon besoin de vivre en ville autrement. C’est un espace qui sort des cadres des logiques marchandes, et où on peut cultiver ce que l’on mange. C’est précieux. » confie Loann, qui commence à récolter fraises et cornichons sur sa parcelle, pour les pastèques il faudra patienter.

« Il faut redonner aux citoyens la gestion de leur ville, sans quoi on va droit au mur », conclut Maryse.

Le jardin « Terre Terre » est devenu le symbole d’une transition urbaine où l’humain et le vivant reprennent leurs droits.

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Léonore Suied

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