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« Il faut cesser de considérer les animaux comme des objets de consommation »

Pour la Présidente de Code Animal, les comportements individuels ne sont donc pas les plus grands responsables, elle se bat plutôt contre la culture du divertissement et ses dérives, qui nous fait enfermer et posséder les animaux pour notre loisir au détriment de leur bien-être.
12 décembre 2020 - Laurie Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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À l’occasion de la sortie d’ANIMAL, son cinquième livre-journal, La Relève et la Peste brosse le portrait des huit auteurs qui ont contribué à faire de ce numéro « le seul tour d’horizon aussi complet du monde animal ». Aujourd’hui, nous vous présentons Alexandra Morette, Présidente de l’association Code Animal et autrice du texte « La captivité pour le divertissement ».

Fille de chasseur, la jeune Alexandra n’était pas pré-destinée à devenir la Présidente d’une association spécialisée dans la relation entre l’espèce humaine et l’animal sauvage, et militant pour la fin de la captivité de ces derniers. Elle a construit son éthique animale au fil du temps.

« Je n’ai jamais compris pourquoi on mangeait des animaux. Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours eu ça en trame de fond. Mon père étant chasseur, j’ai toujours vu des animaux se faire dépecer et ce genre de choses, ce qui m’a beaucoup troublée. Petit à petit, j’ai mis toutes les petites briques dans l’ordre et j’ai réalisé que ce qu’on leur fait subir est intolérable et j’ai ressenti une profonde forme d’injustice alors qu’ils n’ont rien demandé, qu’ils ont aussi leur langage et leur culture. En étudiant tout ce qui est discrimination basée sur la race et le sexe, j’ai fait le lien avec ce qu’on faisait subir aux autres espèces. Et j’ai réalisé qu’on m’a menti. » explique calmement la jeune femme

En analysant la situation, la jeune femme a compris que notre rapport aux animaux est principalement basé sur des constructions sociales spécistes : « de celles qui amènent la société à trouver qu’il normal de caresser son chien en tuant le cochon pour le mettre dans son assiette. »

Ces constructions relèvent parfois de la croyance quand on touche à la nutrition, de nombreuses personnes sont ainsi persuadées que le calcium provient du lait et pas d’ailleurs, alors que le chou vert et les graines de sésame en contiennent plus.

« Quand tu réalises que ce que tu prenais pour des vérités sont des mensonges, et quand tu prends tout ce raz-de-marée dans la figure, c’est très fort : l’une des choses principales pour les nouveaux militants est de gérer cette rage et de pas exploser. » se souvient Alexandra Morette

Alexandra Morette

Rapidement, Alexandra Morette s’engage alors pour plusieurs associations oeuvrant pour les animaux, en plus de son travail, car elle ne se « sentait plus de rester inactive devant la TV après le travail. » Sa première action de terrain : de la sensibilisation au grand public avec un stand sur le foie gras en pleine période de Noël.

« C’est là où je me suis rendue compte que tout n’est pas noir ou blanc. En échangeant avec les gens, j’ai tout de suite été confrontée à une certaine réalité culturelle, sociale et économique. Soit il y a une naïveté, soit il faut affronter tous les murs de protection des gens : ils savent très bien comment cela se passe mais n’ont pas envie de supporter la charge émotionnelle du foie gras et de ses pratiques. Quand tu débutes dans le militantisme, tu te sens tellement en colère qu’on t’ait menti si longtemps que tu ne comprends pas que beaucoup de monde soit encore conditionné par le discours dominant. » se rappelle Alexandra

Ce jour-là, elle est confrontée à la persistance des arguments spécistes. Alexandra réalise alors qu’un vrai travail de déconstruction sociale est nécessaire.

« Les plantes souffrent aussi. » « Les vaches vont disparaître ou nous envahir. », pour celui-ci c’est selon ! « On a besoin de protéines animales pour survivre. » Ce sont toujours les mêmes arguments qui reviennent et toujours dans le même ordre. Il n’y aucun fondement scientifique sur le spécisme. » s’agace Alexandra

Sophie Wyseur, la vice-présidente de Code Animal, et Alexandra Morette

Après trois ans de tour des mouvements animalistes, c’est l’approche scientifique de Code Animal, une petite association, qui l’interpelle le plus. Moins tourné vers l’émotion, le travail rigoureux de Code Animal a permis à Alexandra Morette de développer un argumentaire solide face aux idées pré-conçues.

« Les travaux que l’on mène se basent sur des études bibliographiques où l’on va discuter avec les scientifiques impliqués. Nous sommes l’une des premières associations en France à avoir parlé de stéréotypie pour les animaux de cirques : lorsque l’on voit les tigres et les éléphants en cage avoir des gestes répétitifs au point de se faire mal. Cela m’a permis de ne pas être dans le pathos et de mettre des mots sur des comportements animaux que chacun peut observer. » explique-t-elle

Aujourd’hui, Code Animal s’intéresse aussi bien aux animaux détenus dans les cirques et les zoos, que les ravages des effets de mode chez les particuliers qui veulent absolument posséder des animaux sauvages, comme les serpents exotiques.

Croisements génétiques pour obtenir une certaine couleur ou un certain motif, surexploitation des individues pour le marché des Nouveaux Animaux de Compagnie, la pharmacopée asiatique ou l’industrie du cuir mettent en danger la pérennité des reptiles, déjà fortement impactés par la destruction de leur habitat en raison des activités humaines.

« L’une des problématiques quand on parle de condition animale, c’est qu’on touche directement aux idées socialement construites chez les gens et l’on va à l’encontre de discours pré-construits notamment que les zoos protègent les espèces sauvages. Il y a très peu de débats sur la remise en question des impacts de la captivité. Pourtant, il devient urgent de remettre en question la relation qu’on a avec les animaux et d’arrêter de les considérer comme des ressources et des stocks. Quand on comprendra que nous sommes tous interdépendants au sein de cet écosystème, on aura vraiment avancé, car aujourd’hui c’est ce qui nous tue littéralement. » analyse Alexandra

Pour la Présidente de Code Animal, les comportements individuels ne sont donc pas les plus grands responsables, elle se bat plutôt contre la culture du divertissement et ses dérives, qui nous fait enfermer et posséder les animaux pour notre loisir au détriment de leur bien-être.

« On est tellement coupés de la nature et des animaux qu’approcher un animal sauvage apporte des sensations fortes, mais pour nous c’est complètement aberrant ! Un prédateur qui se sent observé reste en constante alerte et ça créé un stress et du mal être, c’est de la consommation pure et simple de l’animal ! »

Crédit : Jo-Anne McArthur

« Le jour où j’ai fait mon premier sauvetage avec 30 millions d’amis, nous avons secouru une petite lionne dont un circassien faisait un abandon à l’amiable. Elle avait passé sa vie seule et dans une cage, j’ai ressenti de l’empathie pour elle mais aussi pour le circassien. Je me suis rendue compte que les circassiens aimaient leurs animaux mais qu’ils étaient aussi des victimes collatérales de ce système. Cela m’a touchée de voir que nos associations pouvaient impacter ces gens là. Maintenant, comprendre et tolérer sont deux choses différentes, il faut savoir accepter que nos actions ont des impacts. » se remémore-t-elle

Aujourd’hui, la question avance dans le débat public, et Code Animal fait partie des associations ayant participé aux groupes de travail avec le gouvernement français pour mettre fin à la captivité des animaux sauvages dans les cirques itinérants et les delphinariums.

« La pandémie de la covid a eu un impact fort sur l’évolution des mentalités. Des scientifiques et politiques ont déclaré que c’est à cause du trafic d’animaux sauvages et de leur proximité que les zoonoses se développent de plus en plus. Nous ne pouvons plus continuer à agir comme si de rien n’était. »

Alexandra est toujours en colère contre ce système destructeur, et elle en reste plus déterminée que jamais à poursuivre son travail, et rappeler au gouvernement ses promesses. Un agenda gouvernemental plus précis devrait bientôt être publié. L’association œuvre aussi à l’échelle européenne pour harmoniser les directives sur l’interdiction de la captivité d’animaux sauvages dans les cirques.

crédit photo couv : Chaz McGregor

12 décembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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