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Des chercheurs français démontrent que certains cocktails de pesticides sont un risque de cancer du sein

Le cancer du sein est donc le cancer le plus fréquent chez la femme, et également le plus mortel : en 2018 près de 59 000 cas et 12 000 décès.
26 mars 2021 - Laurie Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Les débats sur la toxicité des pesticides font souvent l’impasse sur un point : les effets cocktails, à savoir la toxicité cumulée des différentes substances présentes dans ces pesticides et de leurs diverses applications dans l’environnement. Face aux perturbations hormonales et leurs propriétés carcinogènes, déjà observées en milieu professionnel, une équipe de chercheurs français s’est penchée sur le sujet. Leurs premiers résultants sont accablants : certains cocktails de pesticides, notamment à travers l’alimentation, favoriseraient le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées.

Les effets cocktails, ces oubliés de la toxicité des pesticides

La société s’organise de plus en plus pour mieux comprendre la toxicité réelle des pesticides, et la communauté scientifique suit le fer de lance de ce combat pour la vérité, sous le vernis des déclarations rassurantes des entreprises de biocides.

Ainsi, fin octobre 2020, une étude scientifique démontrait pour la première la présence de produits toxiques non déclarés dans 14 pesticides. Parmi ces produits, des métaux lourds comme l’Arsenic, le Cuivre, le Plomb, le Nickel mais aussi des substances cancérogènes.

Face à la gravité de la situation, une action en justice a été lancée début décembre par 9 associations sous le nom de campagne « Secrets toxiques ». Le 25 février, 119 députés européens et sénateurs français ont adressé une lettre à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (European Food Safety Authority, EFSA) pour lui demander le retrait de ces produits toxiques, mais surtout de revoir ses méthodes d’évaluation.

Lire aussi : « Plus de 119 politiques dénoncent des failles graves dans l’évaluation des pesticides, qui minimisent leur toxicité »

Ce sont les effets prouvés, dans le milieu professionnel, des conséquences délétères sur la santé humaine reproductive, notamment en favorisant le cancer du sein et de la prostate, qui a poussé une équipe de chercheurs français à s’intéresser au lien entre l’exposition à ces pesticides via l’alimentation et le cancer du sein dans la population générale.

En effet, le nombre de personnes atteintes de cancer augmente inlassablement dans le monde entier, et la France n’y fait pas défaut. La France se situe ainsi au 9e rang au niveau mondial des pays touchés par le cancer (5e rang pour les hommes, 12e rang pour les femmes), mais au 4e rang pour le cancer du sein, 1er cancer féminin du pays (soit le 2e rang au niveau mondial pour les femmes de moins de 59 ans) et au 7e rang pour le cancer de la prostate.

Le cancer du sein est donc le cancer le plus fréquent chez la femme, et également le plus mortel : en 2018 près de 59 000 cas et 12 000 décès. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme : 50 000 cas et 8 000 décès. Une femme et un homme sur huit seront concernés au cours de leur vie.

Cellules cancéreuses du sein

Cancers du sein et pesticides

A la base de leurs travaux, des chercheurs INRAE, Inserm, CNAM et Université Sorbonne Paris Nord avaient déjà démontré que les consommatrices d’aliments issus de l’agriculture biologique de la cohorte NutriNet-Santé présentaient un moindre risque de cancer du sein en post-ménopause.

Ainsi, les consommateurs réguliers d’aliments « Bio » ont 25% moins de risque de développer un cancer que les personnes qui n’en consomment qu’occasionnellement.

Avec cette nouvelle étude, ces chercheurs ont voulu mieux comprendre le lien entre mélange de pesticides apportés par l’alimentation et risque de cancer du sein en post-ménopause.

Conduite pendant quatre ans, cette étude a débuté en 2014. Les participantes avaient alors répondu à un questionnaire permettant d’évaluer leur consommation d’aliments biologiques et conventionnels.

Un total de 13 149 femmes ménopausées a été inclus dans l’analyse, constituant l’échantillon de cette étude, et 169 cas de cancers ont été signalés. 

Grâce à une base de données de contamination des aliments selon leur mode de production, les chercheurs ont mesuré l’exposition à 25 substances actives entrant dans la composition de pesticides autorisés en Europe, incluant ceux utilisés en agriculture biologique.

« Une méthode dite en « Factorisation par Matrices non-Négatives » (NMF) a permis d’établir quatre profils d’exposition aux pesticides, traduisant des mélanges différents de pesticides auxquels nous sommes exposés via l’alimentation. Ensuite, des modèles statistiques ont été utilisés pour analyser ces profils, afin d’explorer le lien potentiel avec le risque de survenue d’un cancer du sein. » explique l’INSERM dans son communiqué

Le profil NMF n°1 est ainsi caractérisé par une exposition élevée aux chlorpyriphos, imazalil, malathion et thiabendazole : des pesticides de synthèse. Sur ce profil, les chercheurs ont relevé une augmentation du risque de cancer du sein en post-ménopause chez les femmes en surpoids (IMC entre 25 et 30) ou obèses (IMC>30).

Au contraire, le profil NMF n°3, qui comprend des femmes bénéficiant d’une exposition faible à la plupart des pesticides de synthèse, a montré une diminution de 43% du risque de cancer du sein en post-ménopause.

Ces pesticides sont utilisés dans différentes cultures, et se retrouvent ensuite dans l’alimentation, aggravant les risques de cancer du sein. Le chlorpyriphos est épandu sur les cultures d’agrumes, de blé, de fruits à noyau ou d’épinards par exemple. L’imazalil est également utilisé pour la culture d’agrumes, de pommes de terre et les semences.

Tandis que le malathion, créé pour lutter contre les insectes suceurs (pucerons, cochenilles) est interdit en France depuis 2008 mais autorisé dans certains pays européens. Enfin, le thiabendazole est utilisé sur le maïs, les pommes de terre et certains semis.

Dans leurs conclusions, les chercheurs se montrent prudents et expriment que pour confirmer ces données, « il est primordial d’une part de mener des études expérimentales pour éclaircir les mécanismes impliqués, et d’autre part de confirmer ces résultats dans d’autres populations. »

Leurs travaux, publiés dans la revue International Journal of Epidemiology, apportent néanmoins un éclairage crucial sur l’impact de l’exposition alimentaire aux pesticides dans la survenue de cancer du sein en post-ménopause.

Ils nous rappellent l’importance du combat mené par un collectif d’associations citoyennes et professionnelles de la santé pour remettre au cœur de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 une réelle ambition et de vraies mesures en termes de santé environnementale.

Lire aussi : « Cancer : le gouvernement ignore les risques liés à l’environnement dans sa stratégie de lutte 2021-2030 »

Crédit photo couv : pawel szvmanski

26 mars 2021 - Laurie Debove
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