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Chaque année, 1,7 millions d’animaux sauvages sont tués pour rien

« À l'inverse, ne pas les abattre n’augmente pas les dégâts déclarés dans un territoire », rapporte le Muséum. « Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». 

Lundi 9 mars, le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN) a publié une étude dans la revue Biological Conservation sur les Espèces Susceptibles d'Occasionner des Dégâts (ESOD). Chaque année, au moins 1,7 million d'animaux sont abattus dans le cadre d'une politique publique de régulation des espèces. Cette dernière vise officiellement à préserver la santé et la sécurité publique, protéger la flore et la faune sauvage, prévenir des dommages aux activités agricoles. Le problème : cette politique se révèle coûteuse et inefficace.

Une politique jamais évaluée 

La liste des ESOD de catégorie 2, qui concerne les espèces indigènes, est fixée tous les trois ans par le ministère de l’Écologie. Pour la période allant d’août 2023 à août 2026, elle comprend la Belette d’Europe, la Fouine, la Martre des pins, le Corbeau freux, la Corneille noire, la Pie bavarde, le Geai des chênes, l’Étourneau sansonnet et le Renard roux.

L’administration autorise et encourage ainsi la destruction de ces animaux, sans limitation de nombre et durant toute l’année, contrairement aux espèces chassables dont les individus ne peuvent généralement être tués qu’entre mi-septembre et fin février.

«  Derrière ces contrôles létaux, se cache la croyance communément admise que la réduction du nombre d’animaux nuisibles devrait réduire les dommages causés par ces animaux », expliquent les chercheurs du Muséum National d’Histoire Naturelle. « Une telle croyance est cependant remise en cause par de multiples résultats scientifiques récents ».  

« Jusqu’à maintenant, l’efficacité de cette politique publique n’avait jamais été évaluée », rappelle une publication du même Muséum.

C’est désormais chose faite : les auteurs de l’étude ont analysé les données officielles récoltées entre 2015 et 2022, en compilant, pour chaque département, le nombre d’animaux tués et le montant des dégâts déclarés.

La destruction des ESOD est coûteuse et inefficace 

Les résultats de cette étude sont sans appel : tuer en nombre des animaux classés ESOD ne permet pas de réduire les dégâts occasionnés par ces espèces.

« À l’inverse, ne pas les abattre n’augmente pas les dégâts déclarés dans un territoire », rapporte le Muséum. « Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». 

« En estimant le temps passé, les frais de transport, le matériel et les munitions, les auteurs évaluent le coût moyen de cette politique à presque 64 euros par animal tué (pour 12,4 millions d’animaux en 7 ans), un contrôle qui semble bien plus coûteux que les dégâts déclarés, »  explique le Muséum National d’Histoire Naturelle.

« Ça conforte ce qu’on dit depuis longtemps avec des éléments vraiment scientifiques, précis, objectivables », constate Dominique Py, référente sur les questions de chasse et de faune sauvage chez France Nature Environnement (FNE) pour La Relève et La Peste. « La réglementation actuelle des ESOD est inefficace, elle ne permet pas de réduire les dégâts ».

« C’est un peu un gâchis de nature », ajoute-t-elle. « Parce qu’on tue des animaux qui ont une utilité dans les écosystèmes, qui nous rendent des services. Et on les tue pour rien ».

Les renards par exemple, sont des auxiliaires pour l’agriculture, car ils capturent des micromammifères ravageurs des cultures, comme les campagnols. Ils participent aussi à limiter la prolifération de la maladie de Lyme. Pourtant, ils figurent parmi les animaux les plus abattus au titre de leur classement en ESOD.

Ainsi, dans le Puy-de-Dôme, un arrêté préfectoral demande aux éleveurs de favoriser la présence du renard pour lutter contre le campagnol terrestre. Dans le même temps, l’animal est classé comme ESOD est peut être tué toute l’année dans ce département.

« Le classement en ESOD est une procédure entièrement à charge », regrette Dominique Py. « Dès qu’une espèce cause des dégâts, on peut la classer. Il n’y a pas une comparaison coûts-avantages, il n’y a pas de prise en compte de l’utilité de ces espèces. Les chasseurs et les agriculteurs demandent donc le classement ESOD dès qu’il y a des dégâts, mais en revanche nos arguments sur l’utilité et le rôle écologiques de ces espèces ne sont jamais pris en compte ». 

Heureusement, il y a globalement quelques progrès sur la protection de la faune sauvage. « Il y a quand même une baisse du nombre d’espèces classées ESOD depuis quelques années », précise Dominique. « Il y a dix ans, il y avait beaucoup plus d’espèces chassables et sur davantage de départements qu’aujourd’hui. Mais les avancées restent très progressives ».

La demande des associations : une révision de la réglementation pour modifier ce système « injuste et inefficace », et le développement des méthodes de prévention, alternatives à la destruction, par les pouvoirs publics et les organisations agricoles.  

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Eloi Boye

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