En haute montagne, le réchauffement climatique transforme peu à peu les paysages, mais aussi les conditions d’ascension. Le Mont-Blanc en fait les frais. Le 11 août, la mairie de Saint-Gervais-les-Bains a fermé deux refuges après d’importantes chutes de pierres. Rouverts le 26 août, ils illustrent une montagne devenue plus instable sous l’effet des fortes chaleurs.
Une montagne fragilisée par la dégradation du permafrost
Le Mont-Blanc n’est pas devenu dangereux du jour au lendemain. Depuis plusieurs années, les scientifiques observent une multiplication des déstabilisations rocheuses dans les Alpes, dont certaines atteignent des volumes considérables.
Cette évolution est notamment liée à la dégradation du permafrost, ces sols et roches durablement gelés qui jouent un rôle de ciment naturel dans les parois de haute montagne.
Ludovic Ravanel, géomorphologue et directeur de recherche au CNRS, observe cette année une situation particulièrement marquée : « La dégradation est tellement importante qu’on fait face à des chutes de pierres, des éboulements, des écroulements rocheux à très haute fréquence », explique-t-il pour La Relève et La Peste.
En effet, lorsque les températures augmentent, la glace présente dans les fissures de la roche se réchauffe puis fond. Les roches perdent alors une partie de ce qui contribuait à les maintenir solidaires.
« Il y a incontestablement un lien très étroit avec les températures de l’air » confirme Ludovic. Mais la chaleur n’est pas le seul facteur à l’œuvre : « en plus de la dégradation du permafrost, il y a aussi un lien avec le retrait des glaciers et la décompression post-glaciaire ».
Cette transformation est particulièrement visible sur les faces nord du massif. « Dans l’imaginaire collectif, ce sont de grandes faces rocheuses avec énormément de glace et de neige. Mais en réalité, elles sont toutes plus sèches les unes que les autres en cette fin d’été hyper caniculaire », révèle Ludovic, choqué par la situation.
« Ces zones sont particulièrement exposées et enclines à subir les effets de la crise climatique ».

Effondrement près de l’Aiguille du midi – Crédit : Ludovic Ravanel
2026 : 400 éboulements recensés
Cet été 2026 semble avoir accentué cette dynamique. Selon Ludovic Ravanel, « environ 400 écroulements ont été recensés dans le massif du Mont-Blanc, contre 300 en 2022 ».
Derrière ces chiffres, les conditions d’ascension sont bouleversées. Les glaciers reculent, les parois se déglacent et certains itinéraires deviennent plus instables.
Le couloir du Goûter, parfois surnommé « couloir de la mort », en est l’un des exemples les plus emblématiques. Passage incontournable de la voie normale du Mont-Blanc, il concentre une partie de ces risques.
En Juillet, deux alpinistes tchèques ont péri dans le couloir du Goûter en raison de chutes de pierres accrues par la sécheresse. Un autre alpiniste tchèque est décédé en septembre après avoir été emporté par une chute de pierres. S’il n’existe pas encore de bilan chiffré officiel global, il y a eu au total 12 décès connus entre juin et septembre 2026.
Face aux conditions observées, les compagnies des guides de Saint-Gervais-Les Contamines et de Chamonix avaient déjà suspendu les ascensions du Mont-Blanc. Le 11 août, la mairie de Saint-Gervais a ensuite fermé les refuges de Tête Rousse et du Goûter.
Gravir autrement une montagne qui change
La réouverture des refuges le 26 août n’a pas signifié la disparition du risque. La mairie de Saint-Gervais a elle-même rappelé que cette décision ne garantissait pas l’absence de nouvelles chutes de pierres et recommandait de reporter les ascensions vers des périodes plus fraîches.
Pour autant, la réponse ne peut pas simplement consister à fermer les itinéraires. « On ne peut pas et on ne veut pas fermer la haute montagne. Parce que si on commence à fermer un itinéraire, on ne pourra jamais le réouvrir », affirme Ludovic.
L’enjeu est désormais d’adapter les pratiques à cette montagne devenue plus instable. Les professionnels recommandent notamment d’ajuster les horaires et les itinéraires aux nouvelles conditions.
« Une adaptation facile à mettre en œuvre serait de ne plus faire le Mont-Blanc en deux jours, mais en trois jours. On réduit ainsi fortement les risques », explique-t-il. Le choix de l’horaire peut également faire une différence : « Le meilleur moment pour traverser le couloir du Goûter est autour de 7-8 heures du matin ».
En effet, plus la journée avance, plus les températures grimpent et plus le risque de déstabilisation augmente. Ces adaptations pourraient devenir de plus en plus nécessaires à mesure que les températures augmentent. Car au-delà du Mont-Blanc, c’est toute la haute montagne qui se transforme.
« La fréquence des écroulements augmente dans les Alpes européennes, tout comme les volumes, avec désormais des événements de plusieurs millions de mètres cubes presque chaque année » conclut Ludovic.
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