Une étude met en lumière une tendance claire. Depuis la révolution industrielle, les animaux se déplacent de moins en moins. La cause : l’hyper mobilité des humains et des animaux domestiques, qui progresse constamment.
La biomasse humaine en mouvement 40 fois supérieure à celle des animaux
Les loups qui parcourent les steppes mongoles couvrent plus de 7 000 kilomètres par an, la sterne arctique effectue sa migration annuelle d’un pôle à l’autre. Comparés à ces grands voyageurs terrestres, maritimes et aériens, les humains pourraient sembler bien sédentaires. Pourtant, une nouvelle étude de l’Institut Weizmann des Sciences, publiée le 27 octobre dernier dans la revue Nature Ecology & Evolution, démontre le contraire.
Jusqu’à présent, aucune comparaison d’ampleur de déplacement n’avait été effectuée entre les différentes espèces. Les oiseaux, par exemple, parcourent d’immenses distances, mais leur masse corporelle est infime. À l’inverse, les poissons des grands fonds ne parcourent que de courtes distances, mais leur biomasse combinée est colossale.
Les chercheurs ont conçu un indicateur innovant, le mouvement de biomasse, qui multiplie la masse totale d’une espèce par la distance parcourue par cette masse en un an. Grâce à cette métrique, il devient possible de comparer la dynamique des animaux sauvages avec celle de l’humanité.
Les résultats de l’étude sont saisissants : la biomasse humaine en mouvement est aujourd’hui 40 fois supérieure à celle de tous les mammifères terrestres sauvages, oiseaux et arthropodes combinés.
« Les humains, même en ne considérant que la marche, se déplacent plus fréquemment que l’ensemble des animaux. Et ce déclin généralisé très prononcé est présent presque partout dans le monde », livre Ron Milo pour La Relève et La Peste, l’un des chercheurs qui a participé à la collecte de données pour l’étude.
En moyenne, chaque personne parcourt environ 30 kilomètres par jour, par divers moyens, un peu plus que les oiseaux sauvages. À titre de comparaison, les mammifères terrestres sauvages ne parcourent qu’environ 4 kilomètres par jour.
Pour donner un autre exemple significatif : le mouvement annuel de biomasse des gnous bleus, gazelles et zèbres en Tanzanie, environ 20 fois plus important que celui des loups gris, est équivalent au mouvement de biomasse humaine associés aux grands évènements comme la Coupe du monde de football.
L’étude met également en avant l’évolution de nos moyens de transport. En 1850, la majorité des mouvements humains se faisait à pied alors qu’aujourd’hui, une grande partie concerne les moyens carbonés et polluants la voiture (65 %) et l’avion (10 %). Le train reste loin derrière (5 %). La marche et le vélo ne représentent que 20 % de nos déplacements.
Le déplacement total actuel des 1,3 milliard de voitures dans le monde est comparable, en termes d’ampleur, au déplacement de la biomasse de tous les animaux terrestres et marins réunis.
D’un point de vue global, la biomasse des mammifères sauvages, à la fois terrestres et marins, a chuté d’environ 70 % depuis 1850, passant d’environ 200 millions de tonnes à seulement 60 millions.
« La diminution de la biomasse animale est en partie due à la perte d’habitat, avec la conversion de réserves naturelles en zones agricoles, et à la chasse, comme les bisons d’Amérique du Nord », continue Ron pour La Relève et La Peste.
Pendant ce temps, la biomasse de l’humanité a augmenté d’environ 700 %, et celle des animaux domestiques d’environ 400 %, pour atteindre aujourd’hui un total d’environ 1,1 milliard de tonnes.
Le monde marin s’immobilise considérablement
Dans les océans, la situation est tout aussi alarmante. La biomasse des animaux marins a diminué d’environ 60 % depuis 1850, passant de 130 millions de tonnes à seulement 40 millions aujourd’hui.
« Pour en venir à cette conclusion, la tâche a été complexe en raison de l’hétérogénéité de la vie marine », affirme le professeur en biologie des systèmes à l’Institut Weizmann des sciences.
Plusieurs mécanismes expliquent cette immobilisation croissante de la vie marine. Tout d’abord, la surpêche et chasse industrielle. Dans les océans, les grandes espèces comme le grands mammifères marins ont été massivement exploitées, réduisant drastiquement leur biomasse et leur mobilité potentielle. Mais aussi la perturbation des écosystèmes : les pollutions, l’acidification de l’océan, le réchauffement et les infrastructures marines.
Ron termine en précisant que « chaque calcul comporte des incertitudes, et qu’une part significative des efforts a été consacrée à les quantifier. Malgré ces variabilités, les différences observées sont si grandes que les résultats de l’étude sont très robustes et indépendants de ces marges d’erreur ».
Une chose est sûre : la façon dont nos activités humaines empêchent les trajectoires habituelles des migrations, risquant de briser le cycle alimentaire des espèces comme la baleine, qui ont des lieux de reproduction et de nourriture dans différents coins du globe.
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