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« S’habituer à des printemps silencieux » : en 25 ans, près d’un oiseau commun sur cinq a disparu en France

« Ce sont les oiseaux des plaines agricoles qui diminuent le plus. La cause ? Elle est clairement identifiée par toutes les publications scientifiques : c'est l'agriculture intensive et les produits phytosanitaires »

Les populations d'oiseaux communs ont diminué de 18,2 % en France depuis 2001.

Le ciel français se clairsème. En 25 ans, près d’un oiseau commun sur cinq a disparu. C’est le constat du premier Baromètre de l’avifaune 2026 publié par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), fruit de plus d’un demi-siècle d’observations scientifiques et citoyennes.

Le pays compte aujourd’hui 314 espèces d’oiseaux nicheurs. Si 45 nouvelles espèces sont apparues entre 1975 et 2025, quatre autres ont disparu. Un bilan parfois trompeur. Parmi ces nouvelles arrivées figurent notamment des espèces introduites. Telles que la bernache du Canada, ou la perruche à collier.

Dans le même temps, les populations d’oiseaux poursuivent leur déclin. Les espèces communes sont en première ligne. Selon le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), coordonné par le Muséum national d’histoire naturelle, leurs populations ont chuté de 18,2 % depuis 2001.

Les passereaux figurent parmi les plus touchés. Ce groupe – qui rassemble notamment les moineaux, hirondelles, mésanges et alouettes – représente la moitié des espèces nicheuses françaises. Et 90 % des oiseaux présents en France. Leur déclin révèle une dégradation profonde des écosystèmes.

Les pesticides pointés du doigt

Pour Cédric Marteau, directeur général de la LPO, les causes de ce déclin sont désormais bien connues.

« Quand on fait le découpage entre les oiseaux des villes, des forêts, des montagnes ou des plaines agricoles, on s’aperçoit que ce sont les oiseaux des plaines agricoles qui diminuent le plus. La cause ? Elle est clairement identifiée par toutes les publications scientifiques : c’est l’agriculture intensive et les produits phytosanitaires », explique-t-il à La Relève et la Peste.

Pesticides, appauvrissement des paysages agricoles et raréfaction des insectes, indispensables à l’alimentation de nombreuses espèces, alimentent ce déclin. Et la France n’est pas un cas isolé.

D’après une étude publiée en 2023 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), l’Europe enregistre la disparition d’environ 20 millions d’oiseaux par an depuis 40 ans. Soit près de 800 millions d’individus au total.

L’efficacité des programmes de conservation

Le baromètre relève néanmoins des avancées significatives pour certaines espèces. Portées, notamment, par les mesures de protection mises en œuvre depuis les années 1970. La population de cigognes blanches est ainsi passée de 11 couples nicheurs en France en 1974. À près de 6 000 aujourd’hui !

Même dynamique pour le vautour moine, dont les effectifs ont augmenté d’un unique couple en 1996 à 55 couples en 2023.

« Si on fait attention à la nature et plus spécifiquement à certains oiseaux, on réussit à les sauver », souligne Cédric Marteau. « Toutes les espèces qui ont bénéficié de programmes spécifiques montrent que cela fonctionne ! ».

Ces résultats illustrent, à ses yeux, l’efficacité des dispositifs déployés depuis la loi de 1976 sur la protection de la nature, des plans nationaux d’action et du travail mené localement. Une réussite qui ne doit toutefois pas faire oublier l’érosion des espèces communes.

« On va devoir s’habituer à des printemps silencieux », avertit-il. « On le voit avec les hirondelles qui ne reviennent plus. Et ça continue ».

Fruit du travail de 45 000 bénévoles – qui recueillent 13 millions de données chaque année –  le Baromètre de l’avifaune sera mis à jour tous les deux ans. La LPO entend en faire un outil de référence pour évaluer les politiques publiques.

« Ce baromètre doit être un signal d’alerte », souligne Cédric Marteau. « Il montre qu’il n’est pas trop tard pour agir, mais qu’il est urgent de renforcer les mesures de protection si l’on veut enrayer le déclin de la biodiversité ordinaire ».

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Joanna Blain

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