Au large de la Dominique, des chercheurs ont découvert que les cachalots modifient leurs conversations lorsque des navires approchent. Un exemple frappant de la pollution sonore sur les cétacés.
Le son le plus puissant du règne animal
Chez le cachalot, la tête fonctionne presque comme une gigantesque caisse de résonance. De l’air passe à travers les « lèvres phoniques », une structure située sous l’évent (son orifice respiratoire), ce qui fait vibrer les tissus et produit le son.
Celui-ci traverse ensuite plusieurs structures graisseuses qui l’amplifient et le concentrent en un faisceau de clics, dont les plus puissants peuvent atteindre environ 230 décibels sous l’eau, une puissance comparable ou supérieure au bruit d’un réacteur d’avion au décollage. C’est le son le plus puissant du règne animal.
Certains clics servent de sonar pour sonder l’océan. D’autres, organisés en « codas », forment de courtes séquences rythmiques grâce auxquelles les cachalots communiquent et se reconnaissent.
Publiée le 18 juin 2026 dans Ecological Informatics, l’étude s’appuie sur près de 1 400 séquences de clics (« codas »), enregistrées sur 15 animaux par le Project CETI. Ces rythmes jouent notamment un rôle dans leurs échanges sociaux.
À proximité des navires, le tempo se resserre. Les clics se rapprochent, certaines codas s’accélèrent et les « a-codas » prennent le pas sur les « i-codas ». La variation est si nette que les chercheurs peuvent déceler la présence d’un bateau à partir des seules vocalisations.
« À partir de leurs seules vocalisations, nous pouvons prédire si des navires sont présents », résume Gašper Beguš, responsable de la linguistique au Project CETI, dans The Guardian.

Crédit : Aquatic Club Amboise Plongée
Depuis 1950, un bruit multiplié par 32
Plus troublant encore, le brouhaha maritime brouille aussi les codas aux oreilles des scientifiques. Ce malgré des microphones parfois placés à quelques mètres des animaux ! Cela suggère que les animaux pourraient eux aussi avoir plus de mal à s’entendre. « C’est notre meilleur indice » en ce sens, explique Gašper Beguš.
En cause : le son se propage dans l’eau à une vitesse d’environ 1 500 mètres par seconde, soit plus de 4 fois plus vite que dans l’air (340 m/s).
Une question demeure toutefois. Les cachalots modifient-ils volontairement leurs échanges lorsqu’un navire approche, ou le bruit perturbe-t-il simplement leur manière de communiquer ?
« Parlent-ils des navires, ou leur voix est-elle affectée par leur présence ? », s’interroge David Gruber, fondateur de Project CETI, dans The Guardian.
L’enjeu est important. Selon la NOAA, l’agence scientifique américaine chargée des océans et de l’atmosphère, les mammifères marins dépendent du son pour se nourrir, se reproduire, maintenir leurs liens sociaux ou repérer les dangers.
Le bruit d’origine humaine peut, lui, provoquer stress, pertes auditives, déplacements forcés et perturbations des échanges. Ainsi, les cachalots sont connus se rassembler par dizaines lors d’une naissance. Parmi eux, une marraine a pour rôle crucial de porter le nouveau-né à la surface afin qu’il prenne sa première goulée d’air.
Or ce vacarme ne cesse de gagner du terrain. D’après des estimations, le bruit de basse fréquence lié au trafic maritime aurait été multiplié par au moins 32 sur les grandes routes commerciales depuis les années 1950.
Face à cette perturbation sonore, l’Organisation maritime internationale a révisé en 2023 ses recommandations, préconisant notamment de ralentir les navires dans certaines zones protégées ou durant les périodes sensibles pour la faune.
Car à mesure que le trafic s’intensifie, l’océan devient un espace toujours plus assourdissant pour ceux qui l’habitent.
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