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Les pesticides ne sont jamais évalués sur leur toxicité complète, un danger méconnu

Il en est ainsi pour ce que l’on appelle le « glyphosate ». Il n’existe qu’en mélange avec des substances toxiques comme l’arsenic, mais aussi d’autres métaux lourds.

Cette tribune de Gilles-Eric Séralini et Gérald Jungers révèle un enjeu de santé publique majeur : les pesticides ne sont jamais évalués sous leur forme réellement commercialisée, mais uniquement via quelques composants déclarés par l’industrie. Une pratique validée par les agences sanitaires, alors que les formulations vendues contiennent des mélanges bien plus toxiques (métaux lourds, résidus pétroliers cancérogènes, co-formulants non déclarés), comme l’a confirmé une étude internationale publiée dans Environmental Sciences Europe. Signé par 43 scientifiques de cinq continents, ce travail met en lumière une fraude systémique qui explique la persistance de polluants responsables de maladies chroniques, du déclin de la biodiversité et même d’effets sur le climat.

Depuis la seconde guerre mondiale, nous sommes de plus en plus contaminés par les produits chimiques qui pénètrent dans nos corps, en poussières mais stables jusqu’à l’infiniment petit. Ceux-ci, parce qu’ils agissent comme des spams à long terme, sont générateurs de maladies chroniques, de cancers, dégénérescences nerveuses, entre autres, dont toutes les familles souffrent de nos jours.

Cela est aussi vrai au niveau de la biodiversité, chargée de résidus de pétrole dont sont issus les pesticides et les plastifiants, d’ailleurs les nanoplastiques sont actuellement autorisés dans les pesticides.

L’épandage des pesticides dérègle aussi le climat, comme l’a souligné le GIEC. Les dérivés de plastique sont eux visibles dans l’ensemble des plages du monde, l’océan et la biosphère. Nous sommes les enfants du pétrole diront les anthropologues de demain, s’ils parviennent à exister.

Nous avons dénoncé cela en novembre 2025 avec quarante-trois scientifiques de cinq continents, experts de premier plan international en toxicologie des pesticides et polluants, aussi bien qu’en environnement et santé. Et nous avons des solutions. Nous nous sommes réunis dans une revue scientifique à haut facteur d’impact, qui vient d’être publiée dans Environmental Sciences Europe.

Elle dénonce les fraudes et malversations des évaluations réglementaires actuelles des toxiques, entre autres les pesticides. Par exemple, nous avons découvert que ces derniers n’étaient jamais testés tel que commercialisés, mais simplement au niveau des produits étiquetés par l’industrie, ce qu’entérinent les agences sanitaires. Les produits déclarés ne sont pas toujours les plus actifs dans les mélanges vendus.

Il en est ainsi pour ce que l’on appelle le « glyphosate », un des composants du principal pesticide du monde, de la famille des Roundup. Depuis plusieurs années, nous avons publié qu’il n’existe qu’en mélange avec des substances toxiques comme l’arsenic, mais aussi d’autres métaux lourds, et en plus avec des résidus cancérogènes de pétrole non déclarés ayant eux-mêmes des capacités pesticides.

Cela est encore vrai pour d’autres pesticides, et amplifie considérablement plusieurs milliers de fois, et frauduleusement, la toxicité des substances déclarées par l’industrie. Nous l’avons dénoncé depuis longtemps auprès des agences sanitaires nationales et internationales ; des procédures judiciaires sont en cours.

Des associations et une coalition d’ONG européennes (Pan Europe et Secrets Toxiques) se sont inspirées de nos travaux pour gagner auprès de la Cour de Justice de l’Union Européenne. En effet les pesticides doivent être évalués complètement et non simplement sur certains de leurs composants déclarés, comme le font depuis leur création les agences règlementaires. Une révolution de l’évaluation toxicologique s’impose donc.

Il faut absolument sortir de ce monde de compromissions. Celles-ci ont déjà conduit certains des responsables en prison aux Etats-Unis dans les années 1980. Cependant les produits mis en cause sont toujours dans l’environnement et vendus comme les PFAS, les bisphénols, les PCB développés par Monsanto devenue Bayer…

En effet, cela ne change pas malheureusement les accords commerciaux internationaux. Ceux-ci n’entérinent pas les décisions de justice comme dans les condamnations de Monsanto-Bayer (anciennement Mobay autour de la seconde guerre mondiale). Cela est évident au sujet des condamnations récentes de plus de 10 milliards de dollars pour les fraudes de déclaration au bénéfice des malades atteints des cancers provoqués par les Roundup. Néanmoins cela n’oblige pas les changements de règlementations qui nous auraient permis d’éviter la propagation de tous ces polluants à travers le monde, causant la plupart des maux actuels que nous dénonçons.

Les erreurs connues du système économique génèrent la mauvaise santé végétale, animale et humaine, par une promotion du modèle intensif agricole sous-évaluant intentionnellement la toxicité des pesticides et plastifiants, produisant une alimentation délétère mondiale.

Le tout est subventionné par la privatisation de nos impôts. Les plus gros budgets sont en effet fléchés pour l’agriculture intensive sur un schéma de croissance, qui pour finir, sous prétexte de donner des aides aux agriculteurs, provoque l’utilisation massive de pesticides qui sert de fait à enrichir les grands chimiquiers.

Nous proposons des solutions simples : une division par au moins cent des seuils de toxicité réglementaires des polluants pour les produits existants, et une évaluation complète à long terme pour les nouveaux produits commercialisés, en lieu et place de certains de leurs composants comme le font aujourd’hui les industriels et les agences. De plus, la transparence des données des agences et des industriels est essentielle, au lieu de la confidentialité qui couvre en ce moment ces usages, pour éviter les malhonnêtetés.

D’autre part, le développement des pratiques agroécologiques est plus qu’indispensable pour la biosphère, notre alimentation et notre devenir. Il a été montré qu’il est possible de nourrir le monde avec une alimentation moins carnée excluant le modèle des camps de concentration animaux.

L’agriculture mondiale sert aujourd’hui en effet davantage à nourrir les cochons, les poulets et les vaches pour les pays riches que les enfants qui ont faim, comme ne l’ont pas vanté certains tenants de la révolution verte. Hélas, cela s’est fait au détriment des forêts, avec la surexploitation des terres arables. Elle existe aussi dans la dénaturation accélérée de l’océan par la surpêche.

Nous avons les moyens de sauver le monde ; mais trop de faiblesses politiques empêchent aujourd’hui les décisions qui s’imposent.

*Gilles-Éric Seralini est professeur de toxicologie et biologie moléculaire à l’Université de Caen Normandie,

*Gérald Jungers, chercheur associé, ils sont membres du Pôle Risques, Qualité et Environnement Durable de la MRSH.

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