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Garches, Strasbourg, Tours… des villes françaises mettent les femmes à l’honneur en renommant leurs rues

Celles et ceux qui s’attèlent, partout en France, à déterrer de l’Histoire celles qui en ont été effacées n’en finissent pas de découvrir des centaines de profils de femmes inspirantes.
30 juin 2022 - La Relève et La Peste
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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En France, seulement 5% des noms des rues et 2% des boulevards se conjuguent au féminin. Face à l’invisibilisation des femmes qui ont marqué l’Histoire, des initiatives fleurissent sur l’ensemble du territoire pour rétablir l’équilibre. Un article de Nora Guelton.

Plus question pour les Garchoises et Garchois de flâner le long de l’allée du Marquis de Mores ou de prendre un café place Charles Devos. Ces deux personnages racistes ont été priés, suite à une vaste consultation citoyenne lancée par la ville de Garches, de laisser leurs odonymes à Simone Veil et Marie Curie, élues par les habitants de la ville pour les remplacer. 

Jusque-là, aucune rue de la commune ne portait le nom d’une femme. 

« Donner des noms de rues à des femmes, à des personnes issues de minorités visibles, sexuelles ou en situation de handicap, concrètement, c’est montrer le visage d’une société plus inclusive, où chacune et chacun ont leur place dans l’espace public », explique Ophélie Latil, fondatrice de Georgette Sand, pour La Relève et La Peste

Ce collectif, qui travaille à l’émancipation et la visibilité des femmes dans l’espace public, s’est fait connaître notamment pour avoir milité pour la suppression de la TVA sur les produits d’hygiène féminine (dite “taxe tampon”) et la publication de l’ouvrage Ni vues, ni connues sur les mécanismes d’invisibilisation des femmes dans l’Histoire. 

Car pour « féminiser » les noms des rues, encore faut-il en effet trouver dans les livres d’histoire des profils de femmes qui ont marqué leur temps. 

“Ouvrez un manuel scolaire, cherchez les femmes. Déjà, il y en a peu : Aliénor d’Aquitaine, Jeanne d’Arc, Marie-Antoinette. Et puis, elles ont toutes très mal fini. Là-dessus, la cas d’Aliénor d’Aquitaine est très intéressant. C’était une femme très puissante, elle a fait un travail de diplomatie à l’échelle européenne, érigé toutes les fortifications de la côte Atlantique des Pyrénées jusqu’à l’Écosse, et on continue à dire aujourd’hui qu’elle était incestueuse, dépensière, frivole. Le récit implicite qui accompagne les portraits de femmes illustres dans les livres d’histoire, pour les petites filles c’est : ne faites pas comme ça chez vous”, explique Ophélie pour La Relève et La Peste

Pourtant, celles et ceux qui s’attèlent, partout en France, à déterrer de l’histoire celles qui en ont été effacées n’en finissent pas de découvrir des centaines de profils de femmes inspirantes. 

L’association Caen à Elles, accompagnée d’un membre des Archives départementales du Calvados, a ainsi mis en lumière des dizaines de profils d’architectes, photographes, peintres, agricultrices, militantes, océanographes… qui ont contribué à écrire l’histoire de la Normandie, mais dont les noms ne sont pas enseignés à l’école.

Le collectif en recense certaines sur une carte interactive et organisé de nombreux ateliers de médiation dans la ville pour les faire connaître. Dès 2020, l’Association propose à la ville de Caen d’apposer les noms de cinquante femmes sous les plaques existantes de la ville, pour faire connaître leurs histoires.

Verdict : la mairie leur demande de supprimer de la liste toutes les femmes non Caennaises et toutes celles qui étaient “encore vivantes”. 

« En conséquence, on allait poser dix plaques au lieu des cinquante proposées. Certaines ont été retoquées, comme Florence Aubenas, pour avoir dépeint une image peu attrayante de la Normandie. Cela revenait à vider notre projet de toute sa substance », raconte Camille Lesouef, Docteure en Histoire de l’art et membre de l’Association, pour La Relève et La Peste

À l’inverse de la ville de Caen, d’autres communes affichent une politique plus volontariste en la matière. C’est le cas de StrasbourgRouen, Tours (qui annoncera le résultat du vote “La rue est à nous” ce vendredi 1er juillet), ou encore Paris, où 200 noms de femmes ont été gravés sur le mobilier urbain de la place du Panthéon.

Crédit photo : Les MonumenalEs

“L’invisibilité n’est pas une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues,” rappelle le collectif Georgette Sand. 

Au-delà de la dimension symbolique d’une telle action, on peut espérer que la féminisation de l’espace public ait des répercussions concrètes sur des problématiques sociétales comme le harcèlement de rue, qui découle directement de l’invisibilisation des femmes dans la ville où tout indique, implicitement, qu’elles n’y ont pas (encore) toute leur place.

« Un article de Nora Guelton, autrice et co-fondatrice des Eco-histoires, un réseau transdisciplinaires de créateurs.ices engagé.e.s dans la transition écologique, sociale et solidaire » 

30 juin 2022 - La Relève et La Peste
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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