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CAC 40 : la rémunération des grands patrons va battre des records cette année

« L’image renvoyée à l’ensemble de la société est délétère, juge l’économiste Dominique Plihon. Dans les mois qui viennent, nous risquons d’être confrontés à un discours de rigueur de la part de nombreux dirigeants français et européens, selon lequel il faudra éviter d’augmenter les salaires des travailleurs pour ne pas plomber la reprise actuelle. Dans ce contexte, il est d’autant plus irresponsable d’accorder de telles rémunérations aux grands patrons. »
18 août 2021 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Les dirigeants du CAC 40 vont toucher en moyenne 5,3 millions d’euros en 2021, l’équivalent de 284 années de Smic. Cela représente une augmentation de 40% par rapport à 2020, soit 1,5 million d’euros de plus. Les salariés, eux, devraient obtenir moins de 2 % d’augmentation selon les entreprises. Cette hausse des salaires inégale est révélatrice de problèmes systémiques en France aggravant toujours plus l’écart entre les personnes les plus riches de la population et les autres.

Une augmentation inégale

Après un court effort, voici venu le temps de la récompense pour les patrons des grandes entreprises françaises. Si beaucoup avaient consenti à des baisses de leur salaire fixe ou de leur intéressement en 2020 « par solidarité en temps de crise sanitaire », leur rémunération va repartir fortement à la hausse en 2021.

Selon le décompte effectué par L’Hebdo des AG, « l’expert des meilleures pratiques en matière de gouvernance » selon LeMonde, les PDG du CAC 40 vont percevoir 5,3 millions d’euros en moyenne en 2021. C’est 1,5 million de plus que les 3,8 millions attribués en 2020 et 500 000 euros de plus que les 4,8 millions de 2019.

Dans la même lignée, les grands dirigeants du Next 80 (représentant les 80 valorisations boursières suivantes et qui constitue, avec le CAC 40, le SBF 120) vont bénéficier d’une augmentation encore plus nette : une enveloppe de 3,2 millions d’euros, à comparer à 1,9 million en 2020 et 2,2 millions en 2019.

« Si le SMIC avait augmenté au même rythme que les salaires des patrons du CAC 40 depuis 2010, le salaire annuel moyen brut des smicards serait aujourd’hui de 32 935 € et non de 16 125 € ! Le salaire des patrons du CAC 40 a augmenté de 115% depuis 2010, contre 15% pour le SMiC. » a réagi Raphael Pradeau, Porte-parole d’Attac depuis 2017 et co-auteur de Impôts : idées fausses et vraies injustices, publié en mai 2021.

A l’inverse des grands patrons, le reste de la population remonte péniblement la pente après le plongeon économique de 2020 et ne bénéficiera pas des mêmes aides. Dans l’ensemble, les entreprises françaises devraient accorder moins de 2 % d’augmentation à leurs salariés en 2021, les directions estimant la reprise économique trop fragile pour se montrer généreuses.

« On nous dit qu’il n’est pas possible d’augmenter le SMIC et les salaires à cause du « coût du travail » qui plomberait les entreprises. Mais les rémunérations des patrons du CAC 40 ont augmenté de 40% en un an ! Les patrons nous coûtent un pognon de dingue ! » a commenté ironiquement Attac, faisant référence à une phrase lapidaire d’Emmanuel Macron sur le supposé coût des aides sociales

Lire aussi : https://lareleveetlapeste.fr/le-cac40-va-distribuer-51-milliards-deuros-a-ses-actionnaires-grace-a-largent-public/

Un problème systémique

Mince régulation, de nouvelles références émergent pour mesurer la performance (et donc le bonus) des PDG comme la responsabilité sociale ou la réduction des émissions de dioxyde de carbone de l’entreprise, sans réel impact final sur le montant de leur rémunération.

« Nous avons vu les excès auxquels nous a conduits une politique étroite d’alignement des intérêts. Deux crises menacent désormais le capitalisme : la dégradation de l’environnement et les inégalités. Pour y répondre, il est indispensable d’élargir la distribution de la valeur aux salariés et à la collectivité », soutient Hervé Guez, directeur des gestions chez Mirova auprès du journal Le Monde.

Si certains sont inquiets des menaces que font peser les inégalités sur le capitalisme ; cette inflation salariale pour une toute petite frange de la population au détriment de l’autre met en péril la cohésion sociale du pays, déjà bien fragile ces temps-ci.

D’abord parce que sont les politiques publiques (plans de relance, injection de milliards d’euros de liquidités par la Banque centrale européenne, etc.) qui ont soutenu l’économie depuis le début de la pandémie, et notamment les grandes entreprises. Les 100 milliards d’euros du plan de relance français sont ainsi financés par les impôts du contribuable, et non pas par le « mérite » des grands patrons, peu importe leur pugnacité au travail.

« L’image renvoyée à l’ensemble de la société est délétère, juge l’économiste Dominique Plihon dans l’Humanité. Dans les mois qui viennent, nous risquons d’être confrontés à un discours de rigueur de la part de nombreux dirigeants français et européens, selon lequel il faudra éviter d’augmenter les salaires des travailleurs pour ne pas plomber la reprise actuelle. Dans ce contexte, il est d’autant plus irresponsable d’accorder de telles rémunérations aux grands patrons. »

Comme le relate l’Humanité, certains écarts de salaire atteignent déjà des proportions indécentes au sein d’une même entreprise. C’est le cas chez Teleperformance, géant des centres d’appel, où le PDG Daniel Julien, a touché 17 millions d’euros… soit 422 fois le salaire annuel moyen des employés français du groupe.

Contrairement au cliché répandu dans certains médias selon lequel les français « n’aiment pas les riches », c’est bien la France qui est l’une des championnes européennes pour chouchouter les personnes les plus riches à coups de politiques fiscales avantageuses.

L’INSEE a ainsi révélé que les 0,01 % ont vu leur richesse exploser entre 2015 et 2018, une augmentation liée « à une forte hausse des dividendes reçus par les ménages, dans un contexte de fiscalité plus incitative » selon l’institut.

« C’est pour les très riches, et surtout les très très riches que le niveau de vie s’est envolé. D’où l’intérêt d’avoir des données détaillées à ce niveau. Le niveau de vie des 1 % a augmenté de 6 350 euros en trois ans. Celui des 0,1 % de 32 000 euros, tandis qu’il a explosé pour les 0,01 % : + 192 000 euros ! Soit 13 fois le Smic. Ou, dit autrement, les 0,01 % les plus riches gagnaient 34 fois le Smic en 2015. Ils gagnent désormais 46 fois le salaire minimum. » décrypte Laurent Jeanneau dans Alternatives Economiques

Face à cette aggravation criante et dangereuse des inégalités, de nombreux économistes et ONG plaident pour instaurer des règles contraignantes sur les écarts de salaire dans les entreprises, couplées à une fiscalité très progressive sur les hauts revenus. 

18 août 2021 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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