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Les insectes sont indispensables dans les écosystèmes : il est urgent de les sauver !

Sans les insectes, l’homme perdrait en moyenne 30 % de ses récoltes alimentaires mondiales. Des légumes et des fruits comme les pommes, la famille des choux, le cacao, ou les fraises disparaîtraient.
8 juillet 2021 - Liza Tourman
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Selon un proverbe français : « Qui méprise les petites choses n’en aura jamais de grandes. ». Alors qu’avec plus d’un million d’espèces répertoriées, les insectes rassemblent les animaux les plus diversifiés au monde ; de très nombreuses espèces sont aujourd’hui en voie d’extinction. Pourtant, les insectes sont des alliés essentiels à la survie des écosystèmes, de la biodiversité et de la nôtre. Face à la crise écologique et climatique, il est grand temps de changer de regard pour apprendre à les aimer, et les sauver.

État des lieux d’un déclin en constante augmentation

On décompte sur terre plus d’un milliard de milliards de spécimen, composant une biomasse supérieure à celle de tous les êtres vivants terrestres, humains compris. On estime qu’il y a en moyenne 200 millions d’insectes par individu. Malgré ce chiffre impressionnant, une analyse globale recense le déclin de leurs populations de 1 à 2 % par an.

Des chercheurs estiment que d’ici 100 ans, tous les insectes auront disparu, au risque de faire disparaître toute vie sur terre.

David Wagner, chercheur à l’université du Connecticut, l’affirme : « la nature est en état de siège ».

Lire aussi : L’effondrement des insectes : une catastrophe pour la survie de l’homme

En 2017, une étude inquiétante a révélé qu’en Allemagne, en quasiment trente ans, 75 % de la biomasse des insectes volants avait cessé d’exister. Pire encore, en 2019, des travaux annoncent que 40 % des espèces pourraient s’éteindre au cours des prochaines décennies.

Malgré toutes ces mises en garde, la disparation de ces populations continue. Plusieurs vecteurs en sont responsables. Dans un premier temps, il y a l’agriculture intensive qui, en plus de détruire les habitats, utilise des produits phytosanitaires dont certains pesticides mortellement connus sous le nom de néonicotinoïdes.

Parmi eux, l’immidaclopride, le chlothianidine et le thiametoxame. Parmi les victimes et non des moindres, nous évoquerons les abeilles, nées il y a 65 millions d’années. En effet, quelques milliardièmes de gramme suffisent pour la tuer au moindre contact. Les abeilles butineuses et fécondeuses sont les principales touchées.

Lire aussi : Les néonicotinoïdes continuent de tuer les pollinisateurs des années après leur interdiction

Le réchauffement climatique joue, lui aussi un rôle prédominant. En effet, toujours selon le professeur Wagner :

« Les insectes sont vraiment vulnérables à la sécheresse[…] Des êtres comme les libellules ou les demoiselles peuvent se déshydrater jusqu’à la mort en une heure si le taux d’humidité est très bas. »

Lire aussi : La sécheresse pourrait être la « prochaine pandémie », avertit l’ONU

Autre, facteur de déclin, l’artificialisation des sols. Tout d’abord, parce qu’elle détruit leurs habitats via la transformation des terres naturelles aux fins d’urbanisation mais aussi par la perte des espaces floraux, de sites de nidifications et d’hibernation. On peut y ajouter la canalisation des cours d’eau, l’asséchement des zones humides et la pollution lumineuse extérieure.

Un dernier facteur, moins évident mais tout aussi important : les préjugés que nous portons à ces espèces. Nombre d’individus ont cette vision erronée selon laquelle les insectes seraient des parasites transmettant uniquement des maladies. Pourtant, ces derniers ne représentent qu’une infime partie de cette famille qui constituent, dans leur immense majorité, des alliés nécessaires à la survie de la vie sur terre.

Lire aussi : Les zones humides sont essentielles pour limiter les inondations et protéger la biodiversité

Avoir des Mantes religieuses dans son potager, c’est s’assurer d’avoir un chasseur d’insectes hors normes à ses côtés ! La mante religieuse est protégée en France. Crédit : David Clode

Rôles des insectes dans l’agriculture et la sauvegarde de la biodiversité

Les insectes constituent des « auxiliaires de culture » indéniables. Ils sont ainsi des « organismes pouvant être utiles à l’homme », ainsi que le rappelle Raphaël Rouzes, éco-entomologiste agricole.

Parmi les rôles qu’ils jouent, on y trouve ceux de digesteur de la matière organique, pollinisateur, destructeur de ravageurs (qu’ils peuvent aussi être, tout est question d’équilibre), etc.

Les insectes sont essentiels et ont une place majeure dans le bon fonctionnement de nos écosystèmes. En France, 7500 insectes sont concernés par le milieu de l’agriculture dont 5500 comme aide directe.

Ainsi, ce que nous nous évertuons à faire passer comme indispensable, autrement dit les pesticides, sont déjà présents dans la nature, sans effet mortifère pour le reste du vivant. Les insectes décomposent les déchets pour les transformer en matière organique assimilable par les plantes, mais nettoient aussi notre environnement.

En Australie, les mouches et les scarabées assainissent les sols via la désagrégation d’excréments d’animaux comme le koala ou le kangourou, évitant ainsi la propagation de bactéries potentiellement dangereuses pour l’homme. Ils aident aussi à la fertilisation. Pour la petite anecdote, une étude a démontré que ce sont les fourmis qui nettoient les rues de New-York.

Leur rôle de pollinisateur est sans doute l’un des plus importants, car bien que quelques plantes soient en autogestion, la plupart d’entre elles nécessitent l’aide des insectes qui transportent leur pollen vers d’autres fleurs. Il y a un réel rapport mutualiste entre la plante et le pollinisateur. Elle le nourrit et lui, l’aide à se reproduire.

En effet, 80 % des végétaux dépendent de la pollinisation. Les abeilles permettent ainsi aux plantes de se reproduire vers les périodes de l’année aux températures plus élevées. Il est recensé 100 000 espèces d’abeilles sur la planète, 2500 en Europe dont 1000 en France.

Sans les insectes, l’homme perdrait en moyenne 30 % de ses récoltes alimentaires mondiales. Des légumes et des fruits comme les pommes, la famille des choux, le cacao, ou les fraises disparaîtraient.

Puis, il faut rappeler que les insectes font partie intégrante de la chaîne alimentaire. Grand nombre d’oiseaux s’en nourrissent car ils sont une source de nourriture quasi intarissable. Ils font aussi le festin d’amphibiens, de reptiles, de la chauve-souris et d’arachnides.

Cependant, les insectes contaminés par des pesticides sont du poison pour une grande majorité d’oiseaux, dont le nombre est, lui aussi en chute libre.

Lire aussi : Les néonicotinoïdes : La LPO attaque en justice les industriels de l’agrochimie pour le déclin des oiseaux des champs.

En plus de la place essentielle qu’ils occupent dans le fonctionnement des écosystèmes et le maintien de la biodiversité, certains d’entre eux sont des insectes dits sociaux, doués d’une certaine forme d’intelligence. Ce qui donne une raison de plus de les estimer et de les protéger.

Les abeilles, des pollinisateurs bien connus et fragiles – Crédit : USGS

Les insectes sociaux

Certains d’entre eux sont prénommés « insectes sociaux » car ils vivent de manière très complexe et organisée. Les interactions entre eux prennent des formes insoupçonnées. Parfois même, ils inspirent l’homme dans différents domaines comme en architecture.

Les insectes ont ainsi un rapport inédit au vivant qui en font des magiciens des écosystèmes.

Par exemple, les termites et les fourmis cultivent des champignons ou encore certaines de ces dernières coopèrent avec des guêpes pour se protéger d’autres fourmis ; ou vont jusqu’à chasser des animaux plus volumineux qu’elles, adaptant la rapidité de leur trajet entre le nid et la source de nourriture.

Tout comme les termites, elles construisent des nids dont la complexité inspire nos propres architectes. Voici, un extrait d’«Origines et fonctions de la variabilité chez les insectes sociaux », de Guy Theraulaz, Jacques Gautrais and Jean-Louis Deneubourgqui met en avant l’intrication de leur fonctionnement :

« Ainsi, les colonies d’insectes sont capables de produire des structures qui peuvent se développer sur de très grandes échelles comme les réseaux de pistes réalisés par les fourmis de l’espèce Formica lugubris qui couvrent plusieurs hectares et qui atteignent plusieurs dizaines de kilomètres, soit plusieurs millions de fois la taille d’une seule fourmi (Cherix, 1980). (…). Les insectes sociaux réalisent également des structures régulières, parfois très sophistiquées, comme les architectures de nids qui sont construites par des guêpes tropicales du genre Chartergus (Jeanne, 1975) et certaines espèces de termites africains comme Apicotermes arquier (Desneux, 1956). »

Crédit : Prabir Kashyap

Dans le registre de la communication, les insectes sociaux ont recours à la libération de phéromones appropriés à chaque situation (défense de la colonie, recherche de nourriture ou de partenaires sexuels).

Le système le plus connu est la danse des abeilles qui leur permet d’indiquer l’emplacement des fleurs riches en nectar et en pollen. L’éclaireuse clairsemée de pollen resté accroché à ses poils, exécute un ballet devant les butineuses qui la touchent de leurs antennes pour saisir ses odeurs et ses mouvements.

C’est ce que nous appelons l’intelligence collective. La ruche en est un exemple parfait. Qui n’a jamais entendu le bourdonnement incessant à l’approche de l’une d’elles ? Démontrant par là-même la grande activité et force de vie qui s’y déroulent en permanence.

Tout récemment, une équipe de chercheurs a également découvert que les Titanoptères, une espèce d’insecte vivant durant la période du Carbonifère, il y a environ 310 millions d’années, étaient capables d’émettre des signaux de communication variés, acoustiques ou visuels, à l’instar de nombreux insectes actuels.

« Cette découverte révèle que les insectes étaient capables de communiquer il y a plus de 310 millions d’années, soit plusieurs millions d’années plus tôt que ce que les précédentes études avaient communément admis. L’étude met aussi en évidence une diversité fonctionnelle chez les insectes bien plus grande qu’envisagée jusqu’à présent. » précise le Muséum national d’Histoire naturelle

Pour tous ces rôles que nous avons évoqués plus haut ainsi que leur certain caractère social et organisationnel, il semble évident que la protection et la préservation des insectes doivent être diffusées et renforcées au maximum.

Le Mélibée, une espèce de papillon menacée en France – Crédit : Yann Baillet

A notre échelle, nous pouvons les aider en militant contre l’usage des engrais chimiques, en aménageant des composteurs et en installant des hôtels à insectes dans nos jardins. A plus forte raison, en cessant de les utiliser nous-mêmes quand c’est le cas.

Les chercheurs proposent de créer des milieux habitables en tondant moins et en plantant des espèces endémiques à nos régions.

Comme nous l’avons dit plus haut, il est aussi nécessaire de lutter contre les a priori visant ces populations. Néanmoins, bien qu’elles soient encore peu nombreuses au vu de la gravité de la situation, certaines initiatives sont prises pour sauvegarder cette communauté.

Depuis 1985, des bourdons d’élevages, élevés à des fins commerciales, ont vu le jour. En Suisse, plus de 19 000 apiculteurs entretiennent environ 17 000 colonies d’abeilles mellifères. En France, l’association Bleu Blanc Ruche produit du miel 100 % français en utilisant un savoir-faire respectueux des abeilles et en participant à l’implantation d’infrastructures.

Dernièrement, le 20 février, l’Allemagne a voté une Loi d’un montant de 100 millions pour sauver les insectes. En contrepartie, elle restreindrait l’usage des pesticides. Elle a par ailleurs entériné l’interdiction du glyphosate « fin 2023 » afin de protéger les insectes.

Tandis qu’à l’inverse, dans le même temps, en France, le conseil d’État a validé en mars 2021 la réintroduction provisoire des néonicotinoïdes dans la filière de la betterave sucrière, deux ans et demi après leur interdiction.

Il est grand temps pour nous aussi de passer à la vitesse supérieure si nous ne voulons pas laisser un désert alimentaire, vide de tout bourdonnement, aux enfants d’aujourd’hui.

Crédit photo couv : Le lucane cerf-volant est un coléoptère qui tient son nom des mandibules géantes dont est pourvu le mâle. Dans l’écosystème forestier, il participe à la décomposition souterraine des racines et des souches d’arbres feuillus. Aujourd’hui, le lucane cerf-volant se fait rare, notamment du fait d’un trop grand entretien des parcs et espaces boisés où plus aucune souche ni écorce de bois mort ne reste pourrir. Bugman95

8 juillet 2021 - Liza Tourman
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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