Une étude du CNRS montre qu'un PFAS de nouvelle génération, le 7:3 FTCA, provoque une neuroinflammation et des changements de comportement chez le goéland et la souris, à des doses environnementales. Les PFAS ne polluent pas seulement l'eau et le sang. Ils atteignent aussi le cerveau. Une étude publiée fin juillet 2026 dans Environmental Science & Technology Letters le démontre chez deux animaux, à des doses proches de celles de l'environnement. En cause, un polluant éternel de nouvelle génération, issu de la dégradation de composés encore utilisés par l'industrie
On les appelle les polluants éternels. Les PFAS s’accumulent dans l’eau, les sols et le sang, sans jamais vraiment en repartir. On connaissait leurs effets sur le foie, la thyroïde ou la fertilité. Voici désormais le cerveau. Une équipe du CNRS et du Centre d’études biologiques de Chizé vient de montrer qu’un PFAS émergent perturbe le système nerveux, à des concentrations réalistes.
La méthode scientifique
La force de l’étude tient à sa méthode. Les chercheurs ont travaillé sur deux modèles très différents. D’un côté, des embryons de goéland, sentinelles des milieux côtiers. De l’autre, des souris adultes, exposées par leur alimentation pendant trois semaines. Dans les deux cas, les doses reproduisent celles mesurées dans la nature. Or les deux modèles réagissent. Ce n’est donc pas un artefact de laboratoire, mais un signal convergent.
Le cerveau enflammé
Chez l’embryon de goéland, le 7:3 FTCA déclenche une inflammation ciblée. Les cellules immunitaires du cerveau, la microglie, s’activent dans des zones précises liées au développement cognitif. Cette réaction n’est pas anodine. En effet, la microglie sculpte les connexions entre neurones pendant la croissance. La perturber tôt peut laisser des traces durables. Les scientifiques alertent : l’exposition peut « affecter le développement cérébral chez la faune sauvage ».
Des souris moins prudentes
Chez la souris, l’effet est fonctionnel. L’activité des neurones augmente dans le cortex préfrontal, la région du contrôle et de la décision. Les auteurs rapportent une hausse d’environ 20 %, sans mort de neurones. Le comportement change aussi. Les animaux s’aventurent davantage dans les zones éclairées, qu’ils évitent d’ordinaire. Ils interagissent plus longtemps avec leurs congénères. En clair, ils prennent plus de risques. Un PFAS peut donc modifier le fonctionnement du cerveau avant même d’abîmer ses cellules.
La précaution, un question de santé
Le composé étudié n’a rien d’anecdotique. Le 7:3 FTCA est un PFAS de nouvelle génération. Il naît de la dégradation des alcools fluorotélomères, encore employés par l’industrie. On les retrouve dans des tensioactifs, des produits antitaches ou des liquides lave-glace. Face aux restrictions sur les PFAS historiques, les fabricants se tournent vers ces molécules de remplacement. Pourtant, leur toxicité reste mal connue. C’est pourquoi les chercheurs réclament de réévaluer les risques neurologiques des PFAS, « au-delà des composés historiques ».
De l’animal à l’humain, prudence
Un résultat chez l’animal ne vaut pas preuve chez l’humain. Il faut le dire clairement. Chez les personnes exposées, les études montrent surtout des associations statistiques avec certains troubles du neurodéveloppement ou neurodégénératifs. Les mécanismes et les doses en cause restent discutés.
Le faisceau d’indices s’épaissit néanmoins. Une revue de 2022 rappelle que des PFAS franchissent la barrière hémato-encéphalique, s’accumulent dans le cerveau et dérèglent la transmission entre neurones. En 2024, des travaux sur des mélanges ont montré qu’ils freinent la croissance des prolongements neuronaux, à des concentrations proches de celles du sang humain. Cette nouvelle étude ajoute une pièce au dossier. Surtout, elle vise une fenêtre sensible, le cerveau en développement.
Réguler par familles, pas molécule par molécule
La leçon est aussi réglementaire. Interdire une molécule ne suffit pas si une autre, très proche, prend aussitôt sa place. Les humains ne sont d’ailleurs jamais exposés à un seul PFAS, mais à des cocktails. C’est pourquoi les auteurs plaident pour une évaluation par familles chimiques, et non substance par substance. La question des polluants éternels ne se limite donc plus à leur persistance dans l’environnement. Elle touche désormais la santé du cerveau. Il y a quelques raisons de s’en inquiéter.