Seulement deux jours après la fin du méga-feu qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde, la Préfète a autorisé le lancement du projet Pure Salmon. Les habitants opposés au projet dénoncent « un non-sens écologique » alors que le département subit des restrictions d’eau massive depuis juin.
Un élevage hors-norme
Depuis 4 ans, l’entreprise Pure Salmon projette d’implanter la première ferme terrestre de saumons de France sur un terrain de 14 hectares à Verdon-Sur-Mer, au bord de l’estuaire de la Gironde. Ce projet rencontre une forte opposition de la population locale.
Parmi leurs griefs : le rejet de plusieurs milliers de tonnes de boues et de nutriments (azote et phosphore) par an directement dans le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde, une menace pour la conchyliculture et la pêche locale, le risque de saliniser une réserve d’eau potable, et surtout, une pression énorme sur la ressource en eau.
« Le dossier annonce 6 500 m³ d’eau pompés par jour. La méthode de calcul officielle (FranceAgriMer) donne un besoin réel de 22 000 à 39 000 m³/jour, soit jusqu’à 6 fois plus. Pure Salmon annonce 237 litres d’eau par kilo de saumon produit, soit sept fois moins qu’Atlantic Sapphire, le seul industriel comparable au monde, qui en consomme 1 690 litres. Une performance jamais démontrée, par un fonds d’investissement qui n’a encore jamais produit un seul saumon », rappelle Seastemik.
Et ce, dans un département régulièrement soumis à la sécheresse et d’importants incendies. Les récents événements en ont été un rappel brutal. L’incendie parti de Saumos a ravagé la Gironde avec 42 000 hectares brûlés, 224 000 personnes évacuées, plus de 150 maisons détruites au Porge.
De surcroît, depuis juin, la Préfecture multiplie les arrêtés de restriction d’eau : « plusieurs bassins versants girondins sont classés en alerte renforcée, d’autres en crise », rappelle l’ONG Seastemik.
Un déni démocratique
Pourtant, sans même prendre le temps de rencontrer les élus et associations opposés au projet, Sophie BROCAS, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde, a signé ce 3 août 2026 l’arrêté préfectoral d’autorisation environnementale du projet de la société Saumon du Médoc.
« Cette autorisation est une décision irresponsable. Alors que la Gironde brûle et manque d’eau, la Préfète ignore les avis défavorables de l’ensemble des instances scientifiques compétentes et méprise les demandes de dialogue des élus et professionnels locaux. C’est un fiasco, une catastrophe annoncée pour l’estuaire », dénonce Esther Dufaure, co-fondatrice et co-directrice de Seastemik
En effet, le 2 juillet, lors de la tenue du CoDERST, les deux seules hydrogéologues de l’État à avoir examiné l’intégralité du projet ont voté contre son autorisation. La ministre de la Transition écologique avait même exigé, par écrit, que les dernières études produites par Pure Salmon soient soumises au BRGM avant toute décision. Sa demande est restée lettre morte. La Préfète a signé sans attendre.
« En pleine catastrophe climatique, autoriser une méga usine à saumon qui vise à produire plus de 10 000 tonnes de saumons par an, c’est persister dans un modèle industriel à contretemps de l’urgence écologique. Nous avons besoin de protéger nos ressources, de renforcer la résilience de nos territoires et de préparer l’avenir. Pas d’accélérer encore la fuite en avant industrielle », a réagi de son côté le député Benoît Biteau
Face à ce déni majeur des impacts dévastateurs de la crise climatique sur le territoire, la coalition « Usines de Saumons, Non merci » contre-attaque. Elle va déposer un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux, aux côtés du cabinet TTLA et d’une dizaine d’ONG co-requérantes.
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