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Le CAC40 va distribuer 51 milliards d’euros à ses actionnaires, grâce à l’argent public

En effet, l’Observatoire mesure une hausse de 22% de dividendes versées par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires ; en 2021, ce seront 51 milliards d’euros qui leur seront versés, là où « seulement » 36 milliards leur avaient été versés en 2020.
6 mai 2021 - Pierre Boccon-Gibod
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Après avoir bénéficié de diverses aides publiques pour faire face à la crise sanitaire, les grandes entreprises du CAC 40 vont en faire profiter leurs actionnaires, au détriment de la viabilité de ces mêmes entreprises et de la sécurité de leurs employés. C’est la nouvelle accablante que nous rapporte l’Observatoire des Multinationales, dans une note dénonçant le caractère inconditionnel de ces aides publiques.

En effet, et aussi étonnant que cela puisse paraître, les entreprises et leurs actionnaires font ce qu’elles veulent des aides qui leur ont été fournies l’année passée par les divers pouvoirs publics pour soutenir l’activité économique face à la crise sanitaire (chômage partiel, plan de relance national, soutien de la Banque Centrale Européenne…). Aucune contrepartie sociale, économique ou fiscale n’a été imposée en échange de ces aides.

De ce fait, les actionnaires n’ont eu qu’une seule préoccupation : comment compenser les pertes de revenus de 2020, conséquence de l’arrêt des activités productives ?  Solution de facilité : en utilisant l’argent public pour combler les carences de profits.

En 2021, toujours d’après l’Observatoire, ces entreprises reverseront en moyenne 140 % des profits à leurs actionnaires. Autrement dit, ces mêmes entreprises seront privées de 100% de leur chiffre d’affaires de 2020 et les 40% restant seront piochés dans leur trésorerie, dont une partie est aujourd’hui constituée d’aides allouées par l’Etat. Le tout au nom de la sacrosainte liberté des actionnaires, exerçant simplement leur droit illimité à réclamer toute valeur produite par les entreprises qu’ils financent.

Un échange sans contrepartie est un cadeau.

« C’est dans ces moments de crise qu’il faut profiter de l’argent de l’état » prêchait, en Octobre 2020, Bruno Le Maire. « Croyez-moi, c’est pas tous les jours qu’un ministre des finances vous dira : ‘‘Vous avez besoin d’argent ? Je vous en donne !’’. Profitez-en. Profitez-en pour investir. […] Profitez-en pour associer d’avantage vos salariés à votre processus de production, vous verrez, vous en sortirez plus fort ; vos salariés en sortiront plus heureux ».

Lors de ce discours tenu devant des centaines d’entrepreneurs, le ministre de l’économie tenait à faire consensus sur l’idée que les sommes versées aux grandes entreprises bénéficieraient au plus grand nombre. En versant ces aides, les entrepreneurs seront selon lui « libérés » des aléas liés à la crise sanitaire, ce qui leur permettront d’innover, relançant, à long terme, l’économie du pays.

Une bien belle histoire, qui se heurte malgré tout à quelques détails critiques : d’abord, il est rare que le bonheur des salariés soit provoqué par des procès de productions qui abusent de la valeur de leur temps.

Ensuite, l’argent versé aux grandes entreprises n’appartient pas à celles-ci, ni à ses membres – cet argent appartient aux actionnaires qui peuvent, à tout moment, décider de prélever des bénéfices dans la trésorerie de l’entreprise qu’ils financent.

Enfin, demander, en contrepartie d’aides publiques, que les entreprises investissent à long terme dans l’innovation technologique, cela revient à leur demander de rendre l’investissement en France plus intéressant… pour les actionnaires internationaux !

En contrepartie d’aides publiques, on demande donc aux entreprises de se rendre plus attrayantes pour des investisseurs privés. Autant dire qu’aucune contrepartie n’est demandée au nom de l’intérêt public ; or, un échange sans contrepartie, c’est un cadeau.

Le ministre a fait un cadeau aux actionnaires et à leurs entreprises : ne pas avoir à payer de leur poches les pertes économiques liées au covid.

Bien sûr, Bruno Le Maire n’ignore pas toute l’ambiguïté de son discours, situé quelque part entre les intérêts des entreprises françaises et de leurs actionnaires, tout en s’exprimant à chaque fois au nom de l’intérêt général.

Ainsi, s’il faisait entendre au nom de l’intérêt général en Mars 2020 que « les entreprises qui ont besoin de trésorerie aujourd’hui, en particulier les grandes entreprises, et qui demandent l’aide de l’Etat, ne peuvent pas, ne doivent pas verser de dividendes. », cette promesse ne sera pas tenue.

Six mois plus tard, l’Observatoire des Multinationales publie un rapport montrant toute la distance entre les paroles et les actes. Au final, plusieurs entreprises ayant l’État comme actionnaire auront maintenu le versement de leurs dividendes – les entreprises du CAC40 bénéficiant d’aides publiques auront versé 30,3 milliards à leurs actionnaires en 2020 – et aucune contrepartie réelle n’aura été exigée des entreprises ni en matière environnementale, sociale ou fiscale.

Infographie tirée du premier rapport « Allô Bercy ? » de l’Observatoire des Multinationales

Aussitôt réparé, aussitôt cassé.

L’aide publique aux entreprises aura servi de rempart contre une situation de crise : en soutenant artificiellement l’économie en temps de confinement, les emplois qui permettent aux salariés de subsister ont pu être sauvegardés, alors même que ces derniers devenaient inactifs.

Or, si ces aides sont aujourd’hui exploitées par les actionnaires sur le dos des entreprises, continueront-elles à jouer le rôle de rempart contre le désastre économique qu’elles étaient censées déjouer ?

« Les bénéfices de 2020 auraient pu être mis en réserve pour les coups durs de 2021. En les soutirant, les actionnaires ont de fait exposé à moyen terme les grandes entreprises pour des gains à court terme. » explique Maxime Combes, économiste co-auteur de la note de l’Observatoire des Multinationales à La Relève Et La Peste.

En effet, l’Observatoire mesure une hausse de 22% de dividendes versées par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires ; en 2021, ce seront 51 milliards d’euros qui leur seront versés, là où « seulement » 36 milliards leur avaient été versés en 2020. Or, comme le précisent les auteurs de la note pour BastaMag :

« 51 milliards, c’est l’équivalent de l’ensemble des dépenses de personnel annuelles des hôpitaux publics […] Cela équivaut également à construire près de 1300 lycées d’un millier de place. Cela représente aussi un millier de fois le montant du plan d’aide au secteur culturel ! »

Infographie tirée du deuxième rapport « Allô Bercy » de l’Observatoire des Multinationales

Voilà qui donne un ordre de grandeur des sommes en jeu. Mais ce n’est pas seulement une question de ce qui aurait pu être fait avec ce montant ; c’est aussi une question de quelles seront les conséquences immédiates de leur prélèvement sur l’activité réelle du pays.

Bien que les chiffres à ce sujet ne soient pas encore disponibles, nous pouvons d’emblée prédire que les emplois qui avaient été sauvegardés par les aides publiques seront à nouveau mis en danger par cette hausse des dividendes.

https://vimeo.com/538664146

C’est qu’en espérant compenser leurs pertes de profits (qui reflète la baisse réelle de l’activité dans le pays), les actionnaires du CAC40 prévoient d’évider les entreprises dans lesquelles ils ont investi, ce qui va directement priver les salariés d’une partie de leurs revenus.

Alors, l’Etat sera à nouveau appelé à aider ces salariés – cette fois-ci, non pas pour compenser leur inactivité, mais pour compenser l’avidité de leurs actionnaires.

A long terme, le résultat de tout ceci ne peut qu’être un accroissement des inégalités et une augmentation de l’insécurité économique pour les plus précaires, tandis que les plus riches pourront se rassurer d’avoir minimisé leurs pertes sur l’année 2020.

Les dispositifs d’aide de l’Etat, au lieu de servir l’intérêt de tous, auront surtout servi l’intérêt de quelques-uns au détriment des autres, et ce sous le regard d’un gouvernement feignant la surprise.

A l’heure où les enjeux écologiques, sociaux et fiscaux devraient être la priorité de tous, à La Relève et La Peste nous soutenons l’appel de l’Observatoire des Multinationales à ne plus verser d’aides publiques aux grandes entreprises sans contrepartie les obligeant à faire passer l’environnement, la justice sociale ou la finance publique avant le capital de leurs actionnaires.

Plus d’infos : Lien de la campagne Allô Bercy?

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