Si la contamination des sols, de l’eau ou de l’alimentation par les pesticides est bien connue, leur présence dans l’air est beaucoup moins documentée. Pourtant, les pesticides peuvent se retrouver dans l’atmosphère et contaminer des zones situées loin des sites où ils sont épandus, avec de potentielles conséquences sanitaires et environnementales. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Aix-Marseille décrit leur « seconde vie » dans l’air.
Selon ces chercheurs qui ont réalisé une étude sur la persistance des pesticides dans l’atmosphère, parue dans la revue Atmospheric Environment: X, ce phénomène, bien que connu depuis les années 1960, est largement sous-estimé, malgré son impact potentiel sur la santé et l’environnement.
« Pendant et après leur application, une fraction substantielle des pesticides épandus peut rejoindre l’atmosphère – jusqu’à 60 % dans certaines conditions – sous forme de gaz, de gouttelettes ou de poussières contaminées », expliquent des chercheurs de l’Université Aix-Marseille dans un article de The Conversation.
Il était jusque-là considéré que les pesticides étaient présents dans l’atmosphère sous forme de gaz uniquement. Or, ils existent aussi sous une forme particulaire, en se fixant à des poussières ou à des aérosols en suspension dans l’air.
D’après les chercheurs, la dégradation des pesticides en phase particulaire est jusqu’à 132 fois plus lente que ce que prédisent les modèles en phase gazeuse : ainsi associés à des particules protectrices, les pesticides persistent durablement dans l’air.
Des demi-vies de plusieurs mois
Pour étudier le devenir des pesticides dans l’atmosphère, les chercheurs ont recréé en laboratoire une atmosphère simplifiée dans un petit réacteur et ont utilisé des particules de silice faisant office de particules atmosphériques.
« Ces particules, chargées en pesticides, ont ensuite été introduites dans le réacteur atmosphérique parcouru, pendant plusieurs heures, par un flux d’air contenant les principaux oxydants atmosphériques (ozone et radicaux hydroxyles, OH) », détaillent les auteurs. « À intervalles de temps réguliers, un échantillon de particules est prélevé dans le réacteur pour mesurer la quantité de pesticides résiduelle et suivre leur disparition progressive. »
Neuf pesticides, couramment utilisés en France, notamment dans les vignes, ont été étudiés. L’expérimentation a montré que leur demi-vie pouvait atteindre plusieurs semaines, voire mois.
Prenons l’exemple du folpet, classé comme cancérogène suspecté, dont la demi-vie est de 220 jours en présence d’ozone : cela signifie que sa concentration a diminué de moitié seulement au bout de 220 jours. C’est la demi-vie la plus élevée retrouvée.
Or, le folpet est l’un des pesticides étudiés par l’Inserm pour son rôle dans les leucémies d’enfants, lorsqu’ils habitent à proximité de grandes surfaces viticoles.

La base de données PhytAtmo : 20 ans de suivi des pesticides dans l’air
Des données à prendre en compte dans les réglementations
« Portés par les vents, ces pesticides ont alors largement le temps de parcourir de nombreux kilomètres, bien au-delà des champs où ils ont été appliqués », précisent les auteurs.
Ainsi, certaines substances interdites depuis plus de 20 ans sont encore présentes dans l’air du fait de leur persistance environnementale. C’est pourquoi depuis le 30 mars, Atmo France propose une carte nationale interactive présentant les concentrations de pesticides dans l’atmosphère.
Résultat : des pesticides – fongicides, herbicides ou insecticides – sont présents dans l’air sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Celui dont les concentrations sont les plus élevées est le prosulfocarbe, un désherbant très utilisé sur les cultures de céréales, pommes de terre, oignons et pour certaines plantes aromatiques. Il peut causer des allergies cutanées aux humains, et il est toxique pour les milieux aquatiques. Par la dispersion dans l’air, il contamine régulièrement des potagers de particuliers.
Prendre en compte la répartition des pesticides entre les phases gazeuses et particulaires est ainsi essentiel pour décrire au mieux leur comportement et adapter la réglementation. Actuellement, il n’existe pas de valeurs réglementaires à ne pas dépasser pour les pesticides dans l’air.
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