C’est une immense victoire pour la cause animale. Après des années de bras de fer mené par des coalitions d’ONG environnementales, des associations et la communauté scientifique, le projet de la multinationale Nueva Pescanova visant à ouvrir le premier élevage intensif de pieuvres au monde à Grande Canarie est définitivement abandonné.
Une pression populaire victorieuse
Dans un communiqué, Nueva Pescanova a expliqué renoncer au projet « compte tenu des circonstances survenues au cours de la procédure et face aux nouvelles exigences administratives formulées par la Commission régionale d’évaluation environnementale ».
L’entreprise assure que son retrait est une décision qui répond exclusivement à des « considérations d’ordre commercial et réglementaire » en raison de l’évolution de la procédure administrative, et n’évoque en aucun cas la pression qu’aurait pu avoir la mobilisation massive des associations contre le projet, qui serait un aveu d’échec.
De son côté, l’ONG Compassion in World Farming (CIWF) salue « une victoire majeure« : « Plus de 43.000 e-mails ont été envoyés à l’Autorité portuaire de Las Palmas pour l’exhorter à agir », souligne l’organisation.
Un projet aberrant
Le projet avait suscité une vive contestation des associations environnementales, qui soutiennent depuis longtemps que l’« intelligence extraordinaire » et la nature solitaire des poulpes les rendent impropres à l’élevage.
Un million d’entre eux allaient être enfermés dans les bassins de cette usine pilote pour produire environ 3 000 tonnes de chair par an. Désastreux sur le plan écologique : carnivores, les poulpes ont besoin d’énormes quantité de nourriture, ce qui aurait entraîné la capture de milliards de poissons par an (sardines, anchois, maquereaux) rien que pour les nourrir, accélérant directement la surpêche mondiale.
Enfin, la mise à mort prévue pour les rescapés était aussi lente que douloureuse. Le processus consistait à les plonger vivants dans des bains de glace pour les laisser mourir de froid, une méthode jugée extrêmement cruelle et fortement dénoncée par l’ensemble de la communauté scientifique.
Prochaine étape : l’interdiction de l’élevage
Cet abandon n’est qu’une première étape pour les associations espagnoles, qui exigent désormais une loi pour interdire les élevages de pieuvres sur le territoire. Dans des déclarations à l’agence de presse espagnole EFE, l’avocate d’AnimaNaturalis Cristina Ibáñez a souligné un « véritable jour de fête » lors d’un rassemblement pour célébrer l’abandon du projet. « Ce n’est que le début de la fin car il n’existe aucune interdiction au niveau de l’État espagnol concernant ce type d’aquaculture intensive ».
« Les gouvernements doivent désormais aller plus loin en interdisant l’élevage de poulpes et en empêchant l’expansion de l’aquaculture d’espèces carnivores », insiste de son côté le Dr. Elena Lara, chercheuse pour l’ONG CIWF.
L’ONG Intercids Acteurs juridiques engagés en faveur des animaux a en ce sens présenté en mai 2025 une proposition législative pour interdire l’élevage intensif de pieuvres en Espagne. Selon l’organisme, cette proposition a été enregistrée au Congrès et est désormais en attente de traitement. Cristina Ibáñez a lancé un appel urgent aux groupes parlementaires pour qu’ils reprennent en main le dossier.
Si cette première victoire démontre la puissance de frappe de la mobilisation citoyenne et des ONG, il ne marque pas la fin de la lutte pour la protection du vivant. Cet abandon historique aux Canaries doit faire office de jurisprudence et enclencher une dynamique d’interdiction globale.
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