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Élevage intensif : les animaux souffrent bien plus que ce que l’on imaginait

« Une même blessure, maladie ou intervention de routine est vécue plus intensément et plus longtemps dans une cage dépourvue d’enrichissements que dans un environnement permettant le mouvement, les interactions sociales et le repos. »

Selon une équipe de chercheurs internationaux, les animaux d’élevages intensifs vivent une double peine face à la douleur : en plus de la douleur elle-même, les conditions dans lesquelles ils vivent amplifient la perception qu’ils en ont, rendant la situation encore plus insupportable.

Pendant longtemps, la douleur chez les animaux a été étudiée comme étant une réponse définie à une blessure, sans que le contexte dans lequel vit l’animal soit pris en compte.

Une récente analyse de la littérature, parue dans Frontiers in Animal Science, synthétisant les données issues des neurosciences, du bien-être animal et des sciences vétérinaires, montre pourtant que l’intensité, la durée et même la probabilité d’apparition de la douleur sont influencées par l’environnement.

« Un hébergement confiné et sans ressources désactive plusieurs mécanismes biologiques qui suppriment normalement la douleur, tout en activant des voies qui l’intensifient et la prolongent », résume Cynthia Schuck-Paim, directrice scientifique du Welfare Footprint Institute aux États-Unis et première autrice de ce travail, pour La Relève et La Peste.

« Une même blessure, maladie ou intervention de routine est donc vécue plus intensément et plus longtemps dans une cage dépourvue d’enrichissements que dans un environnement permettant le mouvement, les interactions sociales et le repos. »

Les auteurs parlent de « chambre d’écho de la douleur » pour décrire cette modification de l’expérience de la douleur par les conditions d’hébergement et d’environnement.

Une guérison ralentie par les conditions de vie

Ils se sont intéressés aux conditions d’élevage intensif et plus largement aux environnements dépourvus d’enrichissements sensoriels et sociaux.

« Concrètement, cela signifie : absence de substrat pour se nourrir, picorer, creuser ou fouiller ; absence de matériaux de nidification ; absence de perchoirs, d’abris ou de refuges ; possibilité limitée, voire inexistante, de se déplacer, de faire de l’exercice ou d’explorer ; peu ou pas de choix concernant la température, la lumière ou l’emplacement ; et contacts sociaux limités », décrit Cynthia Schuck-Paim.

« Typiquement, il s’agit des cages conventionnelles pour les poules pondeuses, des caisses de gestation et de mise bas pour les truies ou encore des bassins d’aquaculture en recirculation pour les saumons. »

Or, les contacts sociaux positifs favorisent la libération d’ocytocine, ce qui agit positivement sur la perception de la douleur, tandis qu’un sentiment de contrôle sur l’environnement limite l’activation chronique du stress.

« La guérison est altérée par les mêmes mécanismes : des taux chroniquement élevés de glucocorticoïdes (dont le cortisol), engendrés par le stress, suppriment prolongent l’inflammation et ralentissent la réparation tissulaire », poursuit la chercheuse.

Des protocoles de gestion de la douleur inadaptés

Des modifications épigénétiques, c’est-à-dire des modifications de l’expression des gènes sous l’influence de facteurs environnementaux notamment, ont également été mises en évidence.

« Des procédures douloureuses répétées en bas âge et le stress pendant la gestation peuvent induire des modifications épigénétiques qui augmentent la sensibilité à la douleur de façon permanente et peuvent être transmises à la génération suivante », précise Cynthia Schuck-Paim.

Ce travail montre que l’impact des conditions d’élevage sur les animaux et la souffrance associée aux systèmes intensifs ont probablement été sous-estimés. Les protocoles analgésiques, mis en place par les vétérinaires et déterminés en conditions de laboratoire, pourraient ainsi ne pas être adaptés à des conditions de vie différentes.

Les conséquences de cette vision erronée de la perception de la douleur chez les animaux a également un impact économique, puisqu’« une même blessure ou maladie a un coût plus élevé en cage que dans un environnement enrichi, car l’expérience est plus intense et plus longue », insiste la chercheuse.

« Ceci renforce l’argument en faveur de l’abandon des cages et autres systèmes de confinement pour des raisons à la fois scientifiques et éthiques. »

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Charlene Catalifaud

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