Depuis 2024, des mutuelles se structurent autour de l’association Mutuelles pour la santé planétaire pour promouvoir la sortie totale des pesticides. Alors qu’un projet de loi européen pourrait affaiblir la réglementation concernant les pesticides, leur action devient urgente.
Le projet de loi européen Omnibus X, relatif à la sécurité alimentaire, pourrait être adopté au Parlement européen avant la fin de l’année. Justifié par une simplification administrative, ce paquet législatif pourrait, en augmentant notamment les délais de réévaluation des pesticides, accroître le risque d’exposer la population à des substances dangereuses.
« Le paquet législatif Omnibus X revient à détricoter, en accéléré, la réglementation actuelle pour servir uniquement les intérêts des industriels des pesticides », estime Martin Rieussec-Fournier, président de l’association Mutuelles pour la santé planétaire, à La Relève et La Peste. « Notre position est simple : ce projet Omnibus X est à l’exact opposé de ce qui est nécessaire. »
L’association Mutuelles pour la santé planétaire, née en 2024, regroupe une vingtaine de mutuelles qui protègent 14 millions de Français et de Belges. « Nous, les mutuelles, sommes impliquées depuis peu sur le sujet des pesticides », souligne le président.
« Nous sommes face à une fraude généralisée concernant les pesticides car le droit européen n’est pas appliqué. Nous demandons ainsi que le règlement européen qui stipule que les pesticides doivent être testés et évalués tels qu’ils sont vendus – et non uniquement leur principe dit « actif » – soit appliqué et mis en œuvre », détaille Martin Rieussec-Fournier.
L’association mutualiste, avec d’autres associations, comme la coalition Secrets Toxiques (qui rassemble plus de 80 organisations), déplore également l’absence d’études à long terme censées prouver l’innocuité des pesticides sur la santé humaine et l’environnement.
De la bio pour toutes les femmes enceintes
Les mutuelles ont tout intérêt à s’engager sur la question des pesticides.
« Elles sont confrontées à une explosion des dépenses de santé liées à l’augmentation des maladies évitables, en partie dues aux perturbateurs endocriniens, que l’on retrouve notamment dans les pesticides. En France, près d’un million de femmes ont un cancer du sein ! », rapporte Martin Rieussec-Fournier, soulignant le retard de la France dans le domaine de la prévention et le besoin d’accélérer le passage d’une médecine curative à une médecine préventive.
En ce sens, l’association des Mutuelles pour la santé planétaire promeut les « ordonnances vertes ».
« Ce dispositif, né en 2022 à Strasbourg, repose sur la distribution de paniers bios aux femmes enceintes afin de protéger les enfants à naître des dégâts des pesticides », explique le mutualiste, précisant que les femmes enceintes sont ciblées en priorité car la santé de l’enfant à naître est déterminante jusqu’à ses deux ans.
« C’est pourquoi nous faisons le choix de mettre toutes nos forces dans ce projet pour gagner du terrain vers notre objectif ultime qu’est la sortie totale des pesticides. Nous souhaitons que cette expérimentation soit étendue à l’ensemble des femmes enceintes européennes. »
Ce dispositif sera mis à l’honneur lors d’un colloque au Parlement européen le 19 octobre, au cours duquel interviendront de nombreux parents d’enfants victimes de pesticides, comme l’agriculteur Édouard Exilard, dont la fille est décédée d’une tumeur au cerveau.
Un débat présidentiel sur la santé planétaire
Les victimes de pesticides seront également aux côtés des mutuelles lors des différentes étapes de l’« Odyssée pour notre santé en Europe », qui consiste à parcourir plusieurs pays d’Europe pour mieux faire connaître l’agriculture sans pesticides et sensibiliser à l’alimentation bio, en faisant se rencontrer citoyens, responsables politiques, agriculteurs, médecins, victimes…
« Nous souhaitons mettre en lumière les drames terribles et évitables provoqués par l’usage des pesticides. Nous pensons qu’il est nécessaire que la population s’identifie aux victimes pour comprendre la nécessité de changer de modèle agricole », avance Martin Rieussec-Fournier.
En 2025, 14 étapes de Bruxelles à Amiens ont été réalisées, avec un bilan très positif. « C’était génial », s’enthousiasme le président de l’association, évoquant la participation de 1 800 personnes et le relais par de nombreux médias.
L’Odyssée se poursuit en 2026 avec la traversée en octobre de villes de France, de Belgique, du Luxembourg, d’Allemagne et de Suisse. Le point de départ de cette nouvelle édition près de Cambrai, le 10 octobre, sera marqué par un grand débat avec les candidats à l’élection présidentielle, autour de l’alimentation, de l’agriculture, de la bio, des pesticides et de la santé publique et planétaire.
« Ce débat d’une urgente actualité avec les extrêmes climatiques que nous avons vécu cet été sera le premier débat présidentiel sur ces sujets », note Martin Rieussec-Fournier, ajoutant que « des betteraviers seront également présents pour montrer que l’on sait cultiver des betteraves sans acétamipride. »
Ce fameux pesticide néonicotinoïde a été réintroduit récemment de façon dérogatoire dans le cadre de la loi d’urgence agricole.
Pour rallier d’autres groupes mutualistes à cette lutte contre les pesticides, des formations, conférences et webinaires sont par ailleurs organisées par l’association Mutuelles pour la santé planétaire.
« Notre ambition est que tout le mouvement mutualiste européen s’engage pour généraliser la bio, afin d’ouvrir un nouveau chapitre de la santé publique », espère le président.
L’association réfléchit également aux leviers juridiques qu’elle a à sa disposition, mais aucune procédure ne sera lancée avant 2027. « Les mutuelles ont déjà gagné sur le terrain juridique, notamment contre les laboratoires Servier dans le cadre de l’affaire du Mediator », rappelle Martin Rieussec-Fournier.